POINT DE VUE

Homéopathie : faut-il déclarer la guerre ?

Manuel Rodrigues

Auteurs et déclarations

25 mai 2018

Le blog du Dr Manuel Rodrigues – Oncologue

Manuel Rodrigues — Bonjour et bienvenus sur le site de Medscape. Je suis le docteur Manuel Rodrigues — je suis oncologue médical à l’Institut Curie, à Paris. Je vais vous parler aujourd’hui de la tribune de 124 médecins sortie dans le Figaro il y a quelques semaines contre l’homéopathie — contre son remboursement, contre les médecins qui la pratiquent, contre sa reconnaissance officielle — expliquant que c’était une « fake médecine » basée sur peu de choses.

L’homéopathie est utilisée largement en France — à peu près un tiers de la population l’utilise régulièrement en prévention des infections, pour traiter des infections passagères, pour des symptômes passagers, des douleurs, par exemple, toutes sortes de choses.

Quel est l’état des sciences?

Les données les méta-analyses en particulier sont imparables — toutes les données montrent que l’homéopathie n’apporte aucun bénéfice par rapport au groupe témoin, qui est le groupe placebo dans bien de ses études. Pour autant, on regarde ces méta-analyses qui sortent régulièrement depuis 20 ans, 30 ans dans les grandes revues, tout le monde en parle, on explique que l’homéopathie ne sert à rien et, pourtant, la consommation d’homéopathie reste la même, voire peut-être même pourrait augmenter. Pourquoi ? Quel est ce différentiel ?

Arguments scientifiques versus expérience clinique

En fait, il y a une vraie incompréhension, je pense, entre les deux camps — entre le camp des médecins qui pratiquent l’homéopathie et le camp des médecins qui refusent ardemment cette homéopathie. Le camp des médecins qui refusent l’homéopathie est basé sur des données scientifiques, ils sont dans le « evicence-based medicine », donc la médecine fondée sur les preuves — ce concept qu’on a depuis maintenant 20-30 ans, à peu près, qui a totalement dominé la médecine. Ce qui peut sembler tout à fait normal, puisque c’est un concept purement scientifique ou l’on demande à un médicament de prouver son bénéfice dans des grandes études de comparaison de population, d’études randomisées, contrôlées.

De l’autre côté, les praticiens de l’homéopathie, pour ne pas utiliser le terme médecin, pour ne pas froisser les signataires, reposent sur l’expérience, reposent sur le fait que finalement les patients sont soulagés par cette homéopathie. Et c’est pour ça, aussi, que les patients continuent de prendre cette homéopathie, puisqu’ils se sentent soulagés.

Il y a, donc, cette incompréhension : il est totalement impossible d’expliquer à un patient qui prend l’homéopathie et qui est soulagé par cette homéopathie, en tout cas qui se sent soulagé par cette homéopathie que celle-ci ne marche pas. Il y a même deux champs différents, deux champs qui ne se croisent pas, de débat qui ne peut donc pas avoir lieu, puisque chaque camp campe, en l’occurrence, sur ses arguments et sur son niveau d’arguments : un camp est basé sur des arguments purement scientifiques, de médecine fondée sur les preuves, et un autre camp d’expériences personnelles, d’expériences interindividuelles.

Pas de raisons d’aller si loin dans l’agressivité

Mais, faut-il aller dans l’agressivité, dans une pétition, dans un appel à dérembourser, à retirer leur diplôme de médecin, leur autorisation d’exercer aux médecins qui pratiquent l’homéopathie ? Je ne pense pas. Je ne pense pas, parce que ce serait braquer la population qui prend cette homéopathie et ce serait, encore une fois, leur dire « non, votre soulagement ce n’est pas l’homéopathie, c’est autre chose, mais ce n’est pas l’homéopathie, arrêtez de la prendre ». Je pense qu’il faut laisser libres les patients et libres les médecins qui veulent le prescrire.

À ce jour, il n’y a pas de preuve de nocivité de l’homéopathie. Il y a, certes, des questions qui se posent aux États-Unis sur une homéopathie pour l’otite, il y a, certes, un risque faible — voire infinitésimal — que le patient ne se traite pas convenablement parce qu’il prend l’homéopathie, mais ce risque est plus élevé s’il se sert de l’homéopathie directement auprès d’un fournisseur quelconque sans passer par un médecin. L’avantage d’avoir un médecin qui prescrit l’homéopathie est que ce même médecin peut réévaluer la situation et, ensuite, déclencher les antibiotiques ou déclencher d’autres explorations, si un patient a des symptômes.

En pratique, je pense effectivement que les arguments scientifiques se tiennent : il est difficile de concevoir qu’on rembourse un traitement qui n’a pas fait ses preuves en termes d’essais cliniques et, là-dessus, je comprends tout à fait les signataires de la pétition.

Néanmoins, je ne pense pas qu’il faille aller jusqu’à l’agressivité et jusqu’à aller demander de radier des médecins de l’ordre parce qu’ils ont pratiqué l’homéopathie. Mais on pourrait totalement imaginer que le remboursement de la sécurité sociale soit basé sur les preuves, vu que notre médecine est une médecine fondée sur les preuves. Néanmoins, il faut se rappeler que le remboursement de l’homéopathie représente environ 70 millions d’euros par an par rapport à un peu moins de 20 milliards d’euros dépensés tous les ans pour le remboursement des médicaments.

Voilà. À bientôt sur Medscape.

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