Grossesse et sexualité : que dire aux patient.e.s ?

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

2 mai 2018

Paris, France— La question de savoir si l’on peut avoir des rapports sexuels pendant la grossesse est classique chez les couples qui attendent un enfant. Dans une session subtilement intitulée « let’s talk about sex » du Congrès de la Médecine Générale France, le Dr Pascal Bouché (Nancy) a expliqué pourquoi la réponse du médecin, elle, en revanche, ne doit pas être anodine et elle peut, dans certains cas, changer la donne. « Une réflexion qui n’est pas issue d’une thèse, ni même d’un travail universitaire, mais inspirée d’un cours sur la sexualité du péripartum que j’ai mis au point après des échanges avec des sage-femmes », a-t-il prévenu d’emblée.

Yes, you can

« Peut-on avoir des rapports sexuels ? » est une interrogation commune à tous les couples au moment d’une grossesse, a affirmé le médecin nancéen. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’elle soit systématiquement posée, soit parce que les couples ont déjà leur réponse, ou parce qu’ils n’osent pas l’énoncer. Mais, de facto, elle se pose avec, en réalité, un présupposé implicite, la vraie question étant « peut-on avoir une pénétration pendant la grossesse ? ».

Néanmoins, que la question soit verbalisée ou pas, il existe une réponse médicale qui ne fait plus débat : « oui, on peut », a affirmé l’orateur.

Cela étant posé, il est souvent nécessaire d’accompagner la réponse d’explications sur l’anatomie – que les femmes connaissent très mal – et sur les bénéfices psychologiques (en termes de relation de couple) de la sexualité pendant la grossesse. Et toutes les questions sont bonnes : « à une patiente, un peu gênée, qui s’inquiétait de ce que ressentait le fœtus au moment de l’orgasme, j’ai répondu que le bébé pouvait recevoir un peu d’endorphine, ce qui ne pouvait pas lui faire de mal ! ».

Deux contre-indications à signaler: la menace d’accouchement prématuré et le placenta prævia.

Une réponse médicale mais pas que…

Il faut cependant que le médecin soit conscient que certains couples auront déjà tranché par eux-mêmes la question en fonction de leurs propres croyances, qu'elles soient religieuses (certaines religions donnent des préceptes sur la sexualité pendant la grossesse), tiennent compte de l’origine ethnologique (spécificités liés à des croyances ancestrales), de la culture familiale ou des repères érotiques (qui peuvent être modifiés ou perdus pour l’un ou l’autre des partenaires). « Les patient.e.s vont faire un mix de toutes ces réponses et la réponse médicale ne sera donc pas forcément celle qu’ils vont suivre. Ce qui n’est pas un problème en soi » indique le Dr Bouché.

Attention à ce que l’on dit

Attention toutefois à ce que  « la permission médicale ne se transforme pas en une injonction à avoir des rapports sexuels en péri-partum, comme certains médias grand public le laissent parfois entendre, prévient le médecin nancéen. Car si le message vaut sans problème pour les couples qui s’entendent bien et sont complices, il n'en va pas de même chez ceux où règnent violence, domination et non-respect du désir de l’autre. C'est pourquoi « il faut faire attention à ce que l’on dit pour que la réponse médicale ne soit pas contre-productive, douloureuse et violente ». En effet, « est-ce qu’on ne risque pas, dans un couple où l’autorité est entièrement entre les mains de l’homme, d’asservir un peu plus la patiente au désir de son compagnon ? » interroge le médecin, qui précise que l’inverse peut potentiellement exister mais reste beaucoup plus rare.

La solution, pour Pascal Bouché consiste donc, avant tout, à essayer de comprendre comment cela se passe dans le couple. L’idéal est d’entendre chacun des partenaires séparément, ce qui donne la possibilité de ne pas tenir le même message à l’un et à l’autre. »

 
Il faut faire attention à ce que l’on dit pour que la réponse médicale ne soit pas contre-productive, douloureuse et violente  Dr Pascal Bouché
 
Voir aussi notre article Violence conjugale : comment mieux la repérer en consultation ? qui montre que la grossesse est une période où les violences conjugales débutent ou s’aggravent. Et donc un moment propice au dépistage.

Marcher sur des œufs

Le danger serait en effet de cautionner la sexualité de l’un au dépend de l’autre, et il faut, comme très souvent dans le domaine de la sexualité, marcher sur des œufs. Et pourtant : « la grossesse est parfois l’occasion unique dans TOUTE une vie de pouvoir renégocier ce qui se passe dans le couple. Si le partenaire est réceptif, on peut faire passer des messages de type « ne faire l’amour que quand la partenaire le veut, que cela soit très doux, etc » et essayer d’infléchir les choses, renégocier les rôles au sein du couple et la place du désir de l’un et de l’autre. Ce n’est pas facile et, parfois, ce n’est pas possible. Il faut parfois essayer de deviner qui veut quoi, et pour qui est cette sexualité qu’on me demande. Et si vous n’êtes pas là pour aider, si vous n’êtes pas là pour vous prévaloir de l’autorité de votre blouse blanche, la patiente risque de passer à côté de ce moment où elle aurait pu ré-orienter sa vie sexuelle dans le sens d’une plus grande libération ».

 
La grossesse est parfois l’occasion unique dans TOUTE une vie de pouvoir renégocier ce qui se passe dans le couple Dr Bouché
 

Pas une obligation non plus

Et puis, de façon générale, il faut aussi rappeler que si aucun des deux partenaires n’a envie de sexualité, pour des raisons qui lui appartiennent, alors « on n’est pas obligé ». « Vous ne pouvez pas savoir à quel point cela soulage les gens de leur dire », a indiqué en riant Pascal Bouché. Sans oublier « que toute sexualité n’est pas coïtale ».

« Et bien sûr, si les deux ont envie, alors c’est l’occasion rêvée pour leur confirmer qu’ils peuvent faire l’amour et que cela va leur faire beaucoup de bien. »

 

Quand reprendre les rapports en post-partum ?

« Même si mécaniquement, la sexualité peut reprendre au bout de 15 jours, j’aime bien donner un durée un peu plus longue, de 3 à 4 mois, sachant qu’il n’y a pas de mal à ce qu’ils désobéissent. Mais, là encore, j’essaye de savoir qui va exiger quoi de qui, et si l’on voit qu’il y a une violence possible, on peut augmenter la durée, et donner un mode de reprise de la sexualité, tout comme au moment de la grossesse » a ajouté le médecin généraliste.

 

 

 

 

 

 

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