Les statines aussi associées à un risque accru de myosites idiopathiques ?

Aude Lecrubier, Fran Lowry

Auteurs et déclarations

8 août 2018

Adélaïde, Australie – Outre les atteintes musculaires habituellement décrites avec les statines, l'exposition à ces hypolipémiants serait associée à un risque accru de myopathies inflammatoires (myosites) idiopathiques, selon une étude de cohorte publiée dans le JAMA Internal Medicine[1].

Dans cette étude réalisée au sud de l'Australie chez des adultes de 40 ans et plus, la probabilité d'être sous statine était presque deux fois plus importante chez les patients qui avaient une myosite idiopathique (MII) versus ceux qui n'en avaient pas (contrôles).

« Nous voulons insister sur le fait qu'il est important que les personnes à risque CV prennent leurs statines, mais face à des patients qui ont des faiblesses musculaires ou des douleurs, les cliniciens devraient savoir qu'il existe une possibilité de myopathies inflammatoires idiopathiques », a commenté l'auteur principal de l'étude, le Dr Gillian E. Caughey (Ecole de médecine d'Adelaide, Université d'Adelaide, Australie) pour l'édition internationale de Medscape.

Les effets secondaires musculosquelettiques associés aux statines sont bien connus. Il s'agit des myalgies dont on estime qu'elles surviennent chez 7 à 29 % de tous les utilisateurs de statines et de la rhabdomyolyse dont l'incidence est estimée à 0,4 pour 10 000 personnes par an. Ces deux effets secondaires disparaissent à l'arrêt du traitement.

Les myopathies inflammatoires idiopathiques regroupent des troubles musculaires auto-immuns rares et hétérogènes dont l'incidence est estimée de 0,1 à 1 pour 100 000 personnes par an.

Elles sont caractérisées par un infiltrat inflammatoire musculaire et par des signes cliniques musculaires : fatigabilité, myalgies et faiblesse. La dermatomyosite et la polymyosite sont les deux MII les plus connues.

« Il s'agit de troubles sévères, invalidants qui peuvent être à l'origine de handicap permanent et de décès. Malheureusement, ces troubles ne s'en vont pas à l'arrêt des statines parce que la statine a déclenché une réponse immunitaire. C'est pourquoi, ces patients doivent être traités avec de fortes doses de corticoïdes pour tenter de contrôler la réaction », explique la chercheuse.

 
Face à des patients qui ont des faiblesses musculaires ou des douleurs, les cliniciens devraient savoir qu'il existe une possibilité de myopathies inflammatoires idiopathiques  Dr Gillian E. Caughey
 

Des diagnostics confirmés histologiquement

Dans leur étude, Caughey et coll. ont identifié 221 patients diagnostiqués avec une myosite idiopathique confirmée histologiquement à partir de la base de données des myosites du Sud de l'Australie entre 1990 et 2014.

Les patients ont été appariés pour l'âge et le sexe (n=662) avec des participants à l'étude North West Adelaide Health Study entre 2004 et 2006.

En tout, 68 (30,8 %) patients souffrant d'une myosite idiopathique étaient exposés aux statines au moment du diagnostic versus 142 (21,5 %) des sujets contrôles (p=0,005). Les patients atteints d'une myosite idiopathique avait donc presque deux fois plus de probabilité d'être sous statine que les autres (RR=1,79, IC95% : 1,23 à 2,60; p=0,001).

Aussi, lorsque les patients atteints de myosite nécrosante étaient exclus de l'analyse, les résultats étaient similaires (AOR=1,92, IC95% de 1,29 à 2,86, p=0,001). Pour rappel, en janvier 2015, l'EMA a recommandé d’ajouter les myopathies nécrosantes dans les résumés des caractéristiques des produits (RCP) et les notices d’information destinées aux patients de l’ensemble des produits contenant une statine.

Des cas en augmentation

Les chercheurs ont également observé qu'entre 2000 et 2002, un patient sur 18 (5,6%) atteint de myosite idiopathique était exposé à une statine alors qu'entre 2012 et 2014, ce chiffre était de 21 sur 43 (48,8 %).

Au cours de cette période, l'utilisation des statines dans la population australienne a augmenté de 62,378 pour 100 000 entre 2000 et 2002 à 109,922 pour 100 000 entre 2012 et 2014.

« Une des forces de l'étude est la base de données que l'on a utilisée. Tous les cas étaient confirmés histologiquement. Il ne s'agit pas de douleurs musculaires rapportées par auto-déclaration. Nous savions qu'il s'agissait de myosite inflammatoire et connaissions même le quel sous-type », a commenté le Dr Caughey.

« Autre force de l'étude et donnée surprenante : lorsque nous avons exclu les myosites nécrosantes de notre analyse de sensibilité, l'association est restée significative entre l'exposition aux statines et les autres types de myosites inflammatoires », souligne-t-elle.

Toutefois, dans un éditorial accompagnant l'article[2], le Dr Gregory Curfman  (Brigham and Women's Hospital, Harvard Medical School, Boston) alerte sur le fait que l'étude a évalué l'exposition aux statines dans les dossiers médicaux pour les cas de myosites idiopathiques et à partir des ordonnances chez les sujets contrôles ce qui a pu induire des erreurs de classement.

« Donc, l'association entre myosite idiopathique et statines rapportée par Caughey et coll. ne peut pas être considérée comme certaine, bien que ces données soient probablement les meilleures actuellement disponibles", souligne-t-il.

Pour le Dr Curfman, les myopathies et autres troubles musculaires associés aux statines « vont continuer à être une préoccupation des patients et un diagnostic compliqué pour les médecins ». Et, « cet effet secondaire invalidant souligne l'importance de prescrire uniquement des statines aux patients qui peuvent clairement en tirer un net bénéfice ».

 
L'association entre myosite idiopathique et statines rapportée par Caughey et coll. ne peut pas être considérée comme certaine Dr Gregory Curfman 
 
Les Drs Caughey et Curfman n'ont pas de liens d'intérêts en rapport avec le sujet.

 

 

 

 

 

 

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