Les résultats à contre-courant de PURE confortés par un score de « nutrition saine »

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

31 août 2018

Munich, Allemagne — Un régime alimentaire qui limite les apports en hydrates de carbone au profit des graisses et des protéines, en intégrant notamment une consommation de produits laitiers et de viande rouge non transformée, réduit la mortalité de manière significative, selon l’étude PURE (Prospective Urban-Rural Epidemiology), présentée en session hotline du congrès de l’ESC2018 [1]. En créant un index d’alimentation saine basé sur 7 aliments – fruits, légumes, noix, légumineuses, poisson, produits laitiers et viande rouge non transformée – et en l’appliquant à quatre grandes séries (ONTARGET, TRANSCEND, INTERHEART et INTERSTROKE), les investigateurs de la plus vaste étude observationnelle en nutrition – 218 000 participants, 50 pays sur 5 continents – ré-itèrent les conclusions surprenantes de l’an passé (voir encadré ci-après) montrant que le régime alimentaire bon pour la santé cardiovasculaire des habitants des pays du monde entier peut sensiblement différer de ce qui est couramment recommandé dans les pays à hauts revenus.

Viande et produits laitiers réhabilités

« Les recommandations actuelles sur les aliments à privilégier pour se préserver du risque cardiovasculaire reposent sur d’anciennes études conduites dans des pays à niveau économique élevé, confrontés à la surnutrition. Dans notre étude, nous montrons, par exemple, qu’un apport quotidien en produits laitiers est aussi protecteur qu’une consommation de fruits et légumes. Tout dépend de l’alimentation prise dans son ensemble », a souligné le principal auteur de l’étude, le Pr Andrew Mente (MacMaster University, Hamilton, Canada), dans sa présentation.

En valorisant la consommation de viande rouge et de produits laitiers, potentiellement riches en graisse animales saturées, ces nouveaux résultats se révèlent encore une fois surprenants. Les auteurs expliquent qu’ils reflètent les habitudes alimentaires des populations à travers le monde, jusqu’à présent peu prises en compte dans ce genre d’étude.

 « Les résultats permettent d’envisager des recommandations applicables au niveau international », a indiqué l'orateur.

Dans la droite lignée des résultats de PURE 2017

Publiés au congrès de l’ESC en 2017, les résultats de l’étude PURE (Prospective Urban-Rural Epidemiology) avaient quelque peu agité le Landerneau de la cardiologie et de l’endocrinologie avec ses résultats à contre-courant des recommandations nutritionnelles promues ces dernières années. Car si les données de cette vaste étude observationnelle confirmaient bien que des apports élevés en sucres sont mauvais, elles montraient en revanche une relation inverse entre consommation de graisse et mortalité totale. En outre, la consommation de graisses saturées apparaissait inversement associée à la mortalité totale. Le Dr Boris Hansel s’était d’ailleurs étonné de ces résultats : « Cette conclusion est étonnante, avait-il commenté dans nos pages, car l’ensemble de la littérature va plutôt en faveur d’un effet délétère des acides gras saturés ».

Ils pouvaient néanmoins s’expliquer par le fait que PURE avait inclus des pays de niveau économique très différents, y compris de faible niveau économique.

Sept aliments jugés sains

Pour mener cette nouvelle étude, les chercheurs ont développé un score nutritionnel de régime sain, baptisé Healthy Diet Score, déterminé pour sept aliments qu’ils ont considérés comme protecteur (fruits, légumes, noix, légumineuses, poisson, produit laitier et viande non transformée), après avoir étudié la relation entre leur consommation et la mortalité observée au cours du suivi.

Ces aliments ont reçu un score compris entre 1 (bénéfice faible) et 5 (bénéfice élevé) en fonction des quantités absorbées. La somme des scores permet d’appréhender le niveau de protection du régime alimentaire. Les participants ont été répartis en cinq quintiles en fonction de leur score de régime sain total.

Les résultats montrent que ceux du quintile 5 ayant le régime le plus sain (score ≥18) ont des apports énergétiques provenant à 54% des hydrates de carbone, 28% des graisses et 17,9% des protéines. A l’opposé, les participants avec un score total ≤11 (quintile 1) ont des apports énergétiques respectivement de 69%, 18,5% et 11,9%.

