Grossesse : la supplémentation en vitamine D sans effet sur la croissance de l’enfant

Vincent Richeux, Nancy Melville

23 août 2018

Dacca, Bangladesh Selon une large étude contrôle randomisée, menée sur plus de 1 000 femmes bangladaises, une supplémentation en vitamine D pendant la deuxième moitié de la grossesse, même à des doses élevées (28 000 UI hebdomadaire), n’a pas d’effet sur la croissance du fœtus et de l’enfant jusqu’à un an [1].

Les femmes enceintes présentent souvent une carence en vitamine D. S’il est fréquent pour elles de se voir conseiller une supplémentation par leur médecin, les bénéfices d’un tel apport sur la santé de la mère et de l’enfant restent discutés, en raison de données qui s’avèrent divergentes à ce sujet.

Non recommandé par l'OMS

Récemment, une large étude portant sur près de 11 000 femmes a conclu qu’une supplémentation ne permet pas de protéger les femmes enceintes du risque d’hypertension gravidique ou de pré-éclampsie [2]. Une revue Cochrane avait pourtant suggéré l’inverse, après analyse de 15 essais randomisés, tout en soulignant le manque de clarté sur l’interêt d’un apport en vitamine D [3].

Alors que de nombreuses études ont suggéré un lien entre un déficit et certaines pathologies, comme la fragilité osseuse, de récentes méta-analyses n’ont pas pu apporter de preuve du bénéfice de la vitamine D sur la santé osseuse et non osseuse. Certains scientifiques prônent, par conséquent, un retour au naturel pour se fournir en vitamine D (alimentation et soleil).

Faute de données satisfaisantes, notamment chez les femmes enceintes, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a fini par affirmer en 2016 que « la supplémentation en vitamine D n’est pas recommandée chez les femmes enceintes dans le but d’améliorer les issues maternelles et périnatales de la grossesse ». Elle conseille plutôt de favoriser « une nutrition adéquate ».

Cette fois, c’est le bénéfice supposé de cette vitamine sur le développement du fœtus et du nourrisson qui est contesté. Dans cette nouvelle étude randomisée, le Dr Daniel Roth (Département de pédiatrie et de nutrition, Université de Toronto, Canada) et ses collègues ont évalué l’effet d’un apport hebdomadaire en vitamine D à dose élevée en cours de grossesse.

Deux-tiers des femmes carencées

L’évaluation s’est déroulée au Bangladesh où l’équipe a constitué une cohorte de 1 300 femmes enceintes et en bonne santé. Dans ce pays, les carences en vitamine D sont fréquentes. Par ailleurs, un tiers des nourrissons présentent un faible poids à la naissance et on estime que 36% des enfants bangladais de moins de cinq ans ont un retard de croissance.

Afin d’évaluer l’effet d’une supplémentation sur le développement de l’enfant, les femmes enceintes ont été randomisées pour avoir un apport hebdomadaire de 4200 UI, 16 800 UI ou 28 000 UI de vitamine D. Deux autres groupes ont été constitués pour recevoir, en prénatal et pendant six mois après l’accouchement, 28 000 UI hebdomadaire de vitamine D ou un placebo.

Lors de l’inclusion, la majorité des femmes (64%) présentait un déficit en vitamine D, définie par une concentration sérique en 25-hydroxyvitamine D <30 ng/ml. « La supplémentation a bien réduit le risque de carence. Mais, dans l’ensemble ,elle n’a eu aucun effet sur la croissance de l’enfant », a commenté le Dr Roth, auprès de Medscape édition internationale.

Utilisé pour caractériser le rapport entre poids et taille chez le nourrisson, le Z-score est, en effet, apparu similaire chez les 1164 nouveaux-nés issus de ces grossesses. En moyenne, il est respectivement de -1,11, -0,97 et -1,06 dans les groupes 4200 UI, 16 800 UI ou 28 000 UI de vitamine D en prénatal, contre -0,93 dans le groupe placebo et -0,94 dans le groupe recevant également la vitamine en post-partum.

Pas d’effets indésirables notables

Les différences entre les groupes sont également non significatives pour les résultats obtenus avec d’autres mesures anthropomorphiques utilisées par les chercheurs, ainsi que pour le taux de morbidité néonatale. Par ailleurs, la supplémentation n’a pas permis de réduire le risque de naissance prématurée.

En revanche, les résultats montrent un effet dose-dépendant sur les concentrations sériques en 25-hydroxyvitamine D, autant chez la mère que chez l’enfant, mais aussi sur le niveau en parathormone ou sur l’excrétion du calcium dans les urines chez la mère. Les femmes recevant les doses de vitamine les plus élevées étaient d’ailleurs plus à risque d’hypercalciurie.

 
La supplémentation n’a pas permis de réduire le risque de naissance prématurée.
 

Les cas d’hypercalcémie et d’hypercalciurie ont toutefois été rares, même dans le groupe prenant 28 000 UI de vitamine par semaine, observent les auteurs. Dans l’ensemble, les différentes doses administrées ont été bien tolérées et il n’’est pas apparu de différence significative entre les groupes en termes d’effets secondaires.

« Ces résultats ne permettent pas de valider l’hypothèse selon laquelle le niveau de vitamine D observé lors de la seconde moitié de la grossesse a un effet déterminant sur la taille du nouveau-né », commentent les auteurs. Ils précisent que l’étude vient ainsi contredire de précédents travaux, qui avaient été conduits sur de plus petites cohortes.

 
Les femmes recevant les doses de vitamine les plus élevées étaient plus à risque d’hypercalciurie.
 

D’autres carences en cause ?

Néanmoins, « la supplémentation en vitamine D ayant été initiée en milieu de grossesse, l’étude ne permet pas de déterminer si un apport envisagé plus tôt peut avoir des effets bénéfiques », concèdent-ils. Autre point faible avancé : les carences nutritionnelles observées chez certaines femmes ont pu limiter les effets de la vitamine D sur la croissance fœtale.

« Bien que les femmes ayant participé à l’étude ont également reçu une supplémentation en fer, en acide folique et en calcium, il est possible qu’elles aient manqué d’autres nutriments essentiels à la croissance du fœtus et du nourrisson », a souligné le Dr Roth. L’apport en calcium pourrait aussi être en cause dans la limitation de l’effet de la vitamine D.

Quoi qu’il en soit, cette étude est suffisamment robuste pour s’interroger à nouveau sur l’intérêt de la supplémentation, du moins en deuxième moitié de grossesse. Ces résultats viennent conforter la position de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui ne recommande pas l’apport de vitamine D en routine pendant la grossesse, ont conclu les auteurs.

 
Ces résultats ne permettent pas de valider l’hypothèse selon laquelle le niveau de vitamine D observé lors de la seconde moitié de la grossesse a un effet déterminant sur la taille du nouveau-né  Les auteurs
 

 

L’étude a été financée par la fondation Bill et Melinda Gates.

Les auteurs n’ont pas déclaré de lien d’intérêt.

 

 

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....