Hypertension gravidique : quel risque cardiovasculaire à 10 ans ?

Dr Jean-Pierre Usdin

Auteurs et déclarations

21 septembre 2018

Boston, Etats-Unis – Faut-il inclure l’hypertension gravidique dans le calcul du score du risque cardiovasculaire à 10 ans ? Une vaste étude épidémiologique, dont les résultats viennent d’être publiés dans le Journal of American College of Cardiology, apporte des éléments de réponse [1].

Des complications fréquentes

Les complications hypertensives de la grossesse sont fréquentes (10 à 15% ). L’hypertension artérielle gravidique est un marqueur de risque indépendant, associé à un risque de maladie cardiovasculaire deux fois plus important dans les 10 ans [2].

A ce titre, l’inclusion de l’item hypertension artérielle gravidique (HTG)  dans le calcul du score du risque cardiovasculaire à 10 ans édité par la Task Force de l’ACC/AHA [3]aurait-il un intérêt ? Conduirait-il à une reclassification du risque chez ces femmes ?

C’est ce qu’on voulu savoir Jennifer J Stuart et coll, (Départment d’épidémiologie, Harvard T.H. Chan School of Public Health ; Division of Women’s Health, Brigham and Women’s Hospital and Harvard Medical School, Boston) en réalisant une vaste étude épidémiologique sur le sujet.

« A notre connaissance c’est la première étude qui évalue l’intérêt clinique d’associer les antécédents hypertension gravidique (HTG) et parturité dans le calcul du risque de survenue d’une affection CV, commente Jennifer Stuart.

 
c’est la première étude qui évalue l’intérêt clinique d’associer les antécédents hypertension gravidique (HTG) et parturité dans le calcul du risque de survenue d’une affection CV Jennifer J Stuart
 

Comparaison du score de risque CV avec ou sans l’HTG chez des dizaines de milliers de femmes

Les chercheurs ont recueilli les données disponibles dans un récent registre de santé des infirmières (Nurses’Health Study II) permettant une étude particulièrement précise, et fidèle des événements médicaux aux sens large du terme chez un grand nombre de femmes (quelque 116 000 inscrites). Les participantes (âge à l’entrée de l’étude 29-42 ans) ont été suivies entre 1989 et 2013 pour la survenue d’un infarctus du myocarde, d’un accident coronarien fatal, d’un accident vasculaire cérébral fatal ou non. Les auteurs ont évalué, pour chaque patiente, le risque vasculaire à 10 ans au moyen de l’équation éditée par l’ACC et l’AHA [2]. Ils ont comparé le score du calcul standard (A) à celui du calcul (B) (voir tableau) dans lequel on ajoute l’hypertension gravidique (HTG) (Tension > 140/90mmHg, ou complications : prééclampsie, éclampsie, albuminurie) associée au nombre d’accouchements. Les modèles proportionnels de risques Cox ont été utilisés pour obtenir les probabilités de risque cardiovasculaire (CV) à 10 ans dans la grille A et la grille B.

Calcul du risque d’accident CV à 10 ans selon les grilles A (sans HTG) et B (avec HTG)

Pooled Cohort Risk Equation

 

Calcul du risque de survenue d’un accident cardiovasculaire à 10 ans.

Selon les facteurs de risque cardiovasculaire établis (Grille A)

Âge 

Ethnie : caucasien, africain, autre

Taux de cholestérol total : mg/dl

Taux de HDL cholestérol :  mg/dl

Pression artérielle systolique : mmHg

Traitement anti hypertenseur :  Oui     Non

Tabac : Oui   Non

Antécédent de diabète : Oui   Non.

CALCUL :

Insérant l’hypertension artérielle au cours de la grossesse : HTG (Grille B)

 Idem

Antécédent HTG (prééclampsie, éclampsie, albuminurie) Oui   Non.

CALCUL :

Risque faible <5% ;  Risque intermédiaire 5 à <10% ;  Risque élevé > 10%

Risque doublé chez les femmes de 40 à 49 ans, à faible risque CV, ayant eu une HTG et 2 grossesses

Globalement, 67 500 femmes à majorité caucasiennes, indemnes d’affection cardiovasculaires à l’entrée, ont été suivies entre 1989 et 2013 (trois périodes d’inclusion 1989-1993, 1994-2003, 2004-2013). Dans chaque intervalle de temps, les participantes ont été examinées deux fois par an. Les femmes de moins de 40 ans n’ont pas été incluses en raison de leur faible risque de maladie vasculaire. Les femmes de plus de 50 ans et les femmes ayant des antécédents vasculaires ne font pas partie de l’étude.

