Chutes chez les plus de 65 ans: l’implication de l’alcool serait sous-estimée

Vincent Richeux

6 juillet 2018

Paris, France Selon une petite étude française monocentrique, dont les résultats ont été présentés lors du congrès Urgences 2018[1], un tiers des patients de 65 ans et plus admis aux urgences après une chute sont alcoolisés. Une faible consommation d’alcool semble suffire à favoriser les chutes, ce qui pose la question de son évaluation et de sa prévention dans la population âgée.

La consommation excessive d’alcool, plus généralement les pratiques addictives, sont peu abordées en gériatrie. D’ailleurs, il n’existe pas d’étude épidémiologique en France permettant d’avoir un aperçu de la consommation d’alcool chez les personnes âgées. On estime toutefois que 10% des plus de 65 ans ont une consommation régulière.

De faibles quantités d’alcool

Aux Etats-Unis, où le sujet est davantage étudié, la consommation abusive d’alcool serait un motif d’hospitalisation chez les patients âgés aussi fréquent que l’infarctus du myocarde. L’American Geriatric Society recommande de ne pas dépasser un verre d’alcool par jour pour les plus de 65 ans et d’alterner avec un jour d’abstinence.

« En France, il existe un effet générationnel avec une consommation plus régulière et modérée avec l’âge. Néanmoins, on observe dans cette tranche d’âge de plus en plus de binge drinking, se caractérisant par une consommation rapide et excessive d’alcool », a indiqué l’auteur de l’étude, le Dr Michael Ruby (Hôpital Bichat Claude-Bernard, AP-HP, Paris), lors de sa présentation.

D’un autre côté, les chutes représentent 42% des motifs de consultation à l’hôpital chez les personnes âgées. Dans quelle proportion ces chutes seraient liées à la consommation d’alcool, facteur de risque majeur potentiellement sous-évalué ? C’est ce qu’ont voulu vérifier le Dr Ruby et son équipe. Leurs résultats ont été présentés sous forme de poster.

Dans cette étude, prospective et cas-témoins, le dosage du taux d’alcool expiré a été mesuré chez les patients âgés de plus de 65 ans admis aux urgences de l’hôpital de Bichat pour un traumatisme après une chute survenue dans les quatre heures ou pour des soins liés à une dégradation de l’état général (groupe témoin). Au total 280 patients ont été inclus.

Intéractions entre médicaments et alcool?

Les résultats montrent que près d’un tiers des patients (32%) admis après une chute sont alcoolisés, contre 9% dans le groupe témoins. La moyenne d’âge des patients ayant chuté après avoir consommé de l’alcool est de 83 ans. Parmi eux, on observe une majorité de femmes (66%) et la plupart résident à domicile (74%).

Toutefois, dans l’ensemble, la consommation d’alcool reste faible. Dans 84% des cas, ces patients ont indiqué avoir consommé un à deux verres avant la chute. Une information en cohérence avec l’éthylomètre qui a révélé des quantités d’alcool de moins 0,1g/L chez trois-quarts des personnes concernées.

« Plus de 20% de ces patients venaient, soit de maison de retraite, soit d’un Ehpad, ce qui pose la question de l’encadrement de la consommation d’alcool dans ces centres », a commenté le Dr Ruby. Toutefois, beaucoup se sont limités à un seul verre, comme le préconise l’American Geriatric Society. « Faut-il au final empêcher toute consommation d’alcool? », s’interroge le praticien.

Le risque de chute pourrait donc se retrouver renforcé par de potentielles interactions entre alcool et médicament

Par ailleurs, plus de la moitié des patients ayant chuté après avoir consommé de l’alcool sont également sous médicament psychotrope et la grande majorité (80%) prennent un traitement antihypertenseur. « Le risque de chute pourrait donc se retrouver renforcé par de potentielles interactions entre alcool et médicament ».

Sensibiliser les médecins

Concernant la prise en charge, les patients qui avaient consommé de l’alcool ont présenté un risque de fracture trois fois plus élevé, comparativement à ceux ayant chuté sans être alcoolisé. Un examen par imagerie a été réalisé dans 53% des cas, contre 7% chez les non alcoolisés ayant chuté. Et, l’hospitalisation a été envisagée dans respectivement 29% et 8% des cas.

« Ces résultats amènent à se poser la question de la mention du mesusage de l’alcool dans le bilan étiologique des chutes chez les plus de 65 ans », estime le Ruby. « On pourrait ainsi sensibiliser le médecin généraliste à travers ce compte rendu, qui pourra ensuite informer son patient et ses proches et favoriser la prévention chez ces patients âgés ».

L’alcoolisme et sa responsabilité dans les chutes des patients de plus de 65 ans semble sous-estimée et sous-traitée.

« L’alcoolisme et sa responsabilité dans les chutes des patients de plus de 65 ans semble sous-estimée et sous-traitée. Une amélioration des outils de dépistage en médecine de ville et aux urgences, ainsi qu’un meilleur suivi après le passage aux urgences seraient souhaitable pour contribuer à diminuer la morbi-mortalité liée à la consommation d’alcool, » a conclu le praticien.

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