Le dépistage du cancer colorectal aura bien lieu

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

20 août 2018

 

Paris, France --  Actualisation : Soulagement chez les gastro-entérologues! Le dépistage du cancer colorectal aura bien lieu. Le Conseil d'État a finalement cassé le 12 juillet dernier le jugement de la Cour d'appel, qui avait décidé d'annuler le marché conclu par l'Assurance maladie pour l'approvisionnement du dépistage du cancer colorectal.

Le Conseil d'État s'est rangé aux arguments de l'Assurance maladie, qui s'en félicite dans un communiqué: « Cette décision constitue une très bonne nouvelle en termes de santé publique. Le dépistage du cancer colorectal va pouvoir se poursuivre sans interruption et sans perte de chance pour les 16,6 millions de personnes concernées. Chaque mois depuis sa mise en place, ce sont plus de 200 000 personnes qui pratiquent ce dépistage. Le programme permet de diagnostiquer un risque potentiel de cancer colorectal chez 4,5% d’entre eux ».

« Cette décision va aussi permettre de maintenir la dynamique enclenchée ces deux dernières années, poursuit l’Assurance Maladie. Suite à la mise en place de cette nouvelle génération de tests plus simples d’usage (1 seul prélèvement) et plus précis, le taux de participation s’est amélioré pour atteindre 33,5% fin 2017 (en progression de 4,9 points) ».

Rappelons que le cancer colorectal est le troisième cancer le plus fréquent avec 45 000 cas estimés par an.  

L’affaire en deux mots : en 2014, l'Assurance maladie au terme d'un appel d'offre sur le dépistage du cancer colorectal, avait choisi un prestataire pour assurer la fourniture et la lecture des tests, rejetant l'offre de deux autres fournisseurs qui avaient alors décidé de se pourvoir en justice, estimant que les conditions de cet appel d'offre les avait desservis. La Cour d'appel les avait suivis dans leur raisonnement, et avait donc décidé d'annuler l'appel d'offre, au risque de suspendre la campagne de dépistage du cancer colorectal. Des gastro-entérologues s'en étaient inquiétés, à l'image du Pr Zerbib (voir ci-dessous).

 

Le dépistage du cancer colorectal est-il menacé ?

Paris, France/9 mai 2018 -- Par communiqué de presse du 27 avril dernier[1], l'assurance maladie s'est inquiétée de l'annulation, par la cour administrative d'appel de Paris, d'un marché conclu fin 2014 pour l'approvisionnement en kit de dépistage et d'analyse du cancer colorectal.

Le dépistage de ce cancer, le troisième le plus fréquent avec 45 000 cas par an et le deuxième le plus meurtrier, est généralisé depuis 2009.

La raison de cette annulation tient à la plainte de deux candidats écartés de cet appel d'offres, qui estiment avoir été floués par l'intégration de la TVA a posteriori dans le coût du marché. De facto, la cour d'appel a annulé le marché en cours – la décision prend effet le 1er août 2018. L'assurance maladie a donc décidé de se pourvoir en cassation et demander la suspension de cette décision.

Inquiétudes des gastro-entérologues

« Les actions de dépistage se poursuivent pour le moment normalement et l’Assurance Maladie examine bien entendu l’ensemble des possibilités pour assurer la continuité de la couverture des besoins jusqu’à la fin de l’année 2018. » Malgré le ton rassurant de l'assurance maladie, le Conseil national professionnel d'hépato-gastro-entérologie (CNPHGE) s'est alarmé de cette décision dans un communiqué[2]. Le conseil rappelle que sur une période de six mois, ce sont 3000 cancers et 12000 adénomes avancés qui peuvent être dépistés grâce au test FIT. Le syndicat des biologistes médicaux en a profité pour demander une refonte de l'organisation du dépistage du cancer colorectal, en plaçant le biologiste médical au centre du parcours des patients. Il propose de prendre en charge cette campagne sur une année test. Pour faire le point sur ce dossier, Medscape édition française s'est entretenue avec le Pr Frank Zerbib, responsable du service d'hépato-gastro-entérologie et d'oncologie digestive au CHU de Bordeaux et président du CNPHGE.

 
Sur une période de six mois, ce sont 3000 cancers et 12000 adénomes avancés qui peuvent être dépistés grâce au test FIT.
 

Medscape édition française : Cette décision peut-elle mettre en péril la santé de ceux qui pourraient être dépistés ?

Pr Frank Zerbib

Pr F. Zerbib : Cela peut mettre en péril la campagne de dépistage elle-même, si elle doit être interrompue. Nous ne nous positionnons pas sur le fond de cette affaire judiciaire, mais nous avons écrit au ministère pour l'alerter sur le danger de la mise en péril de cette campagne, qui démarre plutôt bien. Six mois d'interruption de la campagne, ce sont plusieurs milliers de cancers non dépistés à un stade précoce.

Avez-vous un état des lieux du dépistage du cancer colorectal ?

Pr F. Zerbib : Santé publique France a publié des données très précises sur la question. Il était difficile d'avoir des données stables jusqu'à très récemment, dans le sens où il y a eu un décalage de six mois dans l'enregistrement des données. Il y a donc eu un rattrapage, et dans un premier temps les chiffres ont été un peu décevants, à la limite des 30%. Sur l'année 2017, nous sommes à plus de 33%. Ce n'est pas si mal mais c'est nettement perfectible. Vous avez certainement constaté que nous avions fait pression sur le ministère pour changer certaines modalités de la campagne contre le dépistage.

Pouvez-vous nous le rappeler ?

Pr F. Zerbib : Il s'agit d'un décret du 22 mars dernier, qui a en partie repris ce que l'on souhaitait, comme la relance postale. Les gens sont invités à aller se faire dépister par courrier, puis sont relancés de la même manière (Voir Cancer colorectal : la distribution des kits de dépistage va être élargie). Nous avons obtenu de leur renvoyer le test directement chez eux, au bout de deux invitations non honorées. Ce qui était le cas avant avec l'hemocult. Dans un souci d'économie, cette relance postale avait été supprimée. Nous avons aussi obtenu que la remise du test ne passe pas obligatoirement par le médecin généraliste. Les centres de santé, les gynécologues, les gastro-entérologues, peuvent remettre le test, désormais. Ces mesures devraient faire grimper de manière significative le taux de participation à la campagne. Maintenant que nous avons obtenu ces réformes, il ne faut pas nous casser les jambes avec six mois d'arrêt pour un problème juridico-administratif. Il ne faut pas que la campagne soit arrêtée le 1er aout, ce serait une catastrophe. L'assurance maladie dans son communiqué évoque une solution alternative mais je ne sais pas de quoi elle parle.

 
Il ne faut pas que la campagne soit arrêtée le 1er aout, ce serait une catastrophe.
 

 

Avez-vous eu des échanges avec l'assurance maladie ou le ministère de la santé ?

Pr F. Zerbib : Nous n'avons pas eu de contact direct avec l'assurance maladie, et le courrier que nous avons adressé au ministère de la santé n'est parti que lundi dernier.

Du côté des associations de patients, avez-vous des contacts ?

Pr F. Zerbib : Pas trop dans ce domaine-là. Il y a bien une association de patients qui s'appelle France Côlon, mais dans le domaine du dépistage, les malades ne sont pas encore malades...

 

 

 

 

 

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