Les femmes ayant eu une HTG et parturientes 2 fois, ont un risque cardiovasculaire majoré à 10 ans (Rapport de Risque (RR) : 2,02 ; [IC 95% : 1,50-2,72]), comparées aux femmes normo-tendues et parturientes. Cela valide les précédentes notions : l’HTG est un facteur de maladie CV indépendant des autres facteurs de risque chez ces femmes jeunes.

Cependant, les auteurs n’ont pas trouvé de différence significative (0,4% de reclassification) entre le modèle de calcul de risque à 10 ans basé sur les facteurs de risque habituels (A) et le modèle B (ajout HTG et accouchements). Cependant, il est important de remarquer que la majorité des femmes appartenait au groupe faible risque (99,7%).

 
L’HTG est un facteur de maladie CV indépendant des autres facteurs de risque chez ces femmes jeunes.
 

Deux résultats en apparence antinomiques 

L’hypertension gravidique augmente le risque d’accident cardiovasculaire, cependant l’inclusion de cette complication dans la grille de calcul du risque cardio vasculaire à 10 ans, ne discrimine, ni ne reclasse les femmes en ayant souffert dans une autre catégorie.

Ces deux conclusions de l’étude paraissent antinomiques. Une des explications avancées par les auteurs est que l’HTG et la maladie cardiovasculaire sont liées par des facteurs de risque communs, et que chez ces femmes jeunes, il ne serait pas possible d’évaluer statistiquement le risque pendant les années de fertilité.

Aussi, les femmes de la cohorte, du fait de leur statut (80% de femmes caucasiennes, infirmières), sont à faible risque cardiovasculaire, par rapport à d’autres modèles socio-économiques. De surcroît, 20% de femmes sans enfant ont été incluses.

« Si l’HTG et la parturité ne modifient pas la prédiction du risque vasculaire, cela doit être considéré à la lumière du faible risque CV sous-jacent chez les participantes », insiste Jennifer Stuart. 

Faut-il donner un traitement préventif ?

Deux hypothèses, sont également avancées dans un éditorial accompagnant l’article [4]. « La grossesse révèlerait un risque [vasculaire] chez les jeunes femmes…[et] L’exposition prolongée à de modestes élévations tensionnelles constituerait un risque cardiovasculaire supplémentaire », selon Janet Catov, Malamo Countouris et Alisse Hauspurg (Service d’obstétrique, University of Pittsburgh Pennsylvania).

 
Si l’HTG et la parturité ne modifient pas la prédiction du risque vasculaire, cela doit être considéré à la lumière du faible risque CV sous-jacent chez les participantes  Jennifer Stuart
 

Alors faut-il donner au décours de la grossesse compliquée un traitement anti-hypertenseur au long cours? Difficile à dire.

Pour les éditorialistes, il est possible que le degré de sévérité de l’HTG (pré éclampsie…non évaluée), voire d’autres événements gravidiques (avortement répétés, problèmes placentaires), intervienne dans le risque ultérieur. Les résultats de deux cohortes en cours CARDIA [5] (Coronary Artery Risk Development in Young Adults) et NuMom2b-Heart Health Study [2] devraient fournir des réponses. 

 

Les messages à retenir

 

L’HTG (associée à  la parturité) est  un facteur de risque indépendant, dans la survenue d’un accident cardiovasculaire à 10 ans chez les femmes entre 40 et 49 ans.

Ces femmes peuvent être identifiées plus précocement de façon à prévenir l’apparition des facteurs de risque vasculaires usuels.

La concertation gynécologues-obstétriciens, cardiologues et médecins traitants optimiserait la gestion précoce du risque chez ces femmes jeunes à risque vasculaire.

Ces études visant à mieux appréhender le risque CV des femmes s’inscrivent dans le cadre d’initiatives comme Women-at-Heart et Get Involved Go-Red-For-Women !  

 

Les auteurs n’ont pas de liens d’intérêt en rapport avec le sujet.

 

 

 

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....