Un cas clinique rare de rein flottant

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

7 mai 2018

Detroit, Etats-Unis – Si l’on excepte les cas de prolapsus génitaux qui surviennent plutôt en post-ménopause, il est rare que les organes se déplacent à leur guise dans le corps. Sauf cas exceptionnel…à l’instar de cette jeune américaine qui se plaignait d’une douleur pelvienne intermittente et sentait « comme une balle rouler à l’intérieur d’elle », surtout quand elle passait de la position allongée à la position debout. Deux urologues de Détroit ont fini par poser un diagnostic : la « balle » était en réalité son rein et la jeune femme souffrait d’une néphroptose ou ptôse rénale. Un cas rare et inhabituel de descente d’organe.

Attention chute d’organe

Après environ 6 années d’errance diagnostique, une jeune femme de 28 ans consulte à la clinique des Drs Akshay Sood et Graig Rogers (Henry Ford Hospital, Detroit) et décrit une douleur pelvienne intermittente qui tend à s’exacerber en position debout et à s’améliorer en position allongée. Elle explique aussi que ce changement de posture s’accompagne d’une impression de « balle qui roule à l’intérieur ». La patiente ne décrit aucun autre symptôme, mais se rappelle, lorsque les médecins l’interrogent sur sa grossesse, que la douleur a semblé être moindre à ce moment-là, surtout au cours des derniers trimestres.

L’examen clinique ne révèle rien de particulier si ce n’est qu’il s’agit d’une femme très mince et les examens sanguins et le scanner abdominal réalisés précédemment sont normaux.

Devant la plainte de la patiente, les urologues décident de procéder à une urographie sous intraveineuse, un examen simple qui a l’avantage de donner une information dynamique sur le fonctionnement urinaire de la patiente (en position debout)…qui révèle alors une migration du rein droit dans l’espace rétro-péritonéal (images ci-dessous). Le diagnostic est posé : néphroptose.

Néphroptose, ptôse rénale ou rein flottant

Ce terme décrit un rein se déplaçant de plus de 5 centimètres (2 vertèbres) lors d’un changement de position. « Cette anomalie affecte principalement les femmes. Et l’on considère qu’elle concerne 20% de celles qui bénéficient d’un examen urodynamique – mais la plupart du temps, elle est asymptomatique » décrivent les auteurs. L’une des raisons qui expliquerait cette descente d’organe serait l’absence de graisse péri-rénale qui permet de tenir le rein en place. « Quand la patiente se lève, le rein chute sous l’effet de la gravité, a expliqué le Dr Sood à Live Science [2]. Ce faisant, il entraine un vrillage des vaisseaux sanguins et une torsion de l’uretère, susceptible d’entrainer un reflux de l’urine vers le rein et donc une douleur. »

Images du rein flottant

 

Sur l’image à gauche, prise en décubitus, les reins sont à la même hauteur de chaque côté de la colonne.
Sur l’image de droite, en position verticale, son rein droit (à gauche) apparait légèrement descendu dans le bassin.

Empêcher le rein de faire le yo-yo

La patiente a finalement subi une néphropexie par laparoscopie assistée par un robot et est rentrée chez elle le lendemain. Et au bout d’un mois, les symptômes avaient disparu, soulageant la patiente de 6 années de souffrance. « Depuis, elle va bien », a conclu l’urologue américain [2].

Interrogé par Medscape édition française sur cette procédure opératoire, le Pr Arnaud Méjean (chef de service d'Urologie à l'Hôpital Européen Georges-Pompidou à Paris) a expliqué que la néphropexie consiste à fixer par quelques points le rein au psoas, pour éviter que le rein ne fasse le yo-yo. « C’est une opération que l’on pratiquait couramment dans le passé par peur d’une obstruction des cavités de vidange suite au vrillage de l’uretère mais que l’on a abandonné depuis 30 ans. La ptôse rénale est exceptionnellement symptomatique, et l’on intervient aujourd’hui qu’après avoir eu la preuve par imagerie que la ptôse est bien à l’origine de la douleur (lombalgie). Cela reste toutefois une situation clinique extrêmement rare, mais connue depuis très longtemps. » En témoigne cette communication sur le « rein mobile » faite lors de la cinquième session de l’Association Française d’urologie en 1901 par un gynécologue allemand, le Dr L. Landau, et que l’on peut consulter ici (Gallica, BNF).

 

Crédit photo: Credit: Akshay Sood/BMJ Case Reports 2018

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