Deux grands essais concluent à l'absence d'intérêt de l'aspirine en prévention primaire CV

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

6 septembre 2018

Dans cet article

2. ACSEND : aspirine en prévention primaire chez les diabétiques ?

L'essai ASCEND (A Study of Cardiovascular Events iN Diabetes), également présenté en session hotline à l'ESC, a montré que l 'aspirine 100 mg/j prévenait les événements cardiovasculaires chez 15 480 patients diabétiques sans antécédents CV mais au prix d'une augmentation des saignements sévères et avec un effet neutre sur les cancers.

Pr Jane Armitage

 « Bien que nous ayons montré clairement que l'aspirine réduit les risques cardiovasculaires, notamment les IDM, les AVC et les AIT, elle a également augmenté les risques de saignements majeurs, principalement au niveau gastrointestinal. Et globalement, il n'y avait pas de bénéfice clair. Aussi, il a été suggéré que les faibles doses d'aspirine pouvaient protéger du cancer, mais nous n'avons pas vu de réduction du risque pour aucun cancer. Nous continuons à suivre les patient pour voir si un bénéfice apparait plus tard », a commenté le Pr Jane Armitage (Nuffield Department of Population Health, University of Oxford, Royaume-Uni), auteur principal de l'étude, dans un communiqué de l'ESC.

Evénements sévères évalués pendant l'essai

-Premier événement cardiovasculaire sévère (MACE). Critère primaire d'efficacité incluant les IDM non mortels, les AVC non mortels ou les AIT ou le décès CV (excepté les hémorragies intracrâniennes).

-Premier saignement majeur. Critère primaire de sécurité incluant les saignements de la tête ou du cerveau, les saignements gastro-intestinaux ou à d'autres localisations étant suffisamment sévères pour nécessiter une hospitalisation ou conduire au décès.

Au cours des 7,4 années de suivi, un premier événement cardiovasculaire est survenu chez 8,5 % des participants recevant l'aspirine versus 9,6 % dans le bras placebo. Cela signifie que sur 1000 participants, l'aspirine a permis d'éviter 11 MACE, soit une baisse du risque relatif d’événements CV majeurs de 12 % (p=0,01).

Toutefois, un saignement majeur est survenu chez 4,1 % des patients du bras aspirine versus 3,2 % des patients du bras placebo. Cela signifie que sur 1000 participants, l'aspirine a induit 9 saignements majeurs, soit une augmentation du risque relatif de 29 % (p=0,003).

Le nombre de participants évitant un MACE était donc contrebalancé par le nombre qui a subi un saignement majeur. Le rapport bénéfice risque de l'aspirine n'était favorable dans aucun sous-groupe de patients, a commenté le Pr Armitage en conférence de presse. Même parmi les patients qui avaient le plus haut risque CV (>2% par an), le ratio MACE évités/saignements majeurs était le même.

Un effet neutre sur la prévention des cancers

Concernant les cancers, plusieurs études ont suggéré précédemment que l'aspirine pourrait prévenir un certain nombre de cancers gastro-intestinaux, avec un effet se majorant avec le temps.

Dans ASCEND, un nombre important de cancers a été observé pendant les 7,4 ans de suivi. Cependant, aucun effet protecteur n'a été observé sur les cancers gastro-intestinaux (2% dans les deux groupes, p=0,95) et sur l'ensemble des cancers (11,6 % vs 11,5 %, p=0,81). Un suivi à plus long terme est en cours pour voir si le bénéfice apparait ultérieurement.

Comme pour l'étude ARRIVE, les auteurs de l'essai ASCEND notent que les patients diabétiques inclus dans l'étude étaient bien pris en charge pour leur diabète et leur risque cardiovasculaire. La plupart des participants recevaient des statines ou des antihypertenseurs les protégeant des IDM et des AVC. « Chez eux, nous avons montré qu'il n'y avait pas de bénéfice à ajouter de l'aspirine », a commenté le Pr Armitage.

Au final, « les recommandations actuelles concernant l'aspirine en prévention primaire varient en raison du manque de données solides. Les recommandations américaines étant plus en faveur de l’aspirine en prévention primaire que les recommandations européennes », précise-t-elle. Mais, « les résultats d'ASCEND permettent d'apporter la réponse claire dont nous avions besoin », a conclu la chercheuse.

 
Les résultats d'ASCEND permettent d'apporter la réponse claire dont nous avions besoin  Pr Jane Armitage
 

 

L'étude ARRIVE a été financée par le laboratoire Bayer.

L’un des auteurs, R Coppolecchia, est employé par Bayer Healthcare. Tous les autres membres du comité executif sont consultants pour Bayer et ont reçu des honoraires du laboratoire.

L'étude ASCEND a été financée par la British Heart Foundation, le Medical Research Council Population Health Research Unit (MRC-PHRU), Bayer AG, Solvay, Abbott et Mylan.

L'étude a été conçue et réalisée indépendamment des sponsors. Les investigateurs n'ont pas reçu d'honoraires des laboratoires.

Le Pr JP Collet déclare les relations financières suivantes:

•Subventions pour la recherche clinique ou honoraires de consultant/conférencier d’AstraZeneca, Bayer, Bristol-Myers Squibb, Daiichi-Sankyo, Eli-Lilly, Fédération Française de Cardiologie, Lead-Up, Medtronic, MSD, Sanofi-Aventis, WebMD.

 

 

 

 

 

 

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