Plateformes de mise en relation : une solution à la pénurie de médecins remplaçants ?

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

21 août 2018

France – Alors que certaines structures tournent avec du personnel a minima pendant l’année, quand vient l’été – vacances obligent – la situation devient critique. Cette année n’a pas échappé à la règle avec son lot de fermetures de service, notamment aux urgences, faute de médecins. Et si boycott il y a eu à l’appel du Syndicat national des médecins remplaçants, celui-ci n’explique pas tout. On se souviendra d’ailleurs que fin juin, les résultats de l’enquête flash menée par l’ARS Ile-de-France (« Anticipation des tensions en période estivale 2018 ») par l’Association des Médecins Urgentiste de France (Amuf) prédisait une situation complexe en juillet/août.

Les cabinets font eux aussi face à un manque de médecins pour assurer des remplacements. Au-delà de la pénurie, on peut envisager des difficultés à faire coïncider offres et demandes…D’où la création de RemplaFrance qui propose de fédérer région par région les annonces de professionnels de santé (médecins, dentistes, kinésithérapeutes, infirmiers, orthophoniste, préparateurs en pharmacie sont aussi concernés) pour que ces derniers soient informés des propositions de remplacements, de collaboration et de succession. Est-ce une solution ?

Fermeture des urgences de l’été

Que s’est-il passé dans les hôpitaux cet été ? Dans la Drôme, les urgences du centre hospitalier Saint-Vallier ont fermé entre le 6 et le 26 août. Une fermeture totale, due très clairement à une pénurie de médecins remplaçants. Selon Ouest France , les urgences de ce centre hospitalier étaient déjà fermées en juillet, pour les mêmes raisons. Cette pénurie de médecins remplaçants serait dû au boycott lancé par le SNMRH, selon le directeur de cet établissement : « les médecins intérimaires boycottent plus ou moins les hôpitaux publics, estimant que leur niveau de rémunération désormais plafonné n’est pas suffisant », a ainsi déclaré Jean-Pierre Coulier au Dauphiné Libéré . En Gironde, au centre hospitalier Sud-Gironde de La Réole, les urgences ont été fermées tous les week-ends du mois d’août ainsi que le 15 août. Là aussi, la fermeture inopinée s’explique par une pénurie d’urgentistes. Face à des difficultés de remplacement, l’hôpital de Sarreguemines a aussi été contraint de fermer le service de pédiatrie et les urgences pédiatriques du 7 au 22 juillet.

Pénurie aussi dans les cabinets

L’appel au boycott du SNMRH explique-t-il, à lui seul, le manque de personnels puisque les médecins n’ont finalement pas fait grève (voir encadré) ? Pas seulement, car la pénurie fait aussi rage dans le secteur libéral cet été. Dans le nord, en Artois, les médecins généralistes se sont cassés la tête pour trouver des remplaçants. Sur la radio Horizon, le Dr Desconseillez à Liévin témoigne : « mon associé a tout essayé pour se faire remplacer en mettant des annonces à la fac de médecine et postant une annonce sur la plateforme monrempla-hautsdefrance.com et nous n’avons eu aucune réponse. »

RemplaFrance, une start-up en pleine croissance

Car les médecins désormais ont recours à la plateforme de remplacement de médecins, en cas de pénurie. En l’occurrence, RemplaNord, rebaptisé monrempla-hautsdefrance.com et créé en 2013 par Timothée Wattinne, médecin généraliste. « En trois ans, Timothée sur sa plateforme a réussi à fédérer 70% des médecins généralistes pour des remplacements », explique Delphine Agullo contactée par Medscape, et co-fondatrice avec Timothée et Mathilde Couturié de remplafrance.com. « Devant le succès qu’il avait remporté dans les Hauts-de-France, Timothée a cherché des partenaires et nous avons décidé de créer à trois RemplaFrance, une plateforme de mise en relation de médecins remplaçants et de médecins qui recherchent des remplaçants », poursuit-elle.

En 2016, les deux commerciales et le médecin créent la Start-up remplafrance.com, une sorte de blablacar appliquée aux remplacements médicaux. « Plutôt que de créer ex-nihilo notre outil, nous avons préféré partir de l’existant et fédérer des plateformes régionales qui existaient d’ores et déjà. ». Pour ce faire, ils ont mis en place un partenariat avec le syndicat REAGJIR, qui avait créé des sites en Alsace et en Bretagne. « Mais, du fait d’un fonctionnement associatif, ces sites ont eu tendance à péricliter », commente Delphine Agullo. Deux ans plus tard, RemplaFrance affiche une pleine croissance, même si la start-up est encore loin de la rentabilité. « Nous allons lancer notre V3 en septembre et nous avons en moyenne 30 000 utilisateurs, majoritairement médecins, mais aussi kinés, infirmiers, sage-femmes… »

 
Nous avons décidé de créer à trois RemplaFrance, une plateforme de mise en relation de médecins remplaçants et de médecins qui recherchent des remplaçants Delphine Agullo
 

4 cibles : remplaçants, cabinets, structures et collectivités locales

Le site s’adresse à quatre cibles : les remplaçants qui ont un accès gratuit, les cabinets libéraux qui paient leur recherche entre 15 et 30 euros, les structures médicales pour qui la consultation est comprise entre 150 et 250 euros, et les collectivités locales. Très présent dans les Hauts-de-France, le Grand Est, la Bretagne, l’Ile-de-France, RemplaFrance l’est un peu moins en Nouvelle Aquitaine et en Occitanie.

Gros avantage sur les agences d’intérim médical : Remplafrance est automatisé et pour cette raison peut proposer des tarifs des plus compétitifs. Tourné dans un premier temps vers le secteur libéral, RemplaFrance a étendu récemment son offre aux établissements de santé.

Quid des appels au boycott du SNMRH ? Ils n’ont eu aucun effet sur sa structure, considère Delphine Agullo. « Nous faisons en moyenne 150 mises en relation par jour et ces appels à la grève n’ont pas eu d’effet sur notre activité. Nous sommes concentrés sur le développement de notre structure en nous fixant un début de rentabilité à la fin du premier trimestre 2019. Pour ce faire, nous avons levé 300 000 euros (et 200 000 euros d’emprunt) pour pouvoir développer notre activité, en embauchant notamment un développeur et des commerciaux. »

Pas de grèves

Le Syndicat national des médecins remplaçants (SNMR) avait promis la guerre cet été aux hôpitaux qui plafonneraient leur rémunération, lesquels hôpitaux se contentent d’appliquer un décret issu de la loi de santé sur l’encadrement des rémunérations versées aux médecins remplaçants. Avec boycotts et grèves à la clé. De fait, cette dernière n’a pas eu lieu. Le SNMR précisait dans un communiqué le 2 août dernier : « à la date d'aujourd'hui, les contrats de missions déjà signés pour ces périodes seront honorés. » Mais, pas dupe, le SNMR disait regretter l’application d’un autre décret qui permet à certains praticiens hospitaliers hors Union européenne d’exercer en France sous certaines conditions et réagissait « envers le mépris, les mensonges, les insultes que nous subissons de la part de la ministre de la santé, ainsi que le manque de considération de notre prise en charge des malades dans les structures hospitalières ».

 

 

 

 

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....