Vers un dépistage systématique du risque de dépression périnatale aux Etats-Unis ?

Marine Cygler

Auteurs et déclarations

11 septembre 2018

Etats-Unis—La dépression périnatale, pendant ou après la grossesse, toucherait une femme sur 7, selon l’US Preventive Services Task Force (USPSTF), l’autorité américaine en matière de bonnes pratiques médicales. L’institution a donc décidé de s’attaquer à ce problème de santé publique en proposant de dépister le risque de dépression chez toutes les femmes enceintes ou dans l'année suivant l'accouchement. Du grain à moudre pour de futures recommandations françaises ?

En France, l’entretien du quatrième mois, qui permet notamment de dépister une fragilité psychologique, est facultatif et moins de 30 % des femmes enceintes en bénéficient d’après l’enquête nationale périnatale 2016.

Dans leur recommandation, les experts américains détaillent leur approche. « Il y a peu de données concernant la meilleure manière d'identifier les femmes présentant un risque de dépression post-partum. Une approche pragmatique (…) serait d'intervenir chez les femmes qui présentent un ou plusieurs facteurs de risque : antécédents de dépression, symptômes dépressifs, bas niveau socio-économique ».

Différents facteurs de vulnérabilité

 

- antécédents de dépression : chez la patiente elle-même ou dans la famille

- femme victime d'abus sexuels

- grossesse non désirée

- événements générant du stress

- complications au cours de la grossesse, dont le diabète gestationnel, contractions précoces ...

- statut socio-économique : faibles revenus, foyer monoparental, jeune âge de la mère

Celles qui présentent un risque de dépression périnatale devraient être orientées vers une consultation de conseil, dont l'efficacité est prouvée.

Le document de l'USPSTF rappelle que les interventions de type thérapie comportementale ou cognitive ont une efficacité aujourd'hui prouvée chez les femmes qui présentent un risque de dépression périnatale. 

Qu'en est-il du dépistage en France ?

« Rien n'est aujourd'hui bien organisé. Les unités mère-enfant ne couvrent pas tout le territoire et le parcours de soin en sortant de la maternité n'est pas assez intégré », déplore la Dr Anne-Laure Sutter, psychiatre, responsable du réseau de psychiatrie périnatale, Centre Hospitalier Charles Perrens à Bordeaux, qui estime que « la dépression post-partum touche 15 % des femmes en France, justifiant pourtant une démarche de santé publique ». 

« Nous (ndrl la société Marcé francophone) prônons le dépistage des facteurs de risque à tous les moments de la grossesse, c'est-à-dire à chaque consultation » poursuit-elle. Ces facteurs de vulnérabilité sont les mêmes que ceux retenus par l'USPSTF auxquels les spécialistes français ajoutent celui du statut migratoire. « Une fois les facteurs de risque identifiés, il faut en parler à la patiente avec tact et méthode et l'orienter ». Cette prévention a une « efficacité redoutable », selon la spécialiste.

Anne-Laure Sutter rappelle que la recommandation de 2014 de la Haute Autorité de Santé (HAS) sur les sorties précoces de la maternité est assortie d'une contre-indication au retour précoce à domicile en cas de situation de vulnérabilité psychique. « En gardant les femmes les plus vulnérables 24 heures de plus, cela leur permet de se reposer et à l'équipe de prendre le temps de parler avec elles. Il faut savoir que si les femmes étaient moins fatiguées et moins stressées à la sortie de la maternité, chez certaines, la pathologie ne serait jamais apparue ».

 
La dépression post-partum touche 15 % des femmes en France, justifiant une démarche de santé publique. Nous prônons le dépistage des facteurs de risque à tous les moments de la grossesse, c'est-à-dire à chaque consultation  Dr Anne-Laure Sutter
 

 

 

 

 

 

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