Dans le plan « Ma santé 2022 », les médecins exercent groupés

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

24 septembre 2018

Paris, France – Fini l’exercice isolé. Pour les médecins libéraux, la condition pour bénéficier de nouveaux moyens, va être de se regrouper au sein, par exemple, de communautés professionnelles territoriales de santé. Seule façon pour eux, de bénéficier de la présence d’assistants médicaux au cabinet. Telle est vision de la médecine de ville voulue par Emmanuel Macron à l’horizon 2022. (voir aussi Plan « Ma santé 2022 » : que va-t-il vraiment changer ?)

Système atomisé, cloisonné, déséquilibré

« Notre système […] reste atomisé, cloisonné, déséquilibré, avec de trop nombreux professionnels de ville qui exercent encore de manière trop isolée » : tel est le diagnostic posé mardi dernier par le président Emmanuel Macron, dans son discours de présentation de sa transformation du système de santé. Et d’ajouter : « Le système de santé demain, c’est un réseau de soins de proximité, dont font partie tous les professionnels de santé d’un territoire ». Conséquence logique de ce constat : « Il faut que tous les professionnels d’un territoire s’engagent […] le cadre de cet engagement sera la constitution de communautés professionnelles territoriales de santé ».

A l’horizon 2022 : 1000 CPTS, 6 missions

Les communautés professionnelles territoriales de santé  (CPTS) ont été créées et définies par la loi de modernisation de notre système de santé votée sous Marisol Touraine le 26 janvier 2016. « La communauté professionnelle territoriale de santé est composée de professionnels de santé regroupés, le cas échéant, sous la forme d'une ou de plusieurs équipes de soins primaires, d'acteurs assurant des soins de premier ou de deuxième recours, et d'acteurs médico-sociaux et sociaux concourant à la réalisation des objectifs du projet régional de santé », édicte la loi. De fait, ces professionnels doivent concevoir un projet de santé ensemble, validé par l’Agence régionale de santé (ARS). Selon l’Igas, deux ans après la promulgation de la loi, il y aurait aujourd’hui environ 200 CPTS sur le territoire. « Ma santé 2022 » prévoit la constitution de 1000 CPTS à l’horizon 2022 et 2000 structures coordonnées. Une négociation conventionnelle est d’ailleurs prévue en 2019, selon le dossier du ministère. Mais, d’ores et déjà, il est dit que seuls les professionnels de santé qui se seront engagés dans une CPTS pourront bénéficier de certains financements.

Ces CPTS auront en charge six missions : des actes de prévention, la garantie d’accès à un médecin traitant, le traitement de soins non programmés, l’accès à des médecins spécialistes dans des délais raisonnables, la sécurisation des passages entre les soins de ville et l’hôpital, et le maintien à domicile des personnes fragiles.

 

4000 assistants médicaux

Pour compléter ce dispositif, le ministère de la santé a prévu de financé la création de 4000 postes d’assistants médicaux. Selon Emmanuel Macron, ce seront « des professionnels qui déchargeront le médecin d’actes simples, concourant justement à la prise en charge du patient ». Plus précisément, les assistants médicaux devront assurer des fonctions d’accueil des patients, de recueil de certaines données et constantes, de vérification de l’état vaccinal, de mise à jour des dossiers et de gestion de l’aval de la consultation. Pour pouvoir bénéficier du financement de ces assistants médicaux par la sécurité sociale, les professionnels de santé devront être inscrits dans une CPTS – ou un exercice regroupé. L’aide apporté aux médecins permettra de dégager du temps médical, soit l’équivalent de 2000 ETP.

400 généralistes à exercice partagé ville/hôpital 

Enfin, pour combler, dans l’urgence, le manque de médecins généralistes dans les déserts médicaux, Emmanuel Macron a annoncé la création de 400 postes de médecins « généralistes à exercice partagé ville/hôpital », salariés par des hôpitaux ou des centres de santé. « Je fais le pari que cette mesure exceptionnelle sera attractive parce que nous constatons que les jeunes générations sont en demande d’un exercice collectif », a déclaré le président. Marisol Touraine avait fait le même pari, lorsqu’elle a lancé, il y a six ans en 2012, les praticiens territoriaux en médecine générale (PTMG). Le statut de PTMG avait été créé pour les jeunes médecins, qui s’installaient dans les zones sous-dotées. L’État garantissait une rémunération mensuelle brute de 6900 euros. Selon un rapport du sénat, 389 PTMG étaient actifs en mars 2017.  Soit un succès tout relatif…

 
Je fais le pari que cette mesure exceptionnelle sera attractive parce que nous constatons que les jeunes générations sont en demande d’un exercice collectif  E. Macron
 

Bon accueil du côté des syndicats

Quoi qu’il en soit, l’ensemble de ces mesures pour le secteur libéral a été accueilli avec bienveillance et prudence par les principaux concernés. Ainsi, la Confédération des Syndicats Médicaux Français (CSMF) assure qu’elle « soutient depuis longtemps l’organisation des soins de ville en CPTS mais cela doit être un objectif et non une obligation ». Concernant le statut mixte de médecins généralistes ville/hôpital, elle s’en félicite tout comme elle encense la création du statut d’assistant médical. Mais ne croit pas que le gouvernement arrivera à trouver 400 médecins généralistes à envoyer dans les déserts médicaux…

Eviter toute bureaucratie excessive

« La mise à disposition d’un assistant de cabinet médical est une mesure de bon sens » pour MG France, d’autant que c’est précisément ce syndicat de médecins généralistes qui a proposé cette mesure. Mais il attend que le gouvernement fournisse les moyens adéquats pour révolutionner la médecine ambulatoire. Le syndicat des médecins libéraux (SML) se félicite également de la création des assistants médicaux, tout en pensant que 4000 postes ne seront pas suffisants : tout médecin devrait être accompagné d’un assistant médical, selon le SML. Le déploiement des CPTS est également une mesure positive, si leur mise en place évite toute bureaucratie excessive. En revanche, le SML milite pour le maintien du paiement à l’acte et la poursuite des aides pour les médecins isolés. L’UFML-S, dans un communiqué, dénonce également la volonté de faire disparaitre le paiement à l’acte, au profit du paiement forfaitaire.

Satisfaction chez les jeunes

Chez les jeunes médecins, la satisfaction est de mise. Le syndicat national des jeunes médecins généralistes (SNJMG) soutient la création de 400 postes de médecins généralistes à exercice partagé ville-hôpital et souhaiterait que les assistants médicaux correspondent à « une activité bien précise en soutien aux médecins généralistes ». Quant au Regroupement autonome des généralistes jeunes installés et remplaçants (Reagjir), il estime que les assistants médicaux encourageront le travail collaboratif et pallieront la désertification médicale. Les CPTS trouvent grâce à leurs yeux, à condition que leur financement soit pérenne.

 

 

 

 

 

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