POINT DE VUE

VIH : un nouveau candidat vaccin

Pr Gilles Pialoux

Auteurs et déclarations

13 juillet 2018

Le blog du Pr Pialoux - infectiologue

TRANSCRIPTION

Gilles Pialoux — Bonjour. Je suis ravi de vous retrouver sur le blogue de Medscape. Je suis professeur de maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Tenon et aussi à l’université Paris-Sorbonne. Je suis très content de retrouver un sujet qui est peu abordé et qu’on croyait, d’ailleurs, même oublié de la recherche, qui est la quête d’un vaccin contre le VIH[1,2].

Il a eu un effet d’annonce auprès du grand public et un certain nombre de publications, qui précèdent, d’ailleurs, des résultats plus copieux encore qui seront présentés à la Conférence internationale sur le SIDA d’Amsterdam, fin juillet.

Pour l’instant, nous disposons d’un document du Lancet[1,2] daté du début juillet tout à fait étonnant, avec un modèle vaccinal qui est basé sur le principe du prime-boost, qui consiste à avoir un recombinant canarypox  (avipoxvirus) qui exprime un certain nombre de gènes du virus VIH de sous-type C et associé à une glycoprotéine de membrane, la gp120. C’est un modèle vaccinal qui avait déjà été testé dans le seul essai de phase 3 dans le monde qui a donné des résultats, certes, décevants — un niveau de protection de 31 % — c’était l’essai RV144[3]. Là, on est dans un autre essai, mené en Afrique du Sud chez des volontaires sains, bien sûr. Il s’agit d’un essai de phase 1 où 393 volontaires sains au total ont été inclus. Les 250 premiers participants ont livré les résultats de tolérance et de réponse immunitaire dans l’attente, évidemment, d’un essai de phase 3.

Pourquoi c’est intéressant ?

C’est très intéressant parce que, parallèlement à cet essai chez des volontaires sains, a été menée une étude chez 73 macaques, avec une protection à deux tiers des macaques dans le même modèle vaccinal — donc prime-boost —dérivé de l’essai mené en Thaïlande en 2009 et qui avait donné ce niveau de protection assez décevant.

L’avancée vient du fait que finalement le modèle vaccinal a été amélioré. Les chercheurs ont comparé la réponse immunitaire induite par ce nouveau candidat vaccin, cette nouvelle association prime-boost de candidat vaccin contre le VIH aux résultats observés en Thaïlande en 2009.

Qu’est-ce qu’il en ressort ? Il en ressort que 100 % des 257 participants de l’essai de phase 1 ont une réponse immunitaire dirigée contre les antigènes contenus dans le vaccin — c’est une première information.

Deuxième information, les titres d’anticorps IgG observés sont beaucoup plus élevés — entre 3,6 et huit fois plus élevés — que dans l’essai thaïlandais.

Et troisième information, la réponse cellulaire est aussi plus satisfaisante avec ce modèle de prime-boost vaccinal, puisqu’on a une réponse T CD4 à hauteur de 56,4 %, qui est significativement plus élevée qu’avec l’essai thaïlandais.

Effet d’annonce ?

Alors, on est habitué aux effets d’annonce, on est habitué aux fausses promesses, on est habitué aux start-up — mais là, on est vraiment dans des essais. Cet essai, qui s’appelle l’HVTN 100 , est actuellement dédoublé par un essai de phase 3, d’efficacité. Il est évidemment beaucoup trop tôt pour en savoir plus.

On avait un peu oublié que la recherche vaccinale contre le VIH existait, d’abord parce qu’il y a des outils de prévention qui sont tout à fait efficaces – le traitement comme outil de prévention, la PrEP, dont on a parlé ici même, dans ce blog – mais là, on est dans un schéma qui peut être intéressant si la durée de la réponse immune est longue, d’une part, et, d’autre part, si cette réponse immune qui est dirigée contre les constituants antigéniques du modèle vaccinal suffit à protéger en phase 3 les individus contre la contamination sexuelle par le VIH. On n’en est pas encore là, mais c’est une bonne étape de passée.

Et puis, à titre personnel, je suis ravi que cette recherche progresse, puisque la première fois qu’un canarypox – c’est le modèle de vecteur recombinant qui est utilisé, le vCP – la première fois qu’un canarypox a été injecté en France à un volontaire sain, c’était de mes mains dans les années 90 à l’hôpital de l’Institut Pasteur. Voilà — on a le droit, de temps en temps, d’avoir une petite remarque historique et plus personnelle et je pense qu’on va entendre beaucoup parler de ces essais dans les mois qui viennent.

Merci à vous.

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