Calcul de la FEVG : vers des échocardiographies low-cost ?

Dr Jean-Pierre Usdin

Auteurs et déclarations

1er août 2018

Stanford, Etats-Unis – La banalisation des échocardiographies a un prix : en terme financier et aussi en termes de temps passé : accès aux rendez-vous, durée de l’examen, engorgement du service, délai du rapport. Sachant que nombre d’échocardiographies sont demandées dans le cadre du suivi d’un point précis ne nécessitant qu’un nombre limité d’images et de mesures, le calcul de la fraction d’éjection ventriculaire gauche (FEVG), pourquoi ne pas se limiter à un examen a minima pour réduire l’attente et le coût ? Une équipe californienne a étudié la question et a publié ses réponses dans une lettre du JAMA[1].

Nombre de FE-ETT versus totalité des ETT

Au sein du Veterans Affairs Paolo Alto Health Care System (PAVA) depuis 2005, le département d’imagerie propose l’option de réaliser spécifiquement, sur demande du praticien, uniquement le calcul de la FEVG. Sandhu AT et coll (Service de Cardiologie, Stanford University School of Medicine, California, USA) ont effectué entre 2006 et 2015, une étude rétrospective au sein de cette institution. Objectif : évaluer le nombre d’examens échographiques spécifiques (limitées au calcul de la FEVG) et le comparer au nombre d’échographies « traditionnelles ».

Les échocardiographies transthoraciques dédiées au seul calcul de la FEVG (FE-ETT) comportent uniquement cinq incidences, sans couleur et sans doppler. Libre à l’opérateur s’il décèle une anomalie de poursuivre plus précisément le test. Les échographies traditionnelles (ETT) sont enregistrées, analysées, selon les critères habituels. Les 118 autres Veterans Affairs hospitals (VAH) qui ont réalisé plus de 100 échocardiographies en 2005 constituent le groupe témoin.

Les chercheurs ont comparé l’évolution du nombre de FE-ETT rapporté la totalité des ETT mais aussi au nombre de consultations externes tout venant : FE-ETT/pour 100 consultations et ETT/100 consultations, au sein de cet hôpital. Le groupe témoin VTA servant de comparateur pendant les mêmes périodes : nombre de FE-ETT demandées par le clinicien (sans endroit dédié) et totalité d’ETT, ratio pour 100 consultants externes.

D emande spécifique de FEVG pour un e échocardiographie sur cinq 

La proportion de FE-ETT /ETT a augmenté de 0,8% en 2006 à 19 ,5% en 2015, les demandes concernent surtout la période 2011-2015 pendant laquelle les prescriptions FE-ETT ont pratiquement triplé. Il y avait au début de l’étude, en 2006, une demande de 0,04/100 consultations externes, en 2015 ce nombre est 20 fois plus important : 0,87/100 consultations.

Les auteurs insistent sur le fait que la réalisation d’ETT n’a pas augmenté, : 4,55/100consultations en 2005 vs 4,45/100 consultations en 2015. Cela signifie qu’il n’y a pas eu d’emballement du nombre d’examens. Ce sont les demandes FE-ETT qui ont augmenté. La courbe FE-ETT augmente au fil du temps alors que la courbe ETT reste plate entre 2005 et 2015.

Dans le groupe des 118 hôpitaux témoins, il y a eu en 2005 : 3,52 ETT pour 100 consultations vs 4,05/100 en 2015. Le rapport des examens FE-ETT/ ETT ne varie pas entre 2005 et 2015, respectivement : 1,21% et 2,10%, (soit dix fois moins de demandes pour FEVG pour le même nombre d’échocardiogrammes « standard »).

V ers des échocardiographies «  l ow c ost » ?

Le calcul de la FEVG est un des principaux motifs de demande d’ETT. Dans cette étude les chercheurs ont montré qu’il est possible de faire bénéficier les patients, le laboratoire (et les dépenses de santé), d’une demande spécifique sans pour cela augmenter le volume des échocardiographies. Cela s’avère être un calcul gagnant/gagnant. En effet, un ETT standard est facturé 240$, le FE-ETT coûte 60$ dans leur institution, cette proportion augmentant de quelque 19%, cela permet une économie de santé substantielle tout en libérant du temps pour d’autres patients. Le Dr Sandhu, lors de l’interview audio, estime que la durée moyenne d’une échocardiographie traditionnelle est de 37 minutes, contre 12 minutes pour le FE-ETT [2].

« Notre étude suggère que la réalisation d’une échocardiographie peut être redéfinie pour répondre à une question clinique ciblée tout en diminuant les dépenses de santé » considère Alexander T. Sandhu.

Less is more : un exemple à suivre 

Dans l’éditorial accompagnant l’article, Mitchell Katz (NYC Health and Hospitals, New York. New York) confirme l’intérêt de ces échographies limitées réalisés dans un service indépendant avec un matériel moins coûteux, se traduisant par des rendez-vous obtenus facilement pour des examens plus courts avec un résultat plus rapidement délivré [3]. Ce dernier considère que : « les dépenses de santé augmentent pour des examens de peu d’intérêt… une utilisation responsable des ressources implique une prescription réfléchie, ni plus ni moins ». Et d’insister sur l’intérêt supplémentaire de cette étude : la communication ciblée entre généralistes et spécialistes au profit du patient.

Cette option devrait bénéficier à différents départements : oncologie, néphrologie mais aussi cardiologie pour peu que les prescriptions restent respectueuses du cadre défini, ni plus ni moins ! 

 

Les Alexander T Sandhu et Mitchell Katz n’ont pas déclaré de liens conflit d’intérêts particuliers.

 

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