Recertification : la majorité des médecins est contre

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

16 avril 2018

Paris, France – « A terme, l’ensemble des médecins sera concerné par la recertification professionnelle », a indiqué le Pr Agnès Buzyn lors de la mise en place du comité de pilotage sur la question en février 2018.

Mais que pensent aujourd’hui les médecins de la recertification ?  C’est ce qu’a cherché à déterminer la revue Le Généraliste en réalisant sa propre enquête.

Les résultats ont été présentés lors du 12ème Congrès Médecine Générale France à Paris le 6 avril dernier [1]. Ils ont été commentés par le Pr Pierre-Louis Druais, président du Collège de la médecine générale et membre du comité de pilotage, par le Pr Robert Nicomède (CNOM) et par Vanessa Fortane, vice-présidente de ReAGIR, le syndicat représentant les jeunes généralistes.

Recertification : où en est-on ?

Pour rappel, à ce jour, la future procédure ne concernerait que les médecins diplômés au terme du 3ème cycle, soit les diplômés de 2021. Libéraux ou non, les médecins actuellement en exercice pourraient s’inscrire dans le processus de recertification sur le mode du volontariat. Le comité de pilotage sur la réforme de la recertification est composé d’hospitalo-universitaires, de jeunes, de membres de la HAS, du CNOM, de collèges professionnels, du Haut Conseil du DPC et d’usagers. Il est mené par le Pr Serge Uzan, doyen honoraire de Paris VI qui est chargé de rendre un rapport sur les modalités, la périodicité, le calendrier…de la recertification en septembre 2018.

Un médecin généraliste sur deux défavorable à la recertification

Au total, 664 médecins ont répondu à l’enquête réalisée sur legeneraliste.fr du 7 février au 13 mars 2018 et le moins que l’on puisse dire, c’est que la recertification est loin de faire l’unanimité.

Les médecins généralistes qui ont répondu à l’enquête sont en majorité défavorables à la recertification des compétences (53 %), un tiers y sont favorables et 14 % sont indécis. Ils sont 52 % à redouter cette nouvelle procédure.

Pour l’instant, les médecins généralistes perçoivent cette nouvelle obligation comme une contrainte administrative (39 %) plutôt que comme un outil de formation ou une évolution nécessaire pour justifier leur niveau de compétence (18 %).

Un quart d’entre eux y voit même une remise en cause de leur compétence ou de leur diplôme.

Si la recertification doit voir le jour, ils espèrent que cela sera le plus tard possible et sur la période la plus espacée possible : tous les 7 à 10 ans pour 56 % d’entre eux, et tous les 4 à 5 pour 24 % d’entre eux.

Pour le Pr Druais, ces craintes sont légitimes : « je suis surpris par le fait qu’un tiers soit d’accord. C’est courageux alors qu’on ne sait pas encore ce que va recouvrir la recertification. Les 53 % qui se disent méfiants on parfaitement raison. Ils ont peur d’être sanctionnés s’ils ne cochent pas toutes les cases ».

 
53% des médecins généralistes qui ont répondu à l’enquête sont défavorables à la recertification des compétences.
 

Etre évalué par ses pairs

Les médecins généralistes souhaitent à 53 % que la procédure de recertification soit pilotée par les collèges professionnels et non pas par l’Ordre des médecins (24 %) et par l’université (12 %) ou la HAS, l’agence DPC, le ministère de la santé ou la Caisse nationale d’assurance maladie (0 %).

Parmi les actions qui devraient valoir recertification, les médecins généralistes ont cité les actions de Développement Professionnel Continu (DPC) pour la grande majorité, les diplômes universitaires, la maîtrise de stage, les bilans de compétence.

« La majorité dit que la recertification doit être pilotée par la profession. Elle a raison. L’université peut contribuer à des mises à niveau sur le savoir mais, ici, on veut vraiment évaluer les compétences qui se construisent en situation. La tutorat, l’accompagnement, la maîtrise de stage, former des pairs, sont des actions qui relèvent de la compétence parce qu’il faut réfléchir à ce que l’on fait, savoir le transmettre et être capable de s’évaluer soi-même pour évaluer l’autre », a souligné le Pr Druais.

Un avis partagé par le Pr Robert Nicomede (CNOM) : « C’est la spécialité qui doit s’occuper de la recertification. L’ordre doit seulement veiller à ce que cela soit fait ».

Récompensée et financée par l’Etat

A la question de savoir si la recertification devrait apporter des avantages aux médecins qui auraient suivis la procédure avec succès, ils sont 47% à répondre par l’affirmative et 39 % par la négative. S’il devait y avoir des avantages, ils attendent d’abord une revalorisation des honoraires du forfait de structure devant la diminution des cotisations sociales.

La grande majorité des répondeurs ont estimé que c’était à l’Etat de payer cette procédure (72 %) ou à l’assurance maladie dans une moindre mesure. Globalement, 79 % des répondants souhaitent ne rien payer. Pour le Pr Druais, là-encore, les médecins ont raison de réclamer un budget de l’État.

 
C’est la spécialité qui doit s’occuper de la recertification. L’ordre doit seulement veiller à ce que cela soit fait  Pr Robert Nicomede
 

Sceptiques sur l’amélioration de la qualité des soins

Pour les médecins répondeurs, la mise en place de la recertification devrait peu impacter la qualité et la sécurité des soins. Ils sont 61 % à ne pas en attendre grand-chose et seulement 35 % estiment que cela pourra améliorer leur pratique.

« La seule chose qui peut améliorer la qualité des soins en France, c’est l’organisation des soins structurés.  Le dispositif de recertification permettra de repérer les 2 à 3 % de médecins qui sont dangereux mais l’immense majorité fait bien son travail…», a souligné le président du Collège de la médecine générale.

Le refus d’un système sanctionnant

Surtout, les médecins refusent que le système soit sanctionnant. Et, sur ce point, ils peuvent être rassurés. Le Pr Nicomede, représentant de l’ordre des médecins a indiqué : « On n’arrêtera pas ceux qui n’ont pas fait de recertification mais ceux qui sont dangereux ».

« Il ne faut pas que la recertification soit soumise à un droit d’exercice mais il sera peut-être plus facile de repérer les médecins dangereux grâce à la recertification », espère aussi Vanessa Fortane, la vice-présidente de ReAGIR.

 
On n’arrêtera pas ceux qui n’ont pas fait de recertification mais ceux qui sont dangereux  Pr Nicomede
 

Pour la représentante des jeunes généralistes, il ne faut pas que la démarche soit vue comme « santionnante », mais comme valorisante, « un gage de qualité pour la profession ». Elle doit même être vue comme aidante. « Une rencontre confraternelle tous les 5 ans, peut aussi sauver certains médecins qui sont en difficulté et qui n’arrivent pas à demander de l’aide », a-t-elle souligné.

Rendez-vous donc en septembre pour la remise du rapport du comité de pilotage chargé de préciser ce à quoi devrait réellement ressembler la recertification.

Mais, le Pr Drouais a déjà prévenu : « On veut aller vite et simple […] Si c’est une usine à gaz, je quitterai la mission avec pertes et fracas ».

 
Une rencontre confraternelle tous les 5 ans, peut aussi sauver certains médecins qui sont en difficulté et qui n’arrivent pas à demander de l’aide Vanessa Fortane
 

 

 

 

 

 

 

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