Le pancréas artificiel, pour quand et pour qui : 3 questions au Pr Hélène Hanaire

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

24 avril 2018

Pr Hélène Hanaire

Nantes, France – Quand le pancréas artificiel sera-t-il disponible en France et pour qui ? Le Pr Hélène Hanaire (chef de service de diabétologie, maladies métaboliques, nutrition au CHU de Toulouse et présidente de la SFD) a répondu lors d’une conférence de presse dédiée au congrès de la Société Francophone du Diabète (SFD) qui s’est déroulé fin mars 2018 à Nantes [1].

Medscape édition française : Où en est-on avec le pancréas artificiel français ?

Pr Hélène Hanaire : Le dispositif français de pancréas artificiel, Diabeloop, fait l’objet d’une démarche en cours pour obtenir un marquage CE. Il est actuellement testé dans 12 centres et chez 70 patients à leur domicile sur une période de 3 mois. Sa commercialisation dans le diabète de type 1 pour remplacer un pancréas défaillant, pourrait intervenir fin 2018. Après sa mise sur le marché européen, il faudra attendre un ou deux ans pour obtenir une prise en charge par l’Assurance maladie.

Pour rappel, la FDA a octroyé la première AMM au monde pour un pancréas artificiel aux Etats-Unis en 2016 (système boucle fermée MiniMed 670G, Medtronic ; algorithme PID). Le pied est mis dans la porte.

Medscape édition française : Quels patients pourront bénéficier d’un pancréas artificiel dans un premier temps, selon vous ?

Pr H. Hanaire : Pour l’instant, le champ d’application est le diabète de type 1. Nous avons un niveau de preuve avec des études dans le diabète moyennement déséquilibré ou chez la femme enceinte, chez l’enfant présentant des hypoglycémies. Mais, il y a un intérêt chez les patients qui ont un diabète instable et chez lesquels peut-être on aura un maximum de bénéfice.

Pour l’instant, il faut considérer que ces systèmes, même s’ils sont très impressionnants, sont tout de même soumis à des possibles pannes techniques du smartphone, défaut de communication, obstruction du cathéter de la pompe, décollement du capteur. Donc, ils devront donc être réservés, dans un premier temps, à des patients qui vont accepter de regarder ce qui se passe pour pouvoir éventuellement reprendre la main.

Y a-t-il encore d’autres freins à une utilisation plus étendue du pancréas artificiel ?

Pr H. Hanaire : De nombreuses études sont en cours pour potentialiser le dispositif. Les dispositifs actuels présentent des limites dans les situations où les besoins varient et où la réactivité doit être immédiate comme le moment des repas, la pratique du sport. A ce jour, la plupart sont donc des systèmes hybrides qui fonctionnent de façon automatisée mais nécessitent encore une intervention des patients à certains moments. Les recherches se poursuivent pour affiner les algorithmes dans ces situations spécifiques et rendre les dispositifs de plus en plus automatisés.

En parallèle, d’autres essais portent sur l’utilisation, pour la pompe implantable, de la voie intra-péritonéale, plus performante d’un point de vue cinétