Les mantras amélioreraient les symptômes de stress post-traumatique et l'insomnie

Marine Cygler, Batya Swift Yasgur

Auteurs et déclarations

11 juillet 2018

San Diego, Etats-Unis –Réciter des mantras, des formules sacrées que l'on répète, réduit efficacement l'état de stress post-traumatique (ESPT) et les insomnies chez les soldats, d’après un essai contrôlé randomisé publié dans l'American Journal of Psychiatry[1].

Dans leur étude, les investigateurs ont comparé la répétition de mantras à l'approche centrée sur la personne (voir encadré) chez des vétérans souffrant d'un ESPT. Chacune des thérapies a été proposée chaque semaine pendant huit semaines.

Bien que dans les deux groupes les symptômes et l'insomnie ont été améliorés, ceux qui ont répété des mantras ont bénéficié d'une amélioration plus importante à la fois pour l'ESPT et les insomnies. Les bénéfices sont toujours notables à deux mois de suivi.

« Un programme fondé sur des mantras pourrait certainement s'ajouter aux autres thérapies de l'ESPT » a expliqué le Dr Jill E. Bormann (Veteran Affairs San Diego Health Care System, University of San Diego) à nos collègues de Medscape Medical News, en vantant sa simplicité et de son côté pratique.

« Pour ceux qui n'aiment pas les autres traitements, comme la pleine conscience ou la thérapie comportementale et cognitive, les mantras sont un bon substitut » indique-t-elle.

Ici, la répétition de mantras a été comparée à l'approche centrée sur la personne (ACP), une méthode de psychologie humaniste-existentielle qui se veut centrée sur la personne et non sur une maladie ou un symptôme particulier. Avec l’ACP, grâce à une relation de confiance et d’empathie, le thérapeute aide le patient à trouver, en lui-même, la force d’évoluer.

Comment est née l'idée des mantras contre l'ESPT

Dans l'article, les auteurs écrivent que l'ESPT affecte jusqu'à 20 % des troupes américaines au retour d'Irak et d'Afghanistan et 30 % des vétérans de la guerre du Vietnam, selon les estimations.

Auparavant, plusieurs essais randomisés ont montré que certaines thérapies non médicamenteuses (cognitives, EMDR…) pouvaient apporter des améliorations cliniquement significatives pour l'ESPT chez les soldats. Toutefois, les deux tiers des vétérans conserveraient encore des symptômes après ces traitements [2,3,4,5,6].  En outre, ces essais manquent souvent d'un nombre suffisant de participants ou de contrôle actif.

De ce nouvel essai, l’équipe de Bormann et coll. a montré que [le programme de répétition de mantras] « atténuait les symptômes de l'ESPT ainsi que d'autres types de détresse psychologique, et qu'il améliorait la qualité de vie dans différentes populations »

En substance, le programme « apprend aux gens à ralentir intentionnellement leurs pensées et à focaliser leur attention sur un point en répétant silencieusement un mantra personnalisé qu'ils ont choisi, un mot ou une expression avec une connotation spirituelle ».

Pour la petite histoire, le Dr Bormann a commencé à enseigner la méditation développée par le maître spirituel Eknath Easwaran à des personnes vivant avec le VIH/SIDA.

«Alors que la plupart des étudiants étaient incapables de conserver une pratique quotidienne de la méditation, ils continuaient à utiliser les mantras pour lutter contre les insomnies et pour soulager leur peur quotidienne et leur anxiété. Et ils aimaient ça », poursuit-elle.

Dans un deuxième temps, le Dr Bormann a commencé à étudier l'impact de ces enseignements sur la santé des vétérans séropositifs ou atteints d'autres maladies chroniques. Et, c’est lorsque l'un d'entre eux a fait part d'une amélioration de ces cauchemars post-traumatiques que le Dr Bormann a commencé à étudier les effets des mantras, du ralentissement et de l'attention placée sur un point chez des vétérans souffrant d'un ESPT. 

 
Un message à retenir est qu'il faut rester ouvert d'esprit et ne pas juger une technique avant de l'avoir essayé soi-même. Dr Jill E. Bormann
 

Le premier essai contrôlé randomisé sur le sujet

Des vétérans (n=173 ; âge  ≥ à 18 ans) ont été randomisés pour rejoindre le groupe « mantras » (n=89) ou le groupe «  approche centrée sur la personne » (n=84). Pour chacun des groupes, une session hebdomadaire d'une heure en individuel a été organisée pendant huit semaines.

L'étude a utilisé une répartition ouverte, autrement dit les participants étaient informés de leur groupe lors de la randomisation. En revanche, les évaluations ont été réalisées à l'aveugle avant le traitement, après le traitement (9ème semaine) et à deux mois de suivi (17ème semaine).

Tous les participants avaient eu une ou plusieurs expériences traumatisantes liées à leur service dans l'armée. Tous remplissaient les critères du DSM-IV-TR pour l'ESPT, et des scores élevés de sévérité pour une échelle clinique de l'ESPT, la CAPS (Clinician-Administered PTSD scale), et la «PTSD Checklist-Military».

Les participants, avaient le droit de conserver le traitement médicamenteux qu’ils prenaient avant l’étude mais les investigateurs leur ont demandé de ne pas suivre une  psychothérapie ou une thérapie complémentaire.

Ont été exclus de l'étude ceux qui présentaient des idées suicidaires, des troubles du spectre schizophrénique, une maladie bipolaire non traitée, une déficience cognitive ou encore une addiction à des substances.

Le critère d'évaluation principal était la réduction supérieure ou égale à 10 points sur la CAPS, ce qui est considéré comme « une amélioration clinique significative ».

Les critères d'évaluation secondaires étaient la réduction des insomnies, de la dépression et de la colère.

Des critères supplémentaires incluaient le bien-être spirituel, la conscience et la qualité de vie.

Vaste champ d'application

Au départ, les deux groupes ne présentaient pas de différence concernant les caractéristiques démographiques, les traitements ou encore les attentes vis-à-vis du traitement.

L'assiduité a été similaire dans les deux groupes : le groupe « mantra » a participé à 7,80 séances, l'autre groupe à 7,75 séances.

Principaux résultats

  • Le groupe « mantra » a de meilleurs scores sur la CAPS que l'autre groupe, à la fois en post-traitement (différence entre les groupes -9,98 ; IC 95%  [-3,63 ;-16,00] ; P=0,04 ; d=0,49) et à deux mois de suivi (différence entre les groupes -9,34 ; IC 95%  [-1,50 ;-17,18] ; P=0,04 ; d=0,46). 

  • Les patients du groupe « mantra » rapportent une sévérité moindre de leurs symptômes d'ESPT après le traitement que dans l'autre groupe, mais il n'y a plus de différence après deux mois de suivi.

  • Un nombre plus important de participants du groupe « mantra » ont une amélioration clinique significative de leur ESPT au bout de deux mois de suivi (baisse ≥10 points CAPS : 40% vs 59%; χ2 = 4.55; P < 0.04).

  • Les pourcentages de ceux dans le groupe « mantra » et dans le groupe «  approche centrée sur la personne » qui ont eu des changements de leur score sur la CAPS ne diffèrent pas significativement (75% vs 61%, respectivement).

  • La diminution des insomnies est significativement meilleure pour les participants du groupe « mantra » lors de l'évaluation post-traitement (P corrigée avec le False discovery rate <0,05 ; d de Cohen=0,59) et à deux mois de suivi (P corrigée avec le False discovery rate <0,001 ; d de Cohen =0,69).

  • Aucune autre différence significative n’a été observée pour d’autres critères entre les deux groupes.

« Je n'ai pas été surprise par ce que l’on a découvert, en revanche, j'ai été surprise qu'on ne trouve pas d'amélioration entre les deux groupes pour d'autres critères secondaires, comme la colère ou le bien-être spirituel » commente le Dr Bormann.

Le bras qui sert de comparaison, l'approche centrée sur la personne, « est un contrôle très puissant considéré aujourd'hui comme une pratique prouvée, ce qui pourrait expliquer ces résultats  » ajoute-t-elle.

Elle indique que les résultats peuvent être transposés à d'autres populations victimes de traumatisme, comme les gens qui affrontent des situations stressantes (aidant familial, femme sans-domicile fixe et professionnel de santé).

Une étude convaincante

Invité à commenter l'étude pour Medscape Medical News, le  Pr Philip Muskin (Columbia University Medical Center, New York City), secrétaire de l'American Psychiatric Association, l'a qualifiée d' « étude très convaincante ».

L'étude apporte «un nouvel élément dans ce qu'on peut proposer à un patient avec un traumatisme. La méditation avec des mantras aide clairement les gens, mais est-ce vraiment mieux que l’ACP ? »

« C'est en quelque sorte mieux. Mais comme la thérapie par résolution de problème demande plus de temps que ce qu'ils ont fait, c'est assez injuste de les comparer », ajoute le Dr Muskin, co-auteur et co-éditeur de « Complementary and Integrative Treatment in Psychiatry » (American Psychiatric Publishing, 2017, non traduit).

Il décrit la répétition de mantras comme étant « essentiellement une thérapie méditative aux effets bénéfiques énormes sur les pensées et sur le cerveau. Parce que si vous calmez vos pensées, vous calmez votre cerveau ».

Le Dr Bormann ajoute : « Un message à retenir est qu'il faut rester ouvert d'esprit et ne pas juger une technique avant de l'avoir essayé soi-même ».

Les auteurs indiquent que « des évaluations supplémentaires dans le cadre d'essais ou en conditions de vie réelle sont clairement souhaitables, en particulier parce que la thérapie par les mantras pourrait plaire aux vétérans qui n'ont pas forcément envie de recevoir un traitement focalisé sur le traumatisme, mais aussi parce qu'elle apporte des éléments de spiritualité et qu'elle améliore les troubles du sommeil ».

L'étude a été financée par le Clinical Services Research and Development, Office of Research and Development, Department of Veterans Affairs. Elle a été réalisée grâce aux Center of Excellence for Stress and Mental Health, VA San Diego Healthcare System, et Edith Nourse Rogers Memorial Veterans Hospital and Center for Healthcare Organization and Implementation Research, Bedford, Massachusetts. Les auteurs de l'article ainsi que le Dr Muskin n'ont pas déclaré de conflit d'intérêt.

 

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