Décès du sénateur McCain : le cancer, les mots et une voix au Sénat

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

31 août 2018

Etats-Unis – Un an après avoir été diagnostiqué pour un glioblastome, le sénateur John McCain, grande figure du monde politique et ancien candidat républicain à la Maison Blanche, s’est éteint samedi dernier, le 25 août. Alors que des funérailles nationales auront lieu demain, retour sur quelques faits d’armes de cette figure patriotique emblématique, qui n’a pas hésité à s’opposer à son propre camp en votant contre la réforme du système de santé voulue par Donald Trump. L’annonce de son cancer avait été l’occasion d’évoquer dans nos pages et aujourd’hui encore, via l’intervention du Dr Robert Pearl dans le magazine Forbes, la question du choix des mots lorsque l’on parle de cette maladie, et par extension, celle du courage.

Vote au Sénat : le poids d’une voix

S’il est classique que des hommages soient rendus à un homme politique d’envergure, il est en revanche plus rare que la communauté médicale s’y rallie. C’est pourtant ce qui s’est passé avec John McCain, cette semaine. L’American Cancer Society Cancer Action Network (ACS CAN), affiliée à l’American Cancer Society, a publié un communiqué [1], rappelant qu’au-delà de son rôle au niveau national et international, « au sein de la communauté du cancer », « en tant que survivant à plusieurs récidives du cancer, il [John McCain] a montré que la survie au cancer pouvait être compatible avec un mode de vie productif et significatif ». Et, en effet, même malade, John McCain, non seulement, n'avait pas démissionné du Sénat mais il avait voté l’an dernier, avec 2 autres républicains, contre l’abrogation partielle de l’Obama Care voulue par le président Trump. Ironie de l’histoire, McCain, qui était loin d’être en faveur de cette assurance santé mise en place par le président Obama, l’avait néanmoins sauvée, comme se sont plu à le rappeler cette semaine les médias américains.

Fervent combattant de l’industrie du tabac

Peu après son vote, McCain s'était expliqué dans un communiqué sur le vote qui lui avait valu les foudres de son camp. Le journal Libération rapportait ainsi ses propos :« Depuis le début, j’ai toujours pensé que l’Obamacare devait être défait et remplacé par une solution plus compétitive, moins chère, et qui garantirait une meilleure prise en charge des Américains. La soi-disant «abrogation partielle» sur laquelle le Sénat s’est exprimé aujourd’hui n’aurait pas permis tout cela. Si elle aurait pu défaire certaines des mesures les plus lourdes de l’Obamacare, elle ne proposait aucune mesure de remplacement pour véritablement réformer notre système de santé. »

Le communiqué de l’ACS CAN y fait d’ailleurs référence : « Il est important de noter que dans l'un de ses derniers gestes officiels, le sénateur McCain a préservé la capacité des patients atteints de cancer, des survivants et des patients souffrant de maladies chroniques à conserver une assurance maladie ». Ajoutons que, parmi ses combats politiques, John McCain, a toujours défendu les droits des patients, contre les assureurs santé privés. Ce fut aussi un fervent combattant de l’industrie du tabac, qu’il a voulu contrer en promouvant en 1998, avec les Démocrates qui y étaient favorables, un projet de loi visant notamment à augmenter le prix des paquets de cigarettes – avant de capituler face au poids des lobbys.

« Lutte » contre le cancer

Nous avions évoqué John McCain l’an dernier sur le site car l’annonce de son diagnostic avait suscité de vives réactions, de même que le choix des mots pour parler de sa maladie. De nombreuses personnalités publiques avaient, en effet, exhorté le sénateur à « combattre » son cancer. « C’est un héros dans notre pays. Il n'a jamais échappé à un combat et je sais qu'il affrontera ce défi avec le courage extraordinaire qui a caractérisé toute sa vie », avait, par exemple, déclaré le président du Sénat américain, Mitch McConnell.

Le spécialiste en éthique médicale, Art Kaplan, du NYU Langone Medical Center à New York, avait alors écrit un texte intitulé : «Ne dites pas à John McCain de combattre son cancer » publié sur Medscape édition internationale qui avait attiré plus de 500 commentaires de lecteurs, et que nous avions relayé sur l’édition française (voir Langage guerrier pour «vaincre» le cancer : utile ou culpabilisant ?).

