Parkinson et pesticides : le risque concernerait tous les habitants des zones agricoles

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

11 avril 2018

Saint Maurice, France A l’occasion de la Journée Mondiale Parkinson, Santé Publique France a publié un état des lieux épidémiologique de la maladie de Parkinson en France (voir encadré en fin de texte).

Parmi les études présentées, l’une d’elle a quantifié l’excès de risque de maladie de Parkinson (MP) chez les agriculteurs français et a montré que les personnes n’exerçant pas le métier d’agriculteur mais vivant dans les zones fortement exposées aux pesticides étaient, elles-aussi, plus à risque de MP que le reste de la population générale [1].

« Ces résultats plaident en faveur de la réduction de l’exposition aux pesticides des agriculteurs et des riverains des cultures, notamment viticoles », a commenté le Dr Marie Vidailhet

(département de neurologie, Hôpital de la Salpêtrière, Sorbonne Université, Faculté de médecine ; CNRS UMR 7225, UMR S 1127, Institut du cerveau et de la moelle épinière, Paris, France) dans l’éditorial du Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire (BEH)[2].

Cette étude est particulièrement importante alors que « la France fait partie des pays qui utilisent le plus de produits phytopharmaceutiques au monde et qu’environ 90% sont dédiés à l’usage agricole », soulignent les auteurs, Sofiane Kab et coll. (SPF, Université Paris-Saclay, Univ Lyon 1).

Jusqu’ici plusieurs études ont montré une association entre l’exposition professionnelle aux pesticides et la maladie de Parkinson (MP) parmi les agriculteurs.

Mais, « cette association soulève la question du rôle de l’exposition non-professionnelle aux pesticides (par exemple liée à une exposition environnementale ou à des usages domestiques de pesticides) en population générale », indiquent-ils.

 
Ces résultats plaident en faveur de la réduction de l’exposition aux pesticides des agriculteurs et des riverains des cultures, notamment viticoles  Dr Marie Vidailhet
 

Une comparaison des données des différents régimes d’assurance maladie

Dans la nouvelle étude, les cas de MP en France métropolitaine (2010-2012) ont été identifiés à partir des bases de données du Système national d’information inter-régimes de l’Assurance maladie (Sniiram).

L’incidence de la MP (2011-2012) parmi les affiliés à la Mutualité sociale agricole (MSA) a été comparée à celle des affiliés aux autres régimes d’assurance maladie.

Ne disposant pas de données géographiques détaillées sur l’utilisation de pesticides, les chercheurs ont utilisé les activités agricoles comme proxy de l’utilisation de pesticides.

Tous les résultats ont été ajustés sur le tabagisme, le statut socioéconomique, la densité départementale de neurologues pour prendre en compte d’éventuelles disparités d’accès aux soins et la proportion de surface agricole utile (SAU).

Un risque plus élevé de 10 % chez les agriculteurs

En 2011-2012, 45 409 cas incidents de MP  âgés de 55 ans et plus (âge médian 77,5 ans) ont été identifiés, dont 11 % étaient affiliés à la MSA ; parmi ces derniers, 74% étaient des exploitants agricoles.

L’incidence de la MP était plus élevée parmi les affiliés à la MSA (RR=1,09, IC95%: [1,05-1,13]), notamment les exploitants agricoles (RR=1,13 [1,08-1,17]), par rapport aux autres régimes d’assurance maladie.

Relation entre l’activité agricole locale et le risque de MP en population générale

En population générale et parmi la population non agricole, l’incidence augmentait avec la surface de terres consacrées à l’agriculture au sein des cantons (p<0,001).

« Les résultats en population générale présentés sont cohérents avec deux méta-analyses montrant une association entre la vie en milieu rural et la MP[3,4] », soulignent les chercheurs.

Parmi 18 types d’activités agricoles, l’association la plus forte était observée pour les cantons les plus fortement viticoles (RR=1,10 [1,05-1,16]).

L’occasion pour les chercheurs de rappeler qu’en France, en 2000, la viticulture représentait 3% de la SAU et consommait 20% des tonnages des pesticides, essentiellement en raison d’un usage important de fongicides et d’insecticides. 

Pour Sofiane Kab et coll., l’ensemble de ces résultats suggèrent que « le nombre de cas de MP attribuable aux pesticides pourrait être plus élevé que si seule l’exposition professionnelle était impliquée ».

Ils ajoutent, toutefois, que « ces résultats doivent encore être confirmés par des études complémentaires afin de mieux caractériser le type d’exposition professionnelle et non professionnelle aux pesticides. »

La maladie de Parkinson en France aujourd’hui : données épidémiologiques

Le dernier Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire (BEH) est consacré à la surveillance épidémiologique de la maladie de Parkinson en France. Les quatre études publiées dans le numéro dressent un état des lieux de l’évolution du nombre de cas en France, des sous-groupes de personnes les plus à risque et de la mortalité associée [1,5,6,7].

Quelques points clés :

-Fin 2015 : le nombre de parkinsoniens traités en France est estimé à 160 000 avec 25 000 nouveaux cas par an et 17 % des nouveaux cas âgés de moins de 65 ans.

-2015-2030 : les projections indiquent que le nombre de patients aura augmenté de 56 % en 2030.

-Le taux de mortalité des patients parkinsoniens est deux fois plus élevé que celui de la population générale (étude sur un suivi maximum de 7 ans ; ajustement pour l’âge et le sexe). Les femmes et les jeunes sont les plus vulnérables.

-Plus de 90 % des décès ont lieu après 70 ans.

-Les principales causes de décès sont les chutes et la démence. Le risque de décéder d’une pneumopathie 4 fois plus important que chez les patients non atteints.

- L’incidence de la maladie de Parkinson est plus élevée chez les agriculteurs (+10 %) et chez les personnes soumises à une exposition non-professionnelle aux pesticides.

     

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