Saturation des SAMU et numéro unique: les avis divergent

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

28 août 2018

France -- Depuis la dramatique affaire Naomi Musenga, du nom de cette jeune femme décédée dont l’appel désespéré a été moqué par la régulation médicale du Bas-Rhin, les Samu de France sont dans le collimateur de l'opinion et des pouvoirs publics. Le traditionnel palmarès des hôpitaux et des cliniques du Point et ses résultats alarmistes sur les services d’urgence, n’arrangent rien. Et face à ce qui pourrait bien être une fausse bonne solution - à savoir, le numéro d’appel unique -, les avis sont loin de l’être.

Résultats faussés et réponse sibylline

Nouveau rebondissement médiatique, selon l'hebdomadaire Le Point qui a exploité des données publiques en provenance du ministère de la Santé, 4,6 millions d'appel émis en 2016 n'auraient pas été décrochés, sur un total de 29,1 millions. La situation n’a rien d’homogène sur le territoire français. Les bons points, distribués par le magazine vont donc aux Samu d'Auxerre, Verdun, Mende, Tours, Nice, Annecy, qui répondent à 100% des appels. Tandis que des bonnets d’âne sont distribués aux Dom-Tom (Pointe-à-Pitre, Guadeloupe et Fort-de-France, Martinique), Perpignan, Laon, Garches dans les Hauts-de-Seine et Bobigny.

Toujours selon Le Point, Paris se situe à mi-chemin avec seulement 49,8% des appels décrochés. Cet état des lieux apocalyptique a tout de suite fait réagir les responsables des Samu de France. Pour Pierre Carli, chef du service Samu de Paris, les données du magazine sont faussées. Pour avoir un résultat objectif des appels décrochés et non décrochés, il faudrait retirer les appels interrompus au bout  de 15 secondes, pour des causes multiples (erreurs, fax, robots, etc.). Le taux remonterait ainsi à 76% à Paris, et non plus à 49,8%, confie-t-il au Monde. François Braun, président de Samu Urgences de France, abonde dans le même sens, sur les ondes de RTL. Selon lui, sur les 4,6 millions d'appel non décrochés, il faut comptabiliser les erreurs, les fausses numérotations, etc. En revanche, le Dr Christophe Prudhomme, urgentiste (Samu 93), porte-parole de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf) et responsable santé à la CGT, trouve la situation décrite par l’hebdomadaire d’information tout à fait objective. « Cela fait des années que nous dénonçons un manque de moyens pour faire face à une activité en augmentation constante », déclare-t-il au Monde. Quant au ministère de la santé, interrogé par le quotidien du soir, il se contente d'une réponse sibylline : les statistiques du Point sont « une réalité qui n'est pas forcément une généralité ».

Numéro d’appel unique : la fausse bonne idée ?

Quoi qu'il en soit, comme pour remédier à cette « réalité qui n'est pas forcément une généralité », certains ressuscitent l'idée de créer un numéro d'appel unique pour l'ensemble des urgences médicales, et sapeurs-pompiers. Lequel (116 117) est déjà expérimenté dans trois régions, avec des résultats mitigés, selon le Conseil national de l'Ordre des médecins (Cnom) et fait écho à une promesse du président Emmanuel Macron en octobre 2017, lors d'une réception des pompiers à l'Élysée, qui avait plaidé pour la mise en place d'un numéro d'appel des urgences médicales unique.

Répondre de façon plus pertinente aux besoins de la population

D'aucuns pensent que cette mesure devrait faire partie des annonces de septembre, dans le cadre de la transformation du système de santé. Cela en serait au moins que partage Christophe Prudhomme, de la CGT-santé, qui plaide pour une mutualisation entre le 15 et le 18. Pour Pierre Carli, du Samu de Paris, c’est niet, affirme-t-il au Monde, car le 15 permet de joindre un médecin 24 heures sur 24. Tout comme pour François Braun, de Samu Urgences de France, qui rappelle sur les ondes de France Info, que parmi les mauvais élèves classés par le Point figure le Samu de Perpignan, lequel possède une plateforme 112/Samu/pompiers… En revanche, il n’est pas contre un regroupement des appels du 15 et du 18. Pour la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), « tout regrouper sur un seul numéro unique (fusionnant le 15 et le 18) ne ferait qu’accroître les difficultés actuelles ». La CSMF milite pour que le 116 117 reste le numéro du médecin de garde, tandis que le 15 serait réservé aux urgences médicales. Une grande campagne de communication, menée tambour battant par les pouvoirs publics, serait, selon le syndicat, à même de faire passer auprès des usagers du système de santé un message du type : « pour une urgence vitale, appelez le 15 ; pour joindre votre médecin de garde, appelez le 116 117 ». La CSMF ajoute que ce plan de communication devrait s’accompagner d’une modernisation des outils informatiques et numériques « pour répondre de façon plus pertinente aux besoins de la population ».

 
D'aucuns pensent que le numéro d'appel des urgences médicales unique devrait faire partie des annonces de septembre, dans le cadre de la transformation du système de santé.
 

 

5 numéros d’appel d’urgence sanitaire à connaitre :

- le 15: SAMU, urgences médicales ;

- le 18: lutte contre l'incendie (pompiers) ;

- le 112 : numéro des urgences sécuritaires, de secours aux personnes ou médical, accessible dans toute l'Union européenne ;

- le 114: réception et orientation des personnes malentendantes vers les autres numéros d'urgence ;

- le 116 117: permanence des soins ambulatoires.

 

 

 

 

 

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