Le président de l'ASCO partage son expérience personnelle du cancer

Marine Cygler, Zosia Chustecka

Auteurs et déclarations

14 juin 2018

Chicago, Etats-Unis – Lors du dernier congrès de l'American Society of Clinical Oncology (ASCO), son président a été longuement applaudi en séance présidentielle quand il a décrit sa propre expérience du cancer.

Pr Bruce Johnson

Le Pr Bruce Johnson (Dana Farber Cancer Center, Boston), actuel Président de l'ASCO, a fait cette révélation en clôturant son discours de synthèse sur les progrès réalisés dans la prise en charge des cancers du poumon, sa spécialité.

Au début des années 2000, la chimiothérapie était le seul traitement médicamenteux disponible pour les cancers du poumon, a-t-il rappelé. Puis il y a eu l'arrivée des oncogènes, tels que l'EGFR et ALK, et des thérapies ciblées, et cette dernière décennie, l'avènement de l'immunothérapie.

Environ la moitié des patients atteints d'un cancer du poumon peut aujourd'hui être traitée avec des thérapies ciblées ou des médicaments d'immunothérapie, aux effets indésirables moins importants que ceux de la chimiothérapie. Et il semblerait que l'immunothérapie soit efficace sur le long-terme. « Je pense vraiment que nous allons être capables de guérir les patients atteints d'un cancer du poumon » a-t-il dit.

Pour illustrer son propos, le Pr Johnson a montré une vidéo de témoignage de deux de ses patients, l'un traité avec une thérapie ciblée, l'autre avec de l'immunothérapie.

Puis son discours a pris une autre tournure puisqu'il a parlé de son expérience personnelle du cancer et expliqué comment elle lui a permis de mieux comprendre les questionnements et les inquiétudes de ses patients.

Revenant sur son histoire familiale, il a raconté que son père, diagnostiqué en 2006 d'un cancer de la prostate, a été traité avec une hormonothérapie et de la radiothérapie. Son père, aujourd'hui guéri, fête ses 86 ans cette année.

Le Pr Johnson s'est rendu compte que cette histoire familiale le faisait passer dans la catégorie des hommes à haut risque de cancer de la prostate. Il s'est retrouvé, en tant que patient cette fois, devant le dilemme du dosage du PSA. Fallait-il le faire ? Et quand ?

Il a rappelé que les recommandations avaient changé plusieurs fois ces dernières années. La dernière laisse le choix aux hommes concernés d'une décision qui doit être prise en concertation avec les médecins (Lire Dosage du PSA aux Etats-Unis : laissez le choix aux hommes après les avoir informés !).

Le dosage du PSA, les résultats et ce qui a suivi

Bruce Johnson a expliqué qu'après discussion avec son médecin traitant il a décidé de faire réaliser un dosage du PSA en novembre 2010, à l'âge de 57 ans. Le taux (2,7ng/ml) était au niveau du seuil supérieur de la normale.

En mars 2012, il avait augmenté à 9,68, et deux semaines après il était de 10,69. S'en sont suivies des semaines d'attente pour une biopsie de la prostate puis un mois pour les résultats.

La biopsie a révélé deux échantillons positifs sur les six prélèvements effectués. Bruce Johnson a été opéré le 28 juin 2012.

« Pris dans son ensemble, j'ai vécu une période d'incertitude de trois mois durant laquelle c'était un vrai défi de me concentrer sur mes responsabilités » a-t-il raconté, décrivant à la salle comment il avait continué à suivre des patients, écrire des articles académiques et remplir des dossiers de financement alors qu'il avait le cancer constamment en tête.

Cette incertitude n'est pas levée.

Son cancer de la prostate était au stade 2, et il a rappelé avec humour au parterre d'oncologues qui l’écoutaient, que c'est « soit le meilleur, soit le pire ».

« Donc, je continue à vivre dans l'incertitude ». Et ce, six ans après l'opération, mais jusqu'ici tout va bien.

 
Nous devons continuer à sélectionner les thérapies les plus appropriées pour nos patients, mais nous devons également nous interroger sur leurs besoins psychologiques Bruce Johnson
 

En six ans, des étapes majeures d'une vie se sont produites : ses deux enfants se sont mariés et il est devenu grand-père. Pendant son discours, sa fille était en train d'accoucher, le rendant une deuxième fois grand-père.

Pendant cette période, il a aussi été élu Président de l'ASCO, et a pris ses fonctions lors du congrès de l'année dernière. « C'est l'honneur le plus immense de ma vie d'être debout devant vous » a-t-il déclaré sous les applaudissements.

Alors qu'il récapitulait une nouvelle fois les progrès thérapeutiques réalisés ces dernières années, il a souligné que le diagnostic d'un cancer générait une grande anxiété. « Nous devons continuer à sélectionner les thérapies les plus appropriées pour nos patients, mais nous devons également nous interroger sur leurs besoins psychologiques ». Les traitements, mais pas que...

 

 

 

 

 

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