Prolia (dénosumab) et risque potentiel de fractures vertébrales multiples à l’arrêt du traitement : l’ANSM enquête

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

29 juin 2018

Saint-Denis, France – Des rares cas de fractures vertébrales multiples – 11 en tout depuis sa commercialisation – ont été rapportés en France à l’arrêt du traitement par Prolia®. A ce stade, le lien de causalité avec le traitement anti-ostéoporotique n’est pas établi et le rapport bénéfice/risque de ce traitement n’est pas remis en cause. Toutefois, sur ses gardes, l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) a lancé une enquête de pharmacovigilance spécifique concernant ce produit [1].

En attendant les résultats – qui seront connus à l’automne –, la Société française de rhumatologie (SFR) et le Groupe de recherche et d’information sur les ostéoporoses (GRIO) ont émis des recommandations afin de prévenir et réduire ce risque potentiel de fractures vertébrales multiples à l’arrêt de traitement par Prolia®.

Prolia® (dénosumab, Amgen) est un anticorps monoclonal indiqué dans le traitement de l’ostéoporose, notamment chez la femme ménopausée, et de la perte osseuse chez les patients à risque élevé de fracture. Administré par voie sous-cutanée tous les 6 mois, le traitement par dénosumab agit en bloquant les processus naturels de résorption osseuse. Il est recommandé depuis décembre 2011 par la Haute Autorité de Santé en 2nde  intention dans l’ostéoporose post-ménopausique.

Enquête spécifique sur l’ensemble des cas rapportés, en France et à l’étranger

Des patients ayant développé à l’arrêt du traitement des fractures vertébrales multiples – 11 en France mais d’autres aussi en Suisse – ont été repertoriés. « Une diminution de la densité minérale osseuse liée à un effet rebond de la résorption osseuse après l’arrêt du traitement, pourrait être un facteur explicatif de ces fractures » selon l’ANSM.

Ce médicament fait déjà l’objet d’un suivi national de  pharmacovigilance initié par l’ANSM depuis sa mise sur le marché en 2011. Mais l’existence ou non d’un lien de causalité entre l’arrêt du traitement par Prolia et la survenue de ces fractures vertébrales multiples n'a pas été établie. C'est pourquoi l’ANSM va lancer une enquête spécifique, en plus du suivi national, qui portera sur l’ensemble des cas rapportés, en France et à l’étranger.

Prise de relais par bisphosphonate en fin de traitement

La Société Française de Rhumatologie (SFR) et le Groupe de recherche et d’information sur les ostéoporoses (GRIO) ont déjà tenu compte de ce risque potentiel dans l’actualisation 2018 des recommandations françaises du traitement de l’ostéoporose post-ménopausique et proposé une solution : la prise de bisphosphonate en relais. « A l’arrêt du dénosumab, compte tenu de la perte osseuse et du risque augmenté de fractures vertébrales multiples, certaines données montrent que les bisphosphonates sont efficaces pour prévenir la perte osseuse. Un traitement par bisphosphonate oral ou injectable pour une période de 6 à 12 mois doit dès lors être pris en relais en fin de ce traitement » peut-on lire en page 22 du document en ligne.

Par ailleurs, ces recommandations rappellent, en page 18, que « les patientes traitées pour ostéoporose doivent être informées du risque très faible d’ostéonécrose de la mâchoire et de fracture atypique fémorale sous traitement par bisphosphonates et denosumab ».

Le rapport bénéfice/risque reste positif

En ce qui concerne le risque de fractures vertébrales multiples lié à l’arrêt du traitement de Prolia, l’ANSM précise que, même s’il est en cours d’évaluation en France, « le rapport bénéfice/risque apporté par ce médicament reste positif. Les patients ne doivent pas interrompre d’eux-mêmes le traitement et consulter leur médecin, si nécessaire ».

A savoir : Le dénosumab étant également la substance active du médicament Xgeva® qui est utilisé notamment pour prévenir des complications osseuses graves dues à des métastases chez l’adulte atteint de cancer avancé ou le traitement des tumeurs osseuses à cellules géantes chez l’adulte et l’adolescent, l’enquête spécifique de pharmacovigilance initiée pour Prolia® est aussi étendue à Xgeva®.

 

Les patients et les professionnels de santé peuvent déclarer tout effet indésirable suspecté d’être lié à un médicament, directement sur le portail de déclaration du ministère en charge de la santé :  signalement-sante.gouv.fr

 

 

 

 

 

 

 

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