Schizophrénie et bipolarité : le sur-risque d’hypothyroïdie lié aux antipsychotiques ?

Vincent Richeux, Liam Davenport

Auteurs et déclarations

30 avril 2018

Florence, Italie Les patients atteints de schizophrénie ou de troubles bipolaires ont un risque accru de perturbation de la fonction thyroïdienne, qui serait en partie liée au traitement antipsychotique, suggère une étude norvégienne, dont les résultats ont été présentés lors du dernier congrès de la Schizophrenia International Research Society (SIRS)[1].

De précédents travaux avaient déjà permis d’établir une corrélation entre les troubles psychiatriques et l’apparition d’une dysfonction thyroïdienne. La possible implication des médicaments utilisés pour traiter ces troubles a été envisagée, mais l’hypothèse n’avait pas encore été clairement explorée.

Dans cette étude, le Dr Trude Iversen et ses collègues (Hôpital universitaire d’Oslo, Norvège) ont inclus 1345 patients atteints de schizophrénie ou de troubles bipolaires et 989 volontaires en bonne santé. Agés de 18 à 65 ans, ces participants ont eu un bilan de santé incluant une mesure des taux en hormones thyroïdiennes (T4 et TSH).

Dysfonction thyroïdienne

L’analyse des résultats montre que les patients atteints de troubles mentaux ont un niveau de TSH plus élevé, avec une valeur médiane de 1,92 mUI/L, contre 1,57 mUI/L dans le groupe contrôle. A l’inverse le niveau médian en T4 apparait plus faible, avec respectivement 13,7 pmol/L, contre 14 pmol/L chez les patients en bonne santé.

Une hypothyroïdie a été constatée chez 10,7% des patients présentant des troubles mentaux, contre 3,3% dans le groupe contrôle. Pour ce qui est de l’hyperthyroïdie, la prévalence est de 2,2% contre 1,2%. Ainsi, l’hyperthyroïdie et une hypothyroïdie sont deux et trois fois plus fréquentes chez les patients schizophréniques ou bipolaires.

Pour rechercher une éventuelle corrélation avec un traitement médicamenteux, les chercheurs ont également examiné les prescriptions. Ils se sont attardés sur quatre antipsychotiques pris en monothérapie: le quetiapine (Xeroquel®, Astrazeneca), l’olanzapine (Zyprexa®, Eli Lilly), l’aripiprazole (Abilify®, Otsuka) et le rispéridone (Risperdal®, Janssen).

T4 en baisse sous quetiapine ou olanzapine

Après justement sur différents facteurs de risque de dysfonction thyroïdienne, comme l’âge et le sexe, leur analyse révèle un lien entre le traitement antipsychotique et l’hypothyroïdie, mais pas avec l’hyperthyroïdie. Ainsi, le risque d’avoir un niveau plus bas de T4 apparait particulièrement accru avec le quetiapine et l’olanzapine.

Les patients atteints de schizophrénie ou de troubles bipolaires présentent plus fréquemment une altération de la fonction thyroïdienne non diagnostiquée, ont commenté les chercheurs sur leur poster exposant les résultats lors du congrès et remarqué par nos confrères de Medscape édition internationale.

Selon eux, l’étude suggère « une possible implication des médicaments antipsychotiques les plus fréquemment prescrits » dans l’altération des niveaux en hormone T4. « Ces résultats appellent à nouveau à porter attention au rôle de la fonction thyroïdienne dans les troubles mentaux sévères et à l’association éventuelle avec les médicaments antipsychotiques ».

Les effets sur le métabolisme négligés

Interrogé par Medscape édition international, le Dr Iversen a indiqué qu’il apparait pertinent, au regard de ces résultats, d’inclure une évaluation des niveaux en hormone thyroïdienne dans la batterie d’examens menés chez les patients souffrant de troubles mentaux sévères, d’autant plus que ces patients ont tendance à moins consulter.

« Les médecins doivent se préoccuper des effets des médicaments antipsychotiques sur le métabolisme », qui peuvent en outre conduire à un arrêt des traitements, a commenté, pour sa part, le Pr William Carpenter (University of Maryland School of Medicine, Baltimore, Etats-Unis) auprès de nos confrères.

Selon lui, l’utilisation fréquente de médicaments ayant des effets secondaires notables sur le métabolisme montre que « les conséquences à long terme des traitements antipsychotiques ne sont pas suffisamment prises en compte » au moment du choix du ou des médicaments.

Pourtant, l’espérance de vie réduite de ces patients devrait amener à être plus vigilant sur ce point, estime-t-il.

 
Les médecins doivent se préoccuper des effets des médicaments antipsychotiques sur le métabolisme Pr William Carpenter
 
Le Dr Iversen n’a pas déclaré de liens d’intérêt. Les autres auteurs ont déclaré des liens avec les laboratoires Lundbeck, Lilly, AstraZeneca, Novo Nordisk, Sanofi, Boehringer Ingelheim et MSD.

 

 

 

 

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