Ils sont hédonistes, altruistes et n’ont pas le sens du commerce : ce sont les urgentistes

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

25 avril 2018

Etats-Unis -- La personnalité des chefs de clinique urgentistes diffère de celle des autres étudiants en médecine : ils sont hédonistes, enthousiastes, précautionneux, altruistes, esthètes, réservés et ils n’ont pas le sens du commerce bien qu’ils aient besoin de reconnaissance…. Et ce quelle que soit l’université où ils étudient. C’est très probablement du fait de cette personnalité atypique dans le milieu médical qu’ils ont choisi de se tourner vers la médecine d’urgence, selon les résultats d’une étude menée sur 140 urgentistes et publiée dans AEM Education and Training [1].

140 chefs de cliniques urgentistes interrogés

Qui sont les urgentistes ? Quelles personnalités peuvent se diriger vers cette spécialité sans faire fausse route ? Comment sélectionner – dans un pays comme les Etats-Unis où le choix de la spécialité est ouvert et soumis à l’examen d’un dossier de candidature – les étudiants qui ont le plus de chances de mener à bien des études aux urgences et d’en faire une carrière satisfaisante ?

Pour mener à bien ce travail, 140 chefs de cliniques urgentistes de 5 hôpitaux répartis dans des régions différentes des Etats-Unis ont accepté de répondre à trois questionnaires de personnalité.

Si l’un des centres hospitaliers retenu recevait moins de 500 000 patients par an, deux autres rapportaient de 50 000 à 100 000 passages et les deux derniers plus de 100 000 admissions aux urgences. Quatre des 5 hôpitaux universitaires acceptaient de 21 à 30 % des personnes qui souhaitaient s’inscrire au programme de spécialisation et l’un d’entre eux de 10 à 20 %. Tous les hôpitaux étaient situés dans des centres urbains. Les hommes étaient un peu plus représentés que les femmes (52,1 contre 47,9 %).

Moins ambitieux et plus altruistes

Les différentes échelles utilisées ont pris en compte des domaines spécifiques. L’ensemble des réponses a été comparé avec celles d’autres étudiants toutes spécialités confondues, ce qui permet d’individualiser des domaines qui semblent moins importants pour les urgentistes que pour les autres médecins et à l’inverse des particularités propres aux personnes qui ont choisi de travailler dans cet environnement.

Globalement, par rapport à leurs confrères, les urgentistes sont moins ambitieux dans leur carrière, moins retenus dans leurs actes mais pourtant moins audacieux, moins sécuritaires, moins traditionalistes, moins enclins à poursuivre de longues études théoriques, moins appliqués et ils ont un sens du commerce moins développé.

Parmi les qualités positives, les auteurs retiennent l’enthousiasme, la prudence, une certaine réserve, une plus grande envie de temps libre, un sens esthétique, un altruisme, un certain hédonisme, une envie de reconnaissance et un besoin de sécurité.

Mettre en adéquation la personnalité et le choix de spécialité ?

Quelles conséquences pourraient avoir ces données sur le futur de la médecine d’urgence aux Etats-Unis et ailleurs ? Les auteurs estiment que ces critères doivent intégrer – sans pour autant être prépondérants – les critères décisionnels pour l’admission dans la spécialité d’urgence. Ils proposent aussi qu’ils constituent un socle dans la relation avec les urgentistes seniors afin d’aider à développer certains aspects de la personnalité chez les plus jeunes.

En France, alors que cette spécialité est encore toute nouvelle et qu’elle n’a pas encore trouvé son public à l’occasion des premiers choix de DES, il serait intéressant de mieux définir la personnalité des urgentistes seniors afin, d’aider les plus jeunes à choisir une carrière qui leur conviendra toute la vie.

 

 

 

 

 

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