Dépression résistante : quand la stimulation magnétique transcrânienne ne fait pas mieux qu’une simulation

Marine Cygler avec Megan Brooks

Auteurs et déclarations

26 juillet 2018

Palo Alto, Etats-Unis – La stimulation magnétique transcrânienne répétitive (TMSr) ne fait pas mieux qu’une stimulation simulée chez les vétérans souffrant de dépression résistante aux traitements, selon les résultats d’un vaste essai randomisé publiés récemment dans le JAMAPsychiatry[1].

Qu’ils reçoivent une réelle TMSr ou une TMSr simulée, 40 % des participants arrivent à guérir.  Le pourcentage étant, un peu plus faible chez ceux, dans les deux groupes, qui souffrent d’un syndrome de stress post-traumatique (ESPT).

La stimulation magnétique transcrânienne est une technique non invasive, qui consiste à appliquer au niveau de certaines zones du cerveau une impulsion magnétique à haute fréquence. Une bobine de stimulation, placée contre le cuir chevelu, modifie ainsi l'activité des zones visées en générant une dépolarisation des neurones. L’efficacité de cette technique a été démontrée dans les dépressions sévères résistantes aux traitements ( Dépression résistante : la stimulation magnétique transcranienne efficace à long terme).

Le premier essai chez des vétérans

Chez les vétérans, la dépression résistante aux traitements est un « défi clinique majeur », étant donné le risque suicidaire associé. Bien que la TMSr apporte des bénéfices en population générale, « les vétérans peuvent y répondre différemment  », écrivent les auteurs de l’étude dirigée par le Dr Jerome Yesavage (Stanford University School of Medicine, Californie, Etats-Unis).

Cet essai, le premier qui évalue l’efficacité de la TMSr chez des vétérans souffrant de dépression sévère, a inclus 164 participants, dont 49% présentent aussi un état de stress post-traumatique (ESPT) et 54 % ont une addiction aux substances. En tout, 81 patients ont été inclus par randomisation dans le groupe recevant une TMSr ciblant le cortex préfrontal gauche (caractéristiques de la stimulation : 10 Hz ; 120% du seuil moteur ; 4000 impulsions par session) et 83 dans le groupe recevant une stimulation simulée pendant les trente sessions.

Les chercheurs rapportent une absence de différence entre les deux groupes concernant la rémission (odds ratio 1,16 ; IC 95(0,59-2,26) ; P=0,67).

 
Bien que la TMSr apporte des bénéfices en population générale, « les vétérans peuvent y répondre différemment. Dr Jerome Yesavage
 

En effet, à l’issue de la phase aigue de traitement, 33 patients sur 81 (soit 40,7 %) du groupe TMSr active sont en rémission, tout comme 31 participants sur 83 (soit 37,4 %) de l’autre groupe. Le taux de rémission tout groupe confondu est de 39 %. Il diminue chez les patients avec des facteurs de co-morbidité comme l’ESPT.

« Ces résultats vont dans le sens de ce qu’on voit dans les essais cliniques sur les médicaments antidépresseurs : la réponse placebo tend à augmenter », indiquent les auteurs.

Les chercheurs expliquent ces taux de rémission, à la fois bons mais identiques à la stimulation simulée, par la régularité des visites imposée par la TMSr.

« Cette étude souligne une composante de poids chez les patients dépressifs : l’importance de les voir beaucoup, de les encadrer. Leur demander de se lever, de se doucher et de sortir pour venir au rdv sont des facteurs motivationnels qui les aident », explique le Dr Stéphane Mouchabac (psychiatre, Hôpital Saint-Antoine, Paris) à Medscape édition française. Dans cette étude, 76 % des participants sont inactifs.

Des résultats « déroutants »

Dans un éditorial accompagnant l’article[2], le Dr Charles Nemeroff (University of Miami, Etats-Unis) explique pourquoi il considère les résultats de cette étude « déroutants ».

 
Devant des patients lourds avec un ESPT, il ne semble pas que la TMSr soit le meilleur traitement, ou bien la cible neurologique n’est pas la bonne. Dr Stéphane Mouchabac
 

D’abord, il souligne les taux de rémission exceptionnellement élevés.

Ensuite, il revient sur le manque d’efficacité de la TMSr qui contraste avec les résultats des études antérieures sur le sujet. L’explication tient, d’après lui, aux spécificités de la population incluse dans l’essai, notamment le fait que tous les participants soient des hommes alors que dans ce type d’étude les deux tiers des volontaires sont généralement des femmes.

« La population est quand même particulière, avec des facteurs de co-morbidité beaucoup plus graves que les patients que nous voyons en clinique. Le trauma influence les résultats, c’est clair. C’est un modérateur très explicatif et qui répond bien à la règle « plus vous êtes grave, plus c’est compliqué de vous soigner », commente Stéphane Mouchabac.

Quel message à retenir ?

« La conclusion est double. Devant des patients lourds avec un ESPT, il ne semble pas que la TMSr soit le meilleur traitement, ou bien la cible neurologique n’est pas la bonne », indique le Dr Mouchabac. Allant dans le même sens, le Dr Nemeroff estime que la TMSr n’est pas le traitement adéquat chez les vétérans.

Ceci dit, pour Stéphane Mouchabac, cette étude négative, dans la mesure où la TMSr ne fait pas mieux que la stimulation simulée, « n’est pas mauvaise ». Elle permet de s’interroger sur la cible neurologique.

« Quand cela ne marche pas, c’est probablement qu’on n’a pas la bonne cible. Pour les stratégies futures, il faudrait cibler d’autres réseaux neuronaux. Avec le cortex dorsomédian ou orbitofrontal, on aurait peut-être de meilleurs résultats ».

 

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