Samu, quelle est l’urgence ? Réponse du Dr François Braun, président de Samu Urgences de France

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

22 mai 2018

Dr François Braun

France -- La révélation sur les conditions déplorables de prise en charge d’une jeune patiente décédée en décembre dernier, Naomi Musenga, par la régulation du Samu du Bas-Rhin, a provoqué une prise de conscience nationale. Les 14 et 15 mai derniers, des réunions se sont tenues entre représentants du Ministère de la santé, et membres du Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM), de Samu Urgences de France et de l’association des médecins urgentistes de France (Amuf), pour trouver des solutions aux problèmes posés. Le Dr François Braun, président de Samu Urgences de France, nous relate la teneur de ce qui s’y est dit.

Medscape édition française : Que retenez-vous des réunions organisées avec le ministère de la Santé et le CNOM ?

Dr François Braun : Des décisions ont été annoncées par la ministre. Dans un premier temps, et de façon extrêmement rapide, nous allons travailler sur les critères de formation des assistants de régulation médicale, pour améliorer leur formation. Et surtout, nous allons travailler sur des critères de qualité, et d’amélioration de la qualité, au niveau des Samu. Il y a d’ores et déjà beaucoup de choses intéressantes, qui se font dans de nombreux Samu, mais c’est un peu disparate. L’idée, c’est de regrouper tout ce qui se fait dans les Samu, pour extraire les éléments les plus pertinents en termes de qualité et proposer un programme, un guide, des consignes quant à l’évaluation continue de la qualité et le suivi de cette qualité. Demain, nous pourrons lancer des Samu +.

Medscape édition française : Actuellement, il n’existe pas à l’échelle nationale de référentiel commun ?

Dr Braun : Non, il existe des recommandations de la Haute autorité de santé (HAS) et des recommandations professionnelles. Je rappelle aussi que les Samu sont soumis à autorisation mais il n’y a pas de critères, comme en bloc opératoire par exemple.

L’idée, c’est de regrouper tout ce qui se fait dans les Samu, pour extraire les éléments les plus pertinents en termes de qualité.
 

Dans le cas de Naomi Musenga, il semble que l’assistante de régulation n’ait pas confié l’appel à un médecin régulateur. Est-ce une irrégularité ou une modalité particulière de ce Samu 67 ?

Dr Braun : Non, il n’y a pas de modalité particulière de ce Samu quant au traitement de l’appel par un assistant de régulation. Il doit toujours y avoir un avis donné par le médecin régulateur. L’enquête de l’Inspection générales des affaires sanitaires (IGAS) diligentée par la ministre nous dira exactement ce qu’il s’est passé.

Y a-t-il encore incertitude sur une intervention d’un médecin régulateur dans ce cas précis ?

Dr Braun : A priori non, il n’y a pas eu l’intervention d’un médecin régulateur. L’enquête est là pour faire toute la lumière là-dessus, y compris sur la multiple transmission d’appel. La première partie de l’appel rendu public relate la transmission de l’appel par les sapeurs-pompiers, qui est déjà glaçante. Il faut vraiment connaitre tous les échelons de ce qui s’est passé. Plus on multiplie les intermédiaires et plus on multiplie les chances d’erreur. C’est pour cela que Samu Urgences de France milite pour un numéro unique santé, ce qui serait plus facile d’accès.

Un numéro unique partagé par tous, libéraux et hospitaliers ?

Dr Braun : Oui, bien sûr, la santé ne se tronçonne pas. La santé est globale, il faut un numéro unique pour la santé.

Des expérimentations ont été menées début 2018 sur la mise en place d’un numéro unique pour la permanence des soins ambulatoire. Le CNOM en tire un bilan mitigé. Pensez-vous vraiment que ce soit une bonne solution ?

Dr Braun : Ce qui est important, c’est que tout arrive au même endroit. En France, tous les numéros de permanence des soins arrivent sur la même plateforme du Samu que les appels au 15. C’est pour cela que l’on parle de 15+. Nous militons pour que tous les protagonistes de santé dans le cadre de l’urgence et des soins non programmés, y compris SOS médecins aient le même numéro.

La santé est globale, il faut un numéro unique pour la santé.
 

Vous craignez une déperdition d’informations entre, par exemple, un sapeur-pompier et un agent de régulation médicale ?

Dr Braun : Nous ne la craignons pas, nous en sommes sûrs. Nous voyons bien, dans le cas de Naomi Musenga, que le message a été dénaturé dès le départ.

Quelle a été la teneur de votre entretien avec le CNOM ?

Dr Braun : Nous avons travaillé avec le CNOM sur l’amélioration de la qualité et sur l’importance de la place du médecin au centre du dispositif.

N’y a-t-il pas aussi un problème de manque d’effectifs dans les Samu ?

Dr Braun : Le problème de manque d’effectifs, ce n’est pas une réponse en soi. Il y a une question d’organisation, de mise en réseau de nos 15+, de nos Samu+ de demain. Le système d’information du Samu qui est en cours de déploiement et sur lequel nous travaillons depuis plusieurs années avec l’Asip santé (association des systèmes d’information partagés en santé, NDLR), va permettre de décharger l’activité d’une plateforme Samu+ vers une autre plateforme en cas de surcharge. Donc, ce n’est pas uniquement un problème d’effectif. Il y a certainement des problèmes d’effectif qu’il va falloir appréhender, de manière régionale. L’organisation du système sera la deuxième phase de notre réflexion, après avoir abordé la première phase sur la qualité du système. Mais comme je le disais, la prise en charge aux urgences ne se tronçonne pas, c’est l’ensemble du système qu’il faut évaluer.

Nous avons lu dans la presse que de nombreux acteurs de Samu avaient été harcelés, voire menacés, suite à l’affaire de Naomi Musenga. Que recommandez-vous au personnel de Samu ?

Dr Braun : Nous avons donné comme consigne aux agents de Samu de porter plainte dès lors qu’il y a des menaces. Bien entendu, les plaintes doivent être individuelles, même si Samu Urgences de France peut aider ceux qui le demandent.

Le problème de manque d’effectifs, ce n’est pas une réponse en soi.
 

Un calendrier a-t-il été édicté pour la mise en place de ces mesures ?

Dr Braun : Un calendrier a été ébauché avec la ministre quant aux engagements que nous avons pris avec elle. Nous devons lui remettre une synthèse de nos travaux sur la formation des agents de régulation et l’amélioration de la qualité au Samu pour le 1er juillet. Pour ce qui est du numéro unique, la ministre attend la remise du rapport de l’IGAS/IGA ainsi que le ministre de l’intérieur, que nous n’aurons pas avant fin juin. Mais la priorité ce n’est pas ce numéro unique, les Français ne se trompent pas trop quand il s’agit d’appeler pour un problème de santé. Les Samu ont deux fois plus d’appel que les pompiers.

La prise en charge aux urgences ne se tronçonne pas, c’est l’ensemble du système qu’il faut évaluer.
 

Quelle est l’urgence pour les Samu ?

Dr Braun : Travailler à l’amélioration de la qualité.

Les Samu ont deux fois plus d’appel que les pompiers.
 

 

 

 

 

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....