Concrètement, on retrouve une consommation élevée de fruits et légumes chez ceux bénéficiant d’une meilleure protection (8 portions par jour en moyenne de fruits et légumes dans le quintile 5, contre 1,8 portion dans le quintile 1), ainsi que de noix et de légumineuses (2,5 portions vs 0,7). Ils ont aussi une consommation moyenne plus élevée en viande rouge (1,4 portion quotidienne vs 0,3) et en produits laitiers (3 portions vs 0,6).

« Concernant la viande, nous avons trouvé un bénéfice à sa consommation quand elle n’a pas été transformée » a précisé l’orateur.

Mortalité réduite de 25%

Au cours du suivi mené pendant une période de neuf mois, 6 821 décès et 5 466 événements cardiovasculaires majeurs ont été rapportés. L’analyse montre que la mortalité est réduite de 25% après ajustement, notamment sur l’âge, chez les individus ayant le régime le plus sain (quintile 5). Comparativement à ceux ayant l’alimentation la moins saine, la mortalité d’origine cardiovasculaire est abaissée de 29%.

Les chercheurs ont ensuite appliqué le nouveau score à d’autres larges études comportant des données nutritionnelles sur des patients ayant des antécédents de maladies cardiovasculaires (ONTARGET, TRANSCEND, INTERHEART et INTERSTROKE). Sur un total de 70 000 patients, ils ont retrouvé le même effet protecteur chez ceux dont les scores sont associés au régime le plus sain, ce qui a permis de valider le score, a précisé le Pr Mente. 

« En considérant l’apport en nutriments, ces résultats ne viennent pas contester les actuelles recommandations définissant une alimentation saine. Ils suggèrent que nous devons bien limiter les hydrates de carbone, tout en amenant à reconsidérer ce qui définit un régime de haute qualité adapté à l’ensemble des populations, en y intégrant notamment la viande et les produits laitiers ».

Interpellé, au cours d’une conférence de presse, sur les éventuelles contradictions avec le discours prônant une limitation de la consommation de viande rouge pour réduire le risque de cancer, le chercheur a répondu que le bénéfice sur la mortalité est bien là et que recul n’est pas encore suffisant pour constater un effet sur le risque de cancer. Selon lui, il faudrait un suivi au minimum deux fois plus long.

Un score nutritionnel contesté

Concernant les hydrates de carbone, les résultats vont dans le sens d’une réduction au profit des matières grasses et des protéines. L’apport énergétique moyen associé au régime le plus sain est < 60%, ce qui fait consensus. « Il faut toutefois distinguer les hydrates de carbone provenant des fruits et légumes de ceux correspondant aux sucres raffinés, qui dans l’ensemble restent malheureusement majoritaires », a rappelé le Pr Mente.

Le Dr Eva Prescott (Université de Copenhague, Danemark), venue commenter les résultats après l’intervention s’est montrée assez critique. Elle a tout d’abord rappelé les résultats controversés exposés l’année précédente au congrès de l’ESC, avant de s’interroger sur les bénéfices suggérés de la viande rouge, alors que plusieurs études, dont une méta-analyse, ont montré le contraire.

Elle s’est également interrogée sur la méthodologie choisie pour calculer le « diet score », qui dépend de la quantité ingérée. « Est-il possible d’avoir des scores élevés pour plusieurs catégorie d’aliment? Est-ce que cela signifie qu’il faut consommer beaucoup de calories au risque de dépasser les quantités journalières recommandées ? ».

Elle s’est également étonnée de ne pas voir inclus dans l’analyse les apports en acides gras trans, en viande transformée ou en sel. Si le « Diet Score » et sa relation avec la mortalité ont été validés dans cette étude, « il n’est pas certain que tous les aspects d’un régime alimentaire soient bien pris en compte dans cette approche », a conclu le Dr Prescott.

 

 

L’étude PURE a bénéficié des fonds du Population Health Research Institute, du Canadian Institutes of Health Research, du Heart and Stroke Foundation of Ontario, de différents laboratoires pharmaceutiques et agences ou associations gouvernementales de 40 pays. Le Dr Mente n’a pas de liens d’intérêt.

 

 

 

 

 

 

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