Sortie du « tout ECN » : qu’est-ce que ça change ?

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

23 juillet 2018

France -- La fin du bachotage dès la troisième année, la fin de la souffrance des étudiants qui ne peuvent pas choisir leur orientation, la fin du jugement de 6 années d’études en trois jours d’examens théoriques… L’abolition des ECN proposée en 2017 par le Pr Jean-Luc Dubois Randé , président de la Conférence des Doyens, et par Quentin Hennion-Imbualt, vice-président du syndicat Amef (Association nationale des étudiants en médecine de France) a été validée par les Ministres de la Santé et de la Recherche.

Pourquoi une réforme ?

En 2017, après les différents problèmes rencontrés à l’occasion des ECNi 2016 et 2017 (épreuves annulées, dysfonctionnements informatiques…) une enquête et une mission d’expertise avaient été diligentés par les Ministères de la santé et de l’enseignement supérieur (voir aussi Pourquoi le professeur Jean-Luc Dubois Randé veut supprimer les ECN).

A ces « couacs » dans l’organisation des épreuves, s’ajoutait un problème de fond : les ECN n’étaient pas un véritable examen, puisque par principe, tout candidat était classé, quel que soit son niveau (même s’il rendait une feuille blanche, ou, après 2016, s’il répondait au hasard aux questions informatisées).

Les ECN ne s’avèrent donc être qu’une simple méthode de classement et, en fonction du niveau, les choix offerts étaient plus ou moins importants. C’est à cause de cette particularité – et de la reconnaissance européenne des diplômes – que certains candidats français ayant fait leurs études à l’étranger ou candidats européens ont été régulièrement dénoncés, notamment dans la presse, en raison de leur niveau médical qualifié d’insuffisant. D’ailleurs, en 2017, 0 % des candidats européens étaient placés dans les 500 premiers des ECNi, et 94,5 % étaient dans le derniers quart du classement. 

Quelle réforme ?

« Sortir du tout ECN » avait été le crédo des deux médecins missionnés à la suite du fiasco des ECNi de 2017. La mission a formulé 13 propositions. Il s’agit avant tout de recentrer le 2ème cycle sur les connaissances socles, communes à tous les exercices. Ce qui impose une « fonte drastique des référentiels » et un renforcement de l’approche par compétences.

Parmi les autres propositions phares : généraliser les stages à temps complet pour intégrer « plus activement » les étudiants dans le soin, et diversifier l’offre de stages : cabinets de ville, centres hospitaliers non universitaires, mais aussi structures médico-sociales, MSP, PMI, médecine du travail, médecine scolaire, voire industrie des produits de santé… et médias médicaux.

Dans les textes, une personnalisation du parcours professionnalisant, en lien avec les besoins du territoire, est proposée. Des cellules « initiative territoire » informeront les étudiants des possibilités d’installation dans la région. L’engagement vers des parcours spécifiques (recherche, management, économie…) sera favorisé.

 
Généraliser les stages à temps complet pour intégrer « plus activement » les étudiants dans le soin.
 

Quelle sélection ?

L'objectif de la réforme consiste à « mieux former les étudiants et évaluer leurs compétences cliniques », en « consacrant la 6e année à des stages professionnalisant, permettant à l’étudiant de confirmer son projet d’orientation », en renforçant l'encadrement et l'évaluation en stage, et en évaluant en fin de 6e année « les compétences cliniques et relationnelles de tous les étudiants par une épreuve utilisant notamment la simulation ».

 
L'objectif de la réforme consiste à « mieux former les étudiants et évaluer leurs compétences cliniques ».
 

C’est le parcours de l’étudiant qui donnera lieu à critère de sélection pour la spécialisation. Exit le critère unique de sélection, place à un « trépied » : connaissances théoriques, compétences cliniques et relationnelles, et projet professionnel de l’étudiant, reflété par son parcours.

Afin de permettre une diversification des jeunes médecins, le parcours de l’étudiant serait valorisé en le traduisant par « un score de parcours », calculé sur la base de ses expériences disciplinaires et professionnelles (tutorat, réalisation d’un double cursus, mobilité internationale…).

Concrètement, les étudiants formuleront des vœux pour postuler sur les différents postes d’internes ouverts.  Un classement sera édité pour chaque poste (selon des pondérations qui lui sont propres) et un algorithme permettra la répartition des étudiants sur les postes en fonction de l’adéquation entre les profils et les postes.

L’évaluation des connaissances se fera sur la base d’un contrôle continu et d’épreuves terminales : examen national en fin de 5ème année en utilisant les nouvelles techniques éducatives.

 
C’est le parcours de l’étudiant qui donnera lieu à critère de sélection pour la spécialisation
 

Les questions qui se posent encore

Si la procédure des ECN avait été mise en place c’était pour éviter toute forme de favoritisme ou de passe-droit dans le choix de la spécialité. Avec la nouvelle procédure, ne verra-t-on pas resurgir du passé des modes de sélection peu objectifs ?

Par ailleurs, il n’est fait mention nulle part de la place des étudiants français ayant réalisé leur cursus dans un autre pays d’Europe ni des étudiants européens souhaitant poursuivre leur parcours en France.

 

 

 

 

 

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