Dosage du PSA aux Etats-Unis : laissez le choix aux hommes après les avoir informés !

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

15 mai 2018

Etats-Unis -- Après avoir fait l’actualité aux Etats-Unis en 2012 en proposant de suspendre le dépistage du cancer de la prostate par dosage du PSA en routine, l’US Preventive Service Task Force (USPSTF) enfonce le clou en publiant des recommandations qui mettent en avant la nécessité de fonder le dépistage sur décision individuelle des hommes de 55 à 69 ans, en leur proposant au préalable une information objective sur les bénéfice et risque des dosages de PSA [1]. Pour l’USPSTF, le dépistage n’est par ailleurs plus indiqué au delà de 70 ans. Cette nouvelle approche est argumentée dans un article publié dans le JAMA, accompagné de plusieurs éditoriaux qui illustrent le point de vue de médecins généralistes, d’oncologues et d’urologues [2,3,4,5].

Eviter 3 cancers métastatiques et 1 décès pour 1 000 hommes

Comment l’USPSTF justifie-t-elle sa recommandation ? Par des chiffres, en prenant en compte un total de 63 études incluant un total de 1 904 950 hommes qui ont donné lieu à 104 publications. L’impact du dosage du PSA sur la mortalité et la survie a pu être évalué sur 647 906 patients et seule une étude a conclut à un intérêt du dépistage systématique sur l’incidence de la mortalité (risque relatif 0,79 pour l’étude Eupopean Randomized Study on Screening Prostate Cancer).

Globalement, l’analyse de l’ensemble des publications montre que sur un total de 1 000 hommes bénéficiant d’un dépistage, 240 vont présenter un taux de PSA dit positif. Sur ce nombre, 100 vont bénéficier d’une  biopsie de la prostate qui se révèlera positive, et 80 vont choisir d’être traités par un traitement radical (chirurgie ou radiothérapie). Dans les suites de l’intervention, une très grande majorité de ces patients va présenter des complications : 50 une dysfonction érectile et 15 une incontinence urinaire. Au total, dans un délai de 10 à 15 ans, 3 cas de dissémination métastatique du cancer prostatique vont être évités sur 1 000 hommes dépistés, ainsi qu’un décès lié directement au cancer de la prostate alors que dans le même temps 5 hommes vont mourir de la suite du traitement du fait de complications (0,5 à 1,6 % des cas).

Sensibiliser les hommes à haut risque

En se fondant sur les résultats des études, l’USPSTF recommande un dialogue constructif entre médecin traitant et patients de plus de 55 ans, afin de proposer que la décision de dépistage soit prise par les hommes eux mêmes et non par leurs médecins. Cette approche doit prendre en compte une sensibilisation particulière des personnes à haut risque : les américains d’origine africaine et les personnes qui sont issues d’une famille ayant déjà payé un tribu au cancer de la prostate.

« Il est essentiel de peser le pour et le contre avant de prendre une décision », analysent les auteurs. « Le choix doit être individuel ». En effet, la réalisation d’un dosage de PSA expose à un sur-diagnostic (chez les patients faux positifs) et à un sur-traitement, dont les conséquences peuvent particulièrement impacter la vie des hommes.

Les recommandations soulignent aussi que le clinicien qui discute avec son patient ne doit pas l’orienter dans un sens ou l’autre mais simplement lui donner des informations objectives.

Le PSA un marqueur imparfait

Dans les éditoriaux joints à la publication du JAMA, les différents auteurs apportent des points de vue éclairants. Ainsi, le Dr Richard Hoffman (endocrinologue, Iowa City, Etats-Unis) souligne que « l’introduction du dosage du PSA a vraiment changé la donne, en augmentant l’incidence de découverte de cancer à un stade précoce de la maladie, à une époque où les données sur l’impact du traitement à long terme étaient minces…[4]. Or, le PSA est un marqueur imparfait et une décision partagée de dépistage prise entre le patient et son médecin est essentielle pour maximiser l’impact du dépistage ».

Le Dr Peter Caroll (San Francisco, Etats-Unis) estime pour sa part que « les auteurs ont pris en compte un suivi de 10 à 15 ans et qu’il est possible que l’effet de dépistage soit différé dans le temps (20 à 30 ans) » [5]. Il conclut que l’USPSTF ne propose pas d’abandonner de dépistage, mais incite à un dépistage plus intelligent, qui pourrait se révéler bénéfique tout en préservant des risques liés au sur-traitement.

 
Le clinicien qui discute avec son patient ne doit pas l’orienter dans un sens ou l’autre mais simplement lui donner des informations objectives.
 

 

En France, deux brochures pour s’informer et informer

En France, cela fait déjà plusieurs années, que les autorités préconisent aux médecins de fournir une information éclairée aux hommes, afin que ceux-ci soient au fait des limites de la démarche et prennent une décision en toute connaissance de cause… Ce qui était encore loin d’être le cas en 2016, puisque les résultats d’une enquête BVA pour l’Institut national du Cancer (InCA) montraient que seuls 47 % des hommes ayant fait un dosage du PSA disaient avoir été informés des bénéfices potentiels et des limites de ce dépistage (voir notre article Encore trop de dosages de PSA : à qui la faute?).

Pour s’informer et informer, l’InCA met à disposition sur son site deux brochures téléchargeables, l’une à destination des médecins intitulée « la première prescription du PSA chez l’homme asymptomatique »,  l’autre à remettre aux hommes « Le dépistage du cancer de la prostate : s’informer avant de décider ». SL

 

 

 

 

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....