Cancer du sein avancé : sortie de course pour le taselisib

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

18 juin 2018

COLLABORATION EDITORIALE

Medscape &

Chicago, Etats-Unis Les résultats de l’essai de phase III SANDPIPER évaluant l’intérêt de la nouvelle thérapie ciblée taselisib en sus de l’hormonothérapie par fulvestrant (Foslodex®, AstraZeneca) chez des femmes ménopausées atteintes de cancer du sein avancé ont été présentés au congrès de l’ASCO 2018[1,2].

Si les résultats peuvent être considérés comme positifs sur le critère d’efficacité, avec 2 mois de survie sans progression de plus, en moyenne, avec l’ajout du taselisib, le rapport bénéfice-risque, en revanche, n’est clairement pas bon.

Les laboratoires Roche ont donc pris la décision de « ne pas poursuivre la demande d’AMM auprès de la FDA pour le taselisib sur la base des données présentées à l’ASCO. »

Espoir déçu

Près de 40 % des patientes avec un cancer du sein avancé exprimant le récepteur aux œstrogènes (ER+) ont des mutations de la phosphatidyl-inositol 3-kinase (PIK3CA), mutations qui jouent un rôle majeur dans les mécanismes de résistance à l’hormonothérapie. Pour ces patientes PIK3CA mutées, la thérapie ciblée par taselisib, l’un des premiers inhibiteurs de la PI3 kinase, était donc porteuse d’espoir.

Pr Jose Baselga

Malheureusement, « le bénéfice pour les patientes a été plus modeste qu’escompté et il y a un risque d’effets indésirables considérables avec l’ajout du taselisib », a commenté l’auteur principal de l’étude le Pr Jose Baselga (Memorial Sloan Kettering Cancer Center, New York) lors de la présentation des résultats.

Un rapport bénéfice-risque défavorable

L’essai SANDPIPER a inclus 516 femmes ménopausées atteintes d’un cancer du sein localement avancé ou métastatique ER+, HER2-, PIK3CA mutées, en échec thérapeutique après un traitement initial par anti-aromatase. Les femmes ont été randomisées pour recevoir soit du fulvestrant et un placebo (n=176), soit du fulvestrant et du tasalisib (n=340).

 
Le bénéfice pour les patientes a été plus modeste qu’escompté et il y a un risque d’effets indésirables considérables avec l’ajout du taselisib Pr Jose Baselga
 

En termes d’efficacité, les résultats montrent que cibler la mutation PIK3CA est suivi d’effets. Les femmes qui ont reçu du taselisib et du fulvestrant avaient une réduction du risque d’aggravation de leur cancer de 30 % par rapport à celles qui recevaient du fulvestrant et un placebo. Aussi, la survie sans progression était augmentée de deux mois, en moyenne, avec l’association de traitement (7,4 mois vs 5,4 mois ; RR= 0,70 ; p = 0,0037). Enfin, le taux de réponse au traitement (réduction de la tumeur) était doublé dans le bras taselisib (28 % vs 11,9 %, p=0,0002). Les données de survie globale ne sont pas encore disponibles.

En termes de toxicité, malheureusement, la mauvaise tolérance a conduit 17 % des femmes recevant le taselisib a arrêté le traitement versus 2% dans le bras placebo. Les effets secondaires de grade ≥3, les plus fréquemment rapportés chez les femmes recevant du taselisib étaient la diarrhée (12 %), l’hyperglycémie (10 %), la colite (3 %) et la stomatite (2 %). 

La toxicité observée ici avec le taselisib rappelle celle déjà rapportée avec d’autres inhibiteurs de la PI3 kinase comme l’idelalisib (Zydelig®) et le duvelisib en hémato-oncologie.

« Ces résultats sont positifs mais limités. De plus, le taselibib cible la même voie que l’évérolimus, drogue déjà usitée dans notre pratique clinique. Il ne serait pas étonnant que l’utilisation du taselinib entraine une résistance à l’évérolimus et que les deux mois de gagné ici, soient deux mois de perdus lors d’un traitement ultérieur par évérolimus », a commenté, pour sa part, le Dr Manuel Rodrigues, Vice-Président de la Société Française du Cancer, institut Curie dans le cadre du partenariat Medscape/SFC.

Hormonothérapie et thérapie ciblée : résultats positifs pour le ribociclib

Des résultats présentés à la même session sur les cancers du sein métastatiques à l’ASCO 2018, ceux de l’étude MONALEESA-3, ont montré, en revanche, les bénéfices très nets d’une autre thérapie ciblée, l’inhibiteur de CDK4/6, ribociclib, lorsqu’il est associé au fulvestrant[3].

Dans une population de 726 patientes atteintes d’un cancer du sein métastatique HR+, HER2– en première ou seconde ligne d’hormonothérapie, après un suivi moyen de 20,4 mois, la survie sans progression était supérieure quand s’y ajoutait le ribociclib versus placebo (20, 5 mois vs 12,8 mois) avec un profil de sécurité « gérable ». Le principal effet secondaire étant la neutropénie.

« Ces résultats sont très intéressants », a commenté le Dr Rodrigues qui précise toutefois « qu’ils arrivent après les résultats de l’étude PALOMA et l’autorisation de mise sur le marché de la combinaison fulvestrant et du palbociclib (Ibrance®, Pfizer), un autre inhibiteur de CDK4/6 ».

 

L’essai SANDPIPER a reçu des financements de F. Hoffmann-La Roche Ltd.

 

 

 

 

 

 

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