Les personnels en grève du CH de Rouvray obtiennent gain de cause 

Jean-Bernard Gervais

13 juin 2018

 

Sotteville-lès-Rouen, France – Actualisation : l’issue de négociations fructueuses avec l’Agence régionale de santé (ARS), l’intersyndicale des personnels du centre hospitalier du Rouvray a décidé de mettre fin au conflit en signant un protocole d’accord. L’ARS s’est engagée à créer et financer 30 postes – quand l’intersyndicale en demandait 52. Elle a, par ailleurs, acté l’arrêt des fermetures de structures extrahospitalières comme le centre médico-psychologique, l’ouverture d’une structure pour adolescents, et le lancement d’une réflexion sur l’ouverture d’une unité hospitalière spécialement aménagée (UHSA) pour les détenus hospitalisés. De nombreux précaires en CDD, employés par le CH du Rouvray, devraient, par ailleurs, accéder au statut de la fonction publique.

 

 

La grève de la faim, arme ultime des hospitaliers ?

Sotteville-lès-Rouen, France/11 juin 2018 -- L’affaire défraie la chronique : depuis le 21 mai dernier, sept salariés du centre hospitalier spécialisé (CHS) du Rouvray, à Sotteville-lès-Rouen en Seine-Maritime (76), sont en grève de la faim. Motif du conflit ? Le manque de moyens, notamment humains, de leur hôpital. Les grévistes demandent plus de personnels, à savoir 52 postes d’aides-soignants et infirmiers. Ils déplorent également la sur-occupation de l'établissement, qui a obligé la direction à installer 20 lits supplémentaires, et 14 lits de camps.

Faut-il en arriver aujourd’hui à de telles extrémités et porter atteinte à sa propre santé pour faire entendre l’impossibilité de prendre en charge celle des autres ?

3 grévistes hospitalisés

Au centre hospitalier du Rouvray, il aura donc fallu attendre l’hospitalisation de trois grévistes, des manifestations houleuses en préfecture et devant la mairie de Rouen, pour qu'un début de négociations s’amorce entre la directrice de l’agence régionale de santé (ARS) Christine Gardel, et les agents en grève. Mais l’on risque fort d’assister à un dialogue de sourds. Alors que les salariés impliqués dans le mouvement de grève, qui a débuté hors grève de la faim le 22 mars dernier, dénoncent une sur-occupation de l’hôpital, leur direction estime avoir fait le nécessaire depuis le 15 avril dernier, avec la mise en place d’une série d’action visant à réduire le goulet d’étranglement des accueils. Alors que les soignants réclament 52 nouvelles embauches, la direction leur concède l’arrivée de 5 contractuels.

Si le nombre d’hospitalisation a augmenté de 8,4% entre 2014 et 2016 dans cet établissement, dans le même temps les effectifs en équivalent temps plein n’ont progressé que de 0,5%. Mais la direction s’entête : « La comparaison des ressources d’assurance maladie par habitant montre un positionnement du CH de Rouvray au-delà de la moyenne nationale et de la moyenne régionale », a-t-elle notamment déclaré.

Récupération politique

Quoi qu’il en soit, cette grève de la faim a permis d’attirer l’attention d’une grande partie de la classe politique. Dès le 29 mai, la ministre de la Santé affirmait à la presse se préoccuper du sort des personnels et des patients de l’hôpital du Rouvray. Devant l’Assemblée nationale, elle répondait aux députés qui l’interrogeaient sur la question, en annonçant l’envoi sur place d’une mission composée de trois experts. Au-delà de la ministre de la santé, les politiques de gauche se sont pressés au chevet de l’hôpital du Rouvray. Philippe Poutou, candidat du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) à la précédente présidentielle, a fait le déplacement ce samedi 2 juin pour soutenir les grévistes de la faim. Plus tôt, le 29 mai, c’était Benoît Hamon qui allait soutenir les grévistes, en déclarant au quotidien régional Paris-Normandie : « Qu’on en arrive, en 2018 en France, à ce que des salariés soient obligés de se mettre en grève de la faim pour espérer être entendus et pouvoir faire correctement leur travail... C’est insupportable et indigne ! ».

La grève de la faim pour obtenir gain de cause

Pour insupportable et indigne qu’elle soit, la situation n’a malheureusement rien d’exceptionnel. Le même mois, en juin, à l’hôpital de Puget-Theniers, près de Nice (06), c’est une aide-soignante qui a cessé de s’alimenter dès le 1er juin afin que la direction lui verse un reliquat de prime de… 500 euros. En février dernier, à l’hôpital de Ribérac (24), en Nouvelle Aquitaine, un cuisinier a entamé une grève de la faim pour dénoncer les conditions d’accueil des personnes âgées dans son établissement. Si les hospitaliers usent de ce moyen d’action extrême, c’est parce qu’il est médiatique, et permet souvent de remporter la victoire. Ainsi, un an auparavant, au CHU de Limoges (87), quatre salariés, après cinq jours de grève de la faim, réussissait à obtenir gain de cause. Le 24 mars, à l’issue d’un conseil de surveillance houleux, les syndicalistes en grève rentraient en négociation et obtenaient la création de 17 postes d’infirmiers et d’aides-soignants, d’un pool de remplacement de 60 personnes, et le remplacement de tous les départs à la retraite du personnel soignant. En Guadeloupe, au mois de mars 2017, une assistante de direction entamait elle aussi une grève de la faim à l’hôpital de Capesterre Belle-Eau (97), pour protester contre des sanctions prises à son encontre. L’assistante de direction avait en effet fait jouer son droit de retrait, ce qui lui avait valu d’être sanctionnée. Après une journée de cessation d’alimentation, la direction décidait de lever les sanctions.

Ou pas

Mais refuser de s’alimenter ne fait pas toujours recette. A l’hôpital de Bastia (2B), la déléguée syndicale CGT et deux agents entamaient le 29 octobre dernier une grève de la faim, rejointes bientôt par une dizaine de soignants, entendaient ainsi protester contre la situation financière de leur établissement, criblé de dettes. Les grévistes réclamaient 29 millions d’euros pour payer les fournisseurs et 70 millions d’euros pour remettre l’ensemble des services aux normes. Un mois plus tard, ils mettaient un terme à leur refus de s’alimenter, sans avoir pour autant obtenu gain de cause.

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