POINT DE VUE

Lyme : des nouvelles recommandations mais pas la fin des polémiques

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

25 juin 2018

Paris, France—Les nouvelles recommandations de bonne pratique sur la borréliose de Lyme et autres maladies vectorielles à tiques[1] étaient très attendues. On peut cependant regretter que le texte publié mi-juin par la Haute Autorité de Santé (HAS) soit au centre d’une nouvelle polémique. S’il est considéré comme une avancée pour certains, il a provoqué une levée de boucliers chez les autres.

Les tiques s'invitent au cabinet du médecin. Dessin Eloïse Chochois

Un texte nécessaire

Pourquoi fallait-il des recommandations officielles ? Pour plusieurs raisons dont la première est d’ordre épidémiologique.

Le BEH vient de publier les dernières données d’incidence sur la borréliose de Lyme en France et le constat est préoccupant[2]. Santé Publique France rapporte une augmentation de 65 % de cas de Lyme identifiés par les médecins généralistes en 2016 par rapport aux années précédentes.

Avec officiellement 54 000 nouveaux cas de borréliose aiguë par an en France, la maladie de Lyme est devenue un problème majeur de santé publique, selon le Dr Philippe Raymond (médecin généraliste, Valence) et le Pr Christian Perronne (chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital Raymond-Poincaré à Garches) qui soulignent d’ailleurs que le problème se pose à l’échelle mondiale.

Le tournant de 2016

D’autres points de crispation nécessitaient aussi un éclaircissement, sur le plan diagnostic et thérapeutique. Depuis plusieurs années, certains médecins critiquent la fiabilité des tests et demandent la possibilité de prolonger l’antibiothérapie au-delà des 28 jours préconisés dans les recommandations de la Société Française de Pathologie Infectieuse de Langue Française (SPILF) de 2006, lorsqu’ils le jugent nécessaire. Ce fut le cas en 2016, 100 médecins, principalement généralistes, ont adressé un courrier, très médiatisé, à la ministre de la santé Marisol Touraine dans lequel ils appelaient le gouvernement à « prendre la mesure d’une situation critique », à accorder des financements publics pour améliorer les tests de diagnostic et réclamaient « l’arrêt des poursuites contre les médecins qui prolongeaient l’antibiothérapie au-delà de 28 jours pour soigner leurs patients. Les signataires appelaient à un nouveau consensus thérapeutique adapté.

C’est donc dans ce contexte polémique qu’arrive le nouveau texte de la HAS élaboré avec les sociétés savantes concernées, et en premier lieu SPILF, et des associations de patients dans le cadre des actions prévues par le plan national de lutte contre la maladie de Lyme et les maladies transmissibles par les tiques mis en place en 2016 (PNDS).

La colère d’une grande partie des infectiologues

Seulement voilà, le nouveau texte a provoqué l’ire de nombreux infectiologues, y compris de la SPILF, qui a fait savoir par voie de presse qu’elle ne validait pas les nouvelles recommandations de la HAS[3]. La société savante s’insurge contre la place secondaire qui est accordée au tests sérologiques ELISA et Western blot, mais aussi contre la reconnaissance par la HAS d’une possible « maladie de Lyme chronique à test négatif » et enfin sur le fait que les recommandations officielles entre-ouvrent la porte à une antibiothérapie prolongée, même strictement encadrée.

Donc, entre la HAS pour qui ces recommandations répondent à l’objectif de « protéger les patients de trois risques : l’errance diagnostique, les charlatans et les antibiotiques à très long cours, totalement inutiles et extrêmement dangereux », la Fédération Française contre les maladies vectorielles à tiques (FFMVT) qui y voit « une avancée » et la SPILF, pour qui le texte de la HAS souffre « globalement d’un manque de clarté, ouvrant la porte à des dérives médicales pouvant être délétères pour les patients », on est encore loin du consensus .

Reste à savoir si, au-delà des querelles d’experts, les médecins en première ligne trouveront ces nouvelles recommandations utiles pour les aider à reconnaitre les différentes formes de borréliose de Lyme, les autres maladies transmises par les tiques, et pour prendre en charge, au mieux leurs patients.

Chacun pourra néanmoins trouver des réponses à ses questions sur les différentes formes de la maladie, ses modes de transmission, ses méthodes diagnostiques et les traitements dans notre dossier.

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