« Le cancer ne se soucie pas de savoir si vous êtes un combattant ou non. Il n’y a pas de preuves que l'adoption d'une attitude de combat contribue à la survie » écrivait alors Kaplan.

 « De plus, cela implique que si vous n'êtes pas un combattant, alors c’est que vous êtes lâche, voire pire. Cela suggère que la seule option offerte à tous ceux qui sont courageux est de se battre – c’est-à-dire opter pour un geste thérapeutique, quel qu’il soit : chirurgie, médecines complémentaires, chimiothérapie et solutions expérimentales. C’est, là aussi, mal venu, car il faut du courage pour décider de ne pas combattre un cancer incurable, et choisir plutôt de profiter d'une meilleure qualité de vie pour le temps qui reste à vivre ».

 
Il faut du courage pour décider de ne pas combattre un cancer incurable, et choisir plutôt de profiter d'une meilleure qualité de vie pour le temps qui reste à vivre  Art Kaplan
 

Le courage d’accepter la mort

La question du choix des mots, et par extension, celle du courage, est encore revenue sur le tapis le week-end dernier. Lors de l’annonce de la décision de McCain d’arrêter de nouveaux traitements dans l’après-midi du vendredi 24 août, un commentaire sur une chaîne câblée a, de nouveau, repris ce même vocable guerrier, en affirmant « qu’un héros de guerre abandonnait le combat ». Dans un article du magazine Forbes , le Dr Robert Pearl a tenu à rectifier le tir, assurant qu’au vu du parcours de vie de McCain, « rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité ».

Au cours de ses 31 années de service au Sénat, ce sénateur républicain de poids « s’est fait connaître pour avoir défendu ce en quoi il croyait, pour s'être opposé à des intérêts particuliers et pour avoir affronté des puissants, dont le président actuel » écrit le Dr Pearl. « Dans la vie, il n’a jamais abandonné », et « encore moins maintenant ». Le sénateur McCain « a pris la décision courageuse de cesser le traitement », après avoir été informé par ses médecins que de nouveaux traitements seraient inefficaces. Il faut énormément de courage pour accepter la mort comme faisant partie de la vie. C'est un signe de force, pas de faiblesse. Les commandants militaires qui mènent sciemment leurs troupes dans des combats qu'ils ne peuvent pas gagner ne sont pas courageux. Ils sont irresponsables » a-t-il ajouté, très justement.

Dans son l'ouvrage autobiographique, « The Restless Wave: Good Times, Just Causes, Great Fights, and Other Appreciations » paru en mai cette année, John McCain, 81 ans, affichait sa lucidité. « J'ignore combien de temps encore je serai parmi vous. Peut-être encore cinq ans » rapporte un article de BFMTV . « Peut-être serais-je parti avant que vous ne lisiez cela ». 

« Je n'ai aucun regret. Pas un seul. Cela a été un sacré voyage. ». 

 
Il faut énormément de courage pour accepter la mort comme faisant partie de la vie. C'est un signe de force, pas de faiblesse Dr Robert Pearl
 

Bilan de santé

Dans un article de Medscape édition internationale, Zosia Chustecka a rappelé que le sénateur n’en était pas à son premier cancer : en plus du glioblastome, McCain avait déjà reçu plusieurs diagnostics de mélanome à partir de 1993.

Il souffrait également de divers problèmes de santé suite à son séjour en tant que prisonnier de guerre au Viet Nam, où il a été incarcéré pendant cinq ans et demi. La torture – dont il était devenu un farouche opposant – l’avait laissé avec des membres cassés, il en avait gardé une flexibilité limitée au niveau du genou gauche, et il ne pouvait lever les bras plus haut que ses épaules.
Le diagnostic de glioblastome avait été posé en juillet 2017, après une opération visant à retirer un caillot de sang au-dessus de son œil gauche à l'hôpital Mayo Clinic de Phoenix, en Arizona. Un examen ultérieur a révélé que le caillot était associé à un glioblastome, selon un communiqué publié à l'époque par la clinique Mayo. La tumeur avait été complètement réséquée, avait alors indiqué l’établissement médical, et il a continué à recevoir une radiothérapie et une chimiothérapie post-chirurgicales standard, indique notre consoeur. Il est peu probable que le glioblastome – qui était une tumeur primaire – soit lié aux antécédents de mélanome de McCain, a également déclaré la clinique Mayo.

 

 

 

 

 

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