Consommation d’algues marines, une tendance (trop) iodée ?

Marine Cygler

14 août 2018

Maisons-Alfort, France – Fraîches, séchées ou en compléments alimentaires, les algues marines commencent à entrer dans les menus des Français. Ce phénomène émergent est en progression, notamment chez les personnes qui suivent un régime végétalien. Mais, gare au risque de dépassement des limites supérieures d’apport d’iode, prévient l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Dans un récent avis, elle déconseille la consommation d’algues à certaines populations à risque [1].

Au niveau européen, l’European Food Safety Authority (Efsa) a fixé en 2006 une limite supérieure de sécurité pour l’iode de 600 µg/jour chez l’adulte. Elle correspond à la quantité maximale d’iode non susceptible d’entraîner des effets indésirables lorsqu’elle est ingérée de façon chronique.

Un apport satisfaisant pour l’iode est de 150 µg/jour chez l’adulte, de 200 µg/jour chez la femme enceinte ou allaitante et de 90 à 130 µg/jour chez l’enfant selon son âge.

D’après l’étude «  Evolution des habitudes et modes de consommation, de nouveaux enjeux en matière de sécurité sanitaire et de nutrition (Inca3) », les apports moyens en iode de la population française se situent à 148 µg/j chez l’adulte, à 115,7 µg/j chez les enfants âgés de 0 à 10 ans et à 135 µg/j chez les adolescents de 11 à 17 ans (Anses 2017).

Iode : indispensable en quantité raisonnable

L’iode est un halogène indispensable à la synthèse des hormones thyroïdiennes, la triiodothyronine (T3) et la tétra-iodothyronine (T4 ou thyroxine), qui jouent un rôle fondamental dans les processus de croissance et de maturation cellulaire, dans la thermogénèse, l’homéostasie glucidique et lipidique ainsi que dans la modulation transcriptionnelle de la synthèse protéique. De plus, le rôle de l’iode dans le développement cérébral du fœtus au cours des premiers mois de la grossesse est crucial.

Mais attention, un apport excessif et régulier en iode peut entraîner des dysfonctionnements de la thyroïde mais également certains effets indésirables, notamment au niveau cardiaque ou rénal.

Attention à l’association algues + compléments alimentaires

En France, plusieurs algues alimentaires utilisées pour l’alimentation humaine (dont les principales sont indiquées dans l'encadré ci-dessous). Leur teneur en iode diffère selon leurs caractéristiques.

Ainsi, les algues brunes concentrent le plus fortement l’iode, avec des teneurs pouvant dépasser 10000 µg/g de poids sec, suivies par les algues rouges, avec des teneurs inférieures à 1000 µg/g de poids sec et les algues vertes aux teneurs inférieures à 100 µg/g de poids sec. Les microalgues (comme la fameuse spiruline) elles, ont des quantités d’iode négligeables.

Les teneurs en iode varient aussi selon les conditions de production, les procédés de transformation et le type de préparation à base d’algues – poudre ou extrait – utilisé dans les compléments alimentaires.

Or, l’Anses s’inquiète car « la teneur en iode dans les différents produits à base d’algues pouvant être élevée, leur consommation présente un risque non négligeable de dépassement des limites supérieures de sécurité, et en particulier, en cas de consommation d’algues associée à des compléments alimentaires à base d’algues. » Si on consomme largement moins d’algues en France qu’en Asie ou qu’en Norvège, l’Agence rappelle qu’au Japon, il existe des pratiques de « dé-iodation » des algues alimentaires.

Spaghetti de mer, ulve, dulse, nori & wakamé

 

En France, les principales algues alimentaires utilisées pour l’alimentation humaine sont le haricot de mer ou spaghetti de mer (Himanthalia elongata), la laitue de mer ou ulve (Ulva spp.), la dulse (Palmaria palmata), le nori (Porphyra spp.), le wakamé (Undaria pinnatifida), le kombu royal (Saccharina latissima, anciennement Laminaria saccharina).

Déconseillées à différents malades chroniques

Dans son avis, l’Anses déconseille la consommation d’aliments et de compléments alimentaires contenant des algues aux personnes présentant un dysfonctionnement thyroïdien, une maladie cardiaque ou une insuffisance rénale et à celles prenant un médicament contenant de l’iode ou du lithium.

Quant aux femmes enceintes ou allaitantes, elles doivent éviter la consommation d’algues hors avis médical. De même, par méconnaissance du risque encouru chez les plus jeunes, les parents devraient écarter les algues du menu de leurs enfants.

L’Anses rappelle que «  l’utilisation d’algues, consommées fraîches, sèches ou en extrait dans des compléments alimentaires, n’est pas pertinente dans le cadre de la correction d’une déficience en iode ».

Enfin, l’Anses profite de cet avis pour encourager les professionnels de santé à déclarer auprès de son dispositif de nutrivigilance les effets indésirables susceptibles d’être liés à la consommation de compléments alimentaires.

 

 
L’utilisation d’algues, consommées fraîches, sèches ou en extrait dans des compléments alimentaires, n’est pas pertinente dans le cadre de la correction d’une déficience en iode  Anses
 

 

 

 

 

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....