Prévention des migraines : 4 anticorps monoclonaux anti-CGRP en développement

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

9 mai 2018

Bordeaux, France – La migraine est la maladie neurologique la plus fréquente —elle touche une personne sur 5 — et elle est classée deuxième maladie la plus invalidante en termes d’années avec perte de productivité. Dans les cas graves, lorsque la migraine est associée à une mauvaise qualité de vie et qu’elle induit un risque d’abus médicamenteux, la Société française d’étude des migraines et céphalées (SFEMC) recommande d’instaurer un traitement prophylactique. Mais aujourd’hui, les traitements prophylactiques sont peu efficaces et mal tolérés. Le 11 avril, lors des Journées de Neurologie de Langue Française (JNLF) 2018 le Dr Christian Lucas (centre d’évaluation et de traitement de la douleur, service de neurologie, CHRU de Lille) a fait le point sur les avancées liées aux nouvelles biothérapies prophylactiques anti-CGRP [1,2]. Une nouvelle étude aux résultats positifs a d’ailleurs été présentée, depuis, au congrès annuel de l’American Association of Neurologie le 24 avril.

Peptide CGRP : première cible spécifique de la physiopathologie de la migraine

Le neurologue lillois a souligné que le développement des anticorps monoclonaux ciblant spécifiquement le calcitonine gene related peptide (CGRP), un peptide qui joue un rôle important dans la physiopathologie de la migraine (très algogène et vasodilatateur), est porteur d’espoir.

Les anticorps monoclonaux anti-CGRP actuellement en développement en prophylaxie de la migraine sont au nombre de 4 : trois dirigés contre le ligand (éptinézumab, frémanézumab, galcanézumab) et un dirigé contre le récepteur du CGRP (érénumab). Ils s’administrent mensuellement par voie parentérale (sous-cutanée ou intraveineuse).

Des résultats encourageants

Plusieurs essais de phase 2 et 3 randomisés contre placebo menés avec chacun de ces anticorps ont montré une bonne efficacité et une bonne tolérance sur le court terme [3,4,5,6,7,8,9,10].

D’après les données publiées, le frémanézumab a permis de réduire le nombre mensuel de jours avec migraine de 2,81 jours par rapport au placebo chez des patients souffrant d’une migraine épisodique à haute fréquence. Cette différence était de 1,2 jours avec le galvanézumab, d’1,1 jours avec l’érénumab et de 1 jour avec l’éptinézumab, chez des patients avec au moins 5 ou 6 jours de migraine par mois. Le taux de répondeurs à 50 % (réduction d’au moins la moitié des crises) était élevé dans ces essais, de même que les taux de réponses à 75 % et 100 % (disparition des crises).

Taux de répondeurs avec les AC anti-CGRP vs placebo dans les essais publiés

% Rép

Eptinézumab

Galcanézumab

Frémanézumab

Erénumab

50%

61% vs 33%

70% vs 45%

53% vs 59%

(Migraine chronique

53% vs 55% et

38% vs 41%)

46% vs 30%

et

50% vs 26%

75%

33% vs 9%

49% vs 27%

34/31% vs 11%

(Migraine chronique

32%/2% vs 16%)

 

-

100%

16% vs 0%

32% vs 17%

-

-

 

En parallèle, une nouvelle étude présentée lors de l’AAN 2018, LIBERTY [10], a confirmé les bons résultats avec l’anti-récepteur du CGRP, mais cette fois, chez des patients résistants à au moins deux traitements, probablement ceux pour lesquels il est le plus probable que les anti-CGRP seront un jour autorisés.

L’étude menée chez des patients avec migraines épisodiques (9,3 jours par mois en moyenne) a montré qu’à 12 semaines, le taux de répondeurs à 50 % avec l’érénumab était de 30,3 % versus 13,7% dans le groupe placebo (RR= 2,73 ; IC 95%, 1,43 – 5,19; P = 0,002).

Très bonne tolérance à court terme mais quid du long terme ?

En termes de tolérance, aucun effet indésirable grave n’a été rapporté dans l’ensemble des essais. La fréquence des événements indésirables était similaire chez les patients recevant les anticorps ou le placebo. Quelques patients ont présenté des anticorps dirigés contre le médicament mais aucun anticorps neutralisant permanent n’a été rapporté.

Au final, si ces résultats sont encourageants, des données d’efficacité et de tolérance sur le long terme seront nécessaires pour établir la place des anti-CGRP dans la stratégie thérapeutique. Une des questions qui se pose est celle de la tolérance à long terme car le CGRP est ubiquitaire. Son inhibition prolongée pourrait être potentiellement délétère car le peptide participe au contrôle de la pression artérielle, à l’homéostasie vasculaire physiologique et physiopathologique lors d’un infarctus de myocarde ou d’un AVC. En outre, ces traitements pourraient passer la barrière hémato-encéphalique et placentaire (pas de données sur les effets potentiellement tératogènes).

Enfin, se posera aussi la question du coût efficacité de ces nouvelles biothérapies. Plusieurs industriels ont déjà déposé des dossiers de demande d’AMM aux Etats-Unis et en Europe--les dossiers du frémanézumab et de l’érénumab étant les plus avancés.

 
Une des questions qui se pose est celle de la tolérance à long terme car le CGRP est ubiquitaire.
 

 

 

 

 

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