La réforme du système de santé reportée à septembre

Jean-Bernard Gervais

5 juillet 2018

 

REACTUALISATION – Paris, France – Dans un entretien au quotidien Libération, la ministre de la Santé a de nouveau reporté la présentation de la réforme du système de santé à septembre, alors qu'elle devait la détailler en juillet. Et de se justifier : «Ce n’est pas une réforme de l’hôpital, il s’agit d’une réforme beaucoup plus large et plus complexe. C’est, enfin, une réforme qui vise le long terme, par une transformation en profondeur de notre système. »

Transformation du système de santé : Macron repousse les « vraies » annonces à cet été

Montpellier, France, 22 juin 2018 – Le discours que le président de la République devait – en pleine crise des hôpitaux – prononcer en ouverture du congrès de la Mutualité Française, le 13 juin dernier à Montpellier sur les réformes à venir dans le secteur social et sanitaire, était très attendu [1]. Au final, si Emmanuel Macron s'est étendu sur la baisse des frais dans l'audiologie, l'optique et l'odontologie, le chef de l’Etat est, en revanche, resté très vague sur la transformation du système de santé.

Buzz

La semaine dernière, une vidéo, que sa conseillère en communication Sibeth Ndiaye a fait « fuiter » sur les réseaux sociaux, montrait le président de la République, devant son bureau, pestant contre les minima sociaux. On devait retenir de cette vidéo cette phrase, reprise en boucle, pour la vilipender ou la porter aux nues : « On met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les gens ne s’en sortent pas. » C’est donc précédé par un énorme buzz que le président de la République a prononcé son discours de politique sanitaire et sociale le 13 juin dernier. Mais, a contrario de cette provocation, le discours d’Emmanuel Macron à Montpellier fut apaisé, même s’il annonçait de ci de là quelques « disruptions », qui n’ont rien à voir avec une révolution en Marche.

« Un système qui est parfois devenu aveugle »

Le président de la République a voulu répondre à trois grands défis, en matière sanitaire et sociale : la santé, l’âge et l’exclusion. Tout d’abord un constat connu : « notre système de santé soigne bien, et nous devons en être fiers, il est efficace quand on le compare aux autres grands systèmes ». Mais, tout ne va pas si bien car « il prévient mal, beaucoup moins bien que les autres. » Deuxième tare du système de santé à la française : la renonciation aux soins, « pour des raisons géographiques, pour des raisons monétaires ou de complexité ou pour des raisons sociales liées à la stigmatisation ». Aussi, le système de santé français est également victime « d’un trop grand nombre d’actes inutiles, la surmédicalisation, parce que l’on arrive trop tard ou dans un système qui est parfois devenu aveugle ». Enfin, last but not least, les « pathologies ont changé ». Explications : la France a changé d’époque, passant des maladies aiguës aux maladies chroniques… Ces maladies chroniques vont de pair avec le vieillissement de la population, deuxième défi de l’époque. La question posée est donc celle de la dépendance, et de son financement (voir encadré en fin d'article).

Sur le reste à charge, le président n’est pas en reste

Sur la santé, Emmanuel Macron répond au manque de prévention, à la renonciation aux soins et aux actes inutiles… en rebondissant sur le reste à charge. Car, pour le moment, si les défis sont titanesques, les réponses du gouvernement restent modestes. Car le plan de transformation du système de santé promis pour juin par le président Macron est pour le moment repoussé à… cet été. En attendant, donc, le grand chamboulement, le président, fils de médecins hospitaliers, promeut des mesures déjà prises, à savoir le reste à charge zéro, dans le domaine de l’optique, de l’odontologie, et de l'audiologie. « Le reste à charge pour les prothèses dentaires est aujourd’hui en moyenne de 43% […] il est de 22% dans l’optique, et de 53% sur les audioprothèses […] donc oui, nous devons intervenir plus tôt, plus vite, plus massivement, c’est la meilleure façon de lutter contre l’inégalité, et c’est ce que nous avons réussi, avec le reste à charge zéro, ou le 100% santé ».

Le 100% santé n'est pas encore à 100% 

Le 100% santé, il est vrai, faisait partie des promesses de campagne du candidat Macron. Le même jour, Agnès Buzyn, ministre de la santé, avait présenté l'accord signé avec les syndicats de l'audiologie, de l'odontologie et de l'optique, entre le 1er mai et le 13 juin [2]. Ces accords permettront de disposer, d'ici 2021, d'une première gamme de produits, dans ces trois domaines, sans aucun reste à charge. « Les professionnels de santé des trois secteurs et les complémentaires de santé sont les principaux partenaires de cette nouvelle réforme », précise le dossier presse. Dès la prochaine loi de financement de la sécurité sociale sera prévue la mise en place d'un dispositif de suivi de cet accord. Le 100% de prise en charge ne sera cependant pas mis en place, à 100%, dès demain. En 2019, sur les prothèses auditives, il y aura en moyenne 200 euros de moins, en 2020, 250 euros de moins, pour aboutir en 2021 à un reste à charge 0. Pour l'optique, le dispositif sera mis en place en 2020, avec une première gamme de lunettes sans reste à charge. Dans le domaine dentaire, les tarifs des prothèses seront plafonnés dès 2019, et le panier 100% santé mis en place en janvier 2020 pour certains soins prothétiques comme les couronnes et les bridges, en janvier 2021 pour l'ensemble des autres prothèses.

Flou sur l'organisation des soins

Ce sont les seuls actes concrets, en matière sanitaire, qu'Emmanuel Macron aura annoncé lors de son discours de Montpellier. Sur l'organisation des soins, il est resté vague : « Les acteurs doivent s'organiser en réseaux, décloisonner la médecine de ville et l'hôpital », et garantir l'accès à cinq services au minimum : « permanence des soins et accès aux soins non programmés, continuité des soins, gradation des soins, dépistage et vaccination ». Les vraies annonces ne seront faites que plus tard : « sur ce sujet, nous aurons à l'été, à prendre position là aussi sur une transformation en profondeur [...] qui impliquera aussi de revoir l'ensemble des structures auxquelles nous sommes habitués depuis dix ans, de la tarification à l'acte, à la tarification à l'activité ». Dans le domaine de la dépendance, là encore, Macron n'a pas présenté de solution toute faite. Tout juste a-t-il précisé le périmètre financier : « Nous en connaissons les évaluations, 9 à 10 milliards d'euros », pour ce qui concerne la prise en charge de la dépendance, et la médicalisation renforcée des Ehpad. À cette fin, une loi sera votée courant 2019, la même année que la réforme des retraites, qui devrait mettre fin aux régimes spéciaux.

Quant à la précarité et la grande pauvreté, Macron persiste et signe. Plutôt que de faire amende honorable quant à ses propos sur le « pognon dingue dans les minimes sociaux », il approfondit : « Nous avons pensé qu'en donnant des prestations sociales, en ayant des gens qu'on appelait des bénéficiaires, on répondait à tout, ce n'est pas vrai ».

 

La dépendance : un sujet prioritaire pour les Français

Dans le cadre de son congrès, la Mutualité a présenté une étude sur la perception de la prise en charge de la perte d'autonomie auprès d'un panel de Français de plus de 45 ans. Pour une grande majorité d'entre eux, la dépendance est un sujet qui devrait être prioritaire pour les pouvoirs publics (90%), mais ces derniers ne le prennent pas suffisamment en compte (85%). Mal informés sur les questions de sa prise en charge, les Français souhaitent que la Sécurité sociale prenne une large part dans son financement. Mais de manière réaliste, ils comptent avant tout sur leur épargne personnelle, avant la solidarité nationale.

 

 

 

 

 

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