HTA : des pistes pour améliorer les chiffres

Aude Lecrubier

17 mai 2018

France--Les derniers chiffres sur l’hypertension (HTA) en France ne sont guère rassurants. Les dernières enquêtes FLASH et Esteban ont montré que la proportion d'hypertendus contrôlés était à son plus bas niveau depuis des années. Depuis 2006, « aucune diminution de la prévalence de l’HTA n’a été observée en France, avec toujours un adulte sur trois hypertendu. De plus, aucune amélioration du dépistage et de la prise en charge de l’HTA n’a pu être mise en évidence ». Plus inquiétant encore, la situation s’est fortement dégradée chez les femmes.

Pourtant, ce facteur de risque cardiovasculaire silencieux continue d’être source de handicap et de faire des morts. Selon la Société Française de Cardiologie, l'hypertension artérielle est « directement liée à 13 % des décès annuels dans le monde ».

Comment changer la donne ?

D’abord en renforçant la lutte contre la sédentarité, la mal-bouffe, le tabagisme et l’obésité, des axes pivots de la prévention CV. Mais aussi en améliorant le dépistage et la prise en charge de l’HTA.

Sur ces deux derniers points, la Société Française d’Hypertension Artérielle (SFHTA) a récemment publié un livre blanc listant des mesures concrètes. Elle propose notamment d’élargir la mission du dépistage de l’HTA à d’autres professionnels de santé: pharmacien, infirmière scolaire, médecin du travail... Une étude présentée au dernier congrès de l’ACC a d’ailleurs rapporté les bons résultats d’une expérience menée aux Etats-Unis dans des salons de coiffures afro-américains où les clients profitaient d’une coupe de cheveux pour faire suivre leur tension par des pharmaciens. Résultat : une pression artérielle de moins de 130/80 mm Hg était obtenue chez 63,6 % des hommes qui bénéficiaient de cette approche versus 11,6 % chez ceux qui étaient juste encouragés à consulter.

Autre cheval de bataille : améliorer l’observance par tous les moyens et notamment grâce au développement de la e-santé (applications, télésuivi…).

Pour favoriser l’implication du patient dans sa prise en charge dès le départ, la SFHA préconise, entre autre, de confirmer le diagnostic d’HTA au domicile avec l’automesure tensionnelle et/ou la mesure ambulatoire sur 24 heures .

Cependant, en dépit de recommandations conjointes avec la Haute Autorité de Santé (HAS), aujourd’hui, ces deux techniques de dépistage ambulatoire ne sont pas remboursées en France.

Une situation qui ne peut plus durer selon le Président de la SFHTA, le Pr Thierry Denolle qui a martelé : « Les diabétologues ont réussi à faire rembourser les glucomètres, nous devons réussir à faire rembourser l’automesure et la MAPA » lors des dernières journées de la SFHTA.

Privilégier les associations fixes

Sur le plan des traitements, ce ne sont pas les techniques interventionnelles comme la dénervation rénale, le barostimulateur carotidien ou l’anastomose artério-veineuse qui ont le coup de cœur de la SFHTA. La société savante propose avant tout de faire mieux avec les molécules dont l’on dispose. Elle recommande notamment de faire le ménage et de retirer du remboursement les molécules anti-hypertensives dont la durée d’action et/ou l’efficacité́ est inférieure aux autres molécules de la même classe thérapeutique. Aussi, elle insiste sur l’importance de privilégier les associations fixes pour faciliter l’observance et améliorer le contrôle tensionnel. Elle préconise notamment de mettre en avant les associations fixes à faibles doses en première intention – une recommandation appuyée par des données récentes.

En parallèle, la SFHTA milite pour le remboursement des trithérapies fixes chez les patients à haut risque CV.

Face au challenge de mettre et de maintenir les patients français à la pression artérielle de 140/90 mm, hors de question de s’aligner sur les recommandations américaines qui, elles, ont hissé la barre en abaissant l’objectif à 130/80 mm Hg. « On n’a qu’un hypertendu sur deux qui est à la cible du 140/90. Si déjà on arrivait à 75-80 % d’hypertendus contrôlés à cette cible de consultation […] eh bien, on serait déjà très bons », a commenté le Pr Claire Mounier-Véhier (CHRU Lille), présidente de la SFHTA pour Medscape édition française.

 

 

Pr Claire Mounier-Véhier a déclaré les liens financiers suivants:

-Exerce (a excercé) les fonctions de conférencier ou de membre d’un bureau de conférenciers pour : Astra Zeneca ; Bayer Pharma ; Daiichi Sankyo, Inc ; Leo Pharma ; Merck Sharp & Dohme Corp.; Novartis ; Novo Nordisk.

Le Dr Thierry Denolle a déclaré les liens financiers suivants : a actuellement, ou a eu au cours des 2 dernières années, une affiliation ou des intérêts financiers ou intérêts de tout ordre avec une société commerciale ou je reçois une rémunération ou des redevances ou des octrois de recherche d'une société commerciale : Soutien à la recherche clinique (MSD, Astra) ; Frais de consultation / Honoraires: Bayer, St Jude, Menarini, Servier, Medtronic, Daiichi Sankyo, Bouchara.

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