POINT DE VUE

Désensibilisation allergique en danger : réaction du Pr Just

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

20 avril 2018

Paris, France—En décembre dernier, la Haute Autorité de Santé (HAS) a publié un rapport indiquant que les preuves cliniques de l’efficacité des APSI, ces allergènes préparés spécialement pour un seul individu et qui constituent la base des traitements d'immunothérapie allergénique, étaient insuffisantes.

Elle a donc préconisé un déremboursement de ces extraits allergéniques par voie injectable et l’abaissement de 30 à 15 % des APSI par voie sublinguale--avis qu’elle a confirmé au mois de mars 2018 malgré les argumentaires contre des allergologues.

Cette recommandation a suscité une vive indignation auprès de la communauté allergologique alors que les allergies explosent et que « seule la désensibilisation constitue un traitement qui agit sur la cause de la maladie et qui empêche l’aggravation de la pathologie », ont indiqué plusieurs associations dans un communiqué de presse en date du 17 avril[1].

Les associations rappellent que, selon l’Institut national de la santé et de la recherche (Inserm), 25 à 30 % de la population est allergique et que ce chiffre devrait atteindre 50 % d’ici 2050, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

« A un moment où toutes les études rappellent l’impact de la dégradation de l’environnement sur l’exposition du nombre de personnes souffrant d’allergies, l’Etat ne peut pas se désengager et restreindre l’accès aux traitements », s’insurgent-ils.

Pr Jocelyne Just

Lors du Congrès Francophone d’Allergologie (CFA) qui a débuté le 18 avril à Paris, le Pr Jocelyne Just (Chef de service d'allergologie pédiatrique, Hôpital Trousseau, Présidente de la Société Française d’Allergologie (SFA), co-Présidente du CFA), a exprimé sa vive inquiétude sur les conséquences d’un déremboursement des APSI[2].

Quelles conséquences pour les patients ?

En cas de déremboursement, nous estimons que près de la moitié des patients allergiques ne pourront pas être désensibilisés pour des raisons financières.

Or, il n’y a pas de compétiteurs à l’immunothérapie allerginique. Les antihistaminiques, les corticoïdes nasobronchiques sont des traitements symptomatiques. L’immunothérapie allerginique est le seul traitement de la cause de l’allergie. Il empêche le passage de la rhinite à l’asthme, d’une allergie unique à une allergie multiple.

Nous avons besoin des comprimés de désensibilisation mais aussi des extraits par voie sublinguale pour les patients hypersensibles et des extraits par voie injectable pour les allergies les plus sévères. Nous avons besoin des trois.

A quoi sert la spécialité d’allergologie si nous n’avons plus les moyens de traitement ?

Sur quoi s’est fondée la HAS ?

La HAS a appréhendé l’immunothérapie comme tous les médicaments, c’est-à-dire sur les études en double aveugle contre placebo dans de larges cohortes et elle a jugé qu’il n’y avait pas suffisamment d’études montrant l’efficacité des APSI.

Pourquoi la communauté allergologique est-elle en désaccord avec cette évaluation ?

Pour nous, l’immunothérapie ne doit pas être appréhendée comme tous les médicaments. Réaliser des études en double aveugle contre placebo dans toutes les situations, pour le pollen de graminés, le pollen de bouleau, les acariens, l’asthme, la rhinite allergique, la voie sous cutanée, la voie sublinguale, en comprimé, en solution, en voie sous-cutanée prendrait des décennies. Et pendant ce temps, il ne faudrait plus traiter les patients alors qu’on sait que les allergies explosent ?

Il existe des méta-analyses, certes hétérogènes et qui ne répondent pas à toutes les questions, mais qui vont toutes dans le même sens, celui d’une efficacité.

Nous rappelons aussi que les recommandations internationales sont en faveur de la désensibilisation.

Les attentes

Nous demandons à la ministre de nous laisser le temps de montrer dans des études en vraie vie, sur des milliers de patients, que cette immunothérapie est efficace chez les patients désensibilisés par rapport aux non-désensibilisés.

De telles études ont déjà été faites au Japon, en Allemagne...Nous sommes surs des résultats. J’espère que la ministre comprendra l’enjeu alors que la prévention est un axe majeur de la politique du gouvernement.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....