Cancer de la prostate à faible risque : l’option déprivation androgénique + surveillance active à l’essai

Marine Cygler avec Nick Mulcahy

31 mai 2018

San Francisco, Etats-Unis – La déprivation androgénique à court terme pour les hommes atteints d'un cancer de la prostate à faible risque et sous surveillance active permet d’éradiquer certaines lésions peu agressives. C'est le principal résultat d'un essai français de phase III présenté au dernier congrès annuel de l'American Urological Association.

Pour cette étude randomisée multicentrique, les chercheurs se sont penchés sur l'effet d'une injection sous-cutanée unique, efficace trois mois, d'acétate de leuprolide (11,5mg), un agoniste de l'hormone de libération des gonadotrophines hypophysaires (appelée aussi parfois lulibérine, gonadolibérine, ou encore LHRH gonadotrophin-releasing hormone). 

Le rationnel était le suivant : comme la maladie finit par progresser, chez un nombre conséquent de patients sous surveillance active, conduisant à une prostatectomie totale, l’hypothèse testée dans l’étude a été de voir si une déprivation androgénique limitée dans le temps éradiquerait la tumeur précocément.

Tumeur inférieure à 3 mm

Un groupe d'hommes (n=58), toujours sous surveillance active (IRM et biopsies régulières), a reçu l'injection, et l'autre groupe (n=57) était sous surveillance active.

Tous les patients avaient une maladie considérée à faible risque de stade T1c ou T2a, un taux de PSA inférieur ou égal à 10ng/mL, un score de Gleason inférieur ou égal à 6, et au moins un prélèvement positif, sur les 12 de la biopsie. Aucun prélèvement n'indiquait une tumeur de taille supérieure à 3 mm.

De bons résultats à 12 mois

Le critère d'évaluation principal était une biopsie avec 12 prélèvements négative à douze mois. Il a été atteint dans 53 % des cas dans le groupe « déprivation androgénique » et dans 32 % des cas dans le groupe avec la surveillance active habituelle. La différence entre les deux groupes était significative (p=0,03).

Le groupe traité a présenté une meilleure amélioration de l'International Prostate Symptoms Score à neuf mois, et des réductions plus importantes des taux de PSA à trois et six mois, en comparaison avec le groupe surveillé. 

La fonction érectile a été rétablie à l'issue de la période de traitement de trois mois : à 12 mois, il n'y avait alors plus de différence entre les deux groupes. Le débit urinaire était amélioré dans le groupe traité.

Aucune différence entre les groupes n'a été observée concernant la progression radiologique de la tumeur visualisée par IRM.

« Les auteurs devront démontrer une diminution de l'évolution de la maladie » a fait remarquer le Dr Alexander Kutikov (Fox Chase Cancer Center, Philadelphie) soulignant que les biopsies négatives et la chute des taux de PSA n'apportent pas de « preuves cliniques convaincantes ».

Ce à quoi le Pr Olivier Cussenot, chef du service d'urologie à l'hôpital Tenon (Paris) et investigateur principal de l'étude française interrogé par Medscape édition française, répond : « on a un recul de dix ans avec l'étude pilote non randomisée [1]. A dix ans, 40 % des patients sont supposés en rémission complète ».

Détecter les tumeurs agressives

D'après les investigateurs de l'étude, la détection de formes agressives – qui n'auraient pas été identifiées par les marqueurs utilisés actuellement – serait possible grâce à cette approche car on considère que les cancers les plus agressifs et mortels sont résistants au traitement androgénique.

Le Pr Olivier Cussenot explique : après un traitement court, comme réalisé dans le protocole de l'essai, « si on retrouve un foyer de cancer sur la biopsie cela veut dire que la tumeur est capable de résister à la déprivation androgénique, et donc qu'elle est potentiellement agressive. C'est un point important de notre travail qui permet d'améliorer la stratification des patients atteints de cancer prostatique selon le risque évolutif. Il s'agit de ne pas méconnaître l'agressivité de certains foyers ».

Quelle acceptabilité ?

Un expert américain a confié ses doutes sur cette étude. « La déprivation androgénique pour des cancers à faible risque alors que ces hommes se portent bien va devenir extrêmement controversée et pour certains c'est inacceptable » considère le Dr Alexander Kutikov.

Tandis que le Pr Olivier Cussenot souligne, lui, que la déprivation androgénique et ses effets indésirables, altération de la fonction sexuelle et bouffées de chaleur, sont transitoires.

« Il faut savoir que sur le plan psychologique, 30 à 40 % des patients sous surveillance active souffrent d'une grande anxiété. Il leur est difficile d'entendre qu'ils ont un cancer de faible risque évolutif et qu'on ne leur donne pas de traitement » ajoute-t-il.

D'après le Pr Cussenot, l'étude pilote a montré une très bonne acceptabilité des patients quand les médecins leur présentaient le protocole [1]. « Si on leur propose une option supplémentaire, ils sont preneurs malgré les inconvénients, qu'on doit bien expliquer avant l'injection» a-t-il poursuivi.

 

 

L'étude a été financée par Takeda, qui fabrique l'acétate de leuprolide dans l'indication du cancer de la prostate. Les auteurs de l'étude n'ont pas déclaré de conflits d'intérêt. Le Dr Kutikov n’a pas de liens d’intérêt en rapport avec le sujet.

 

 

 

 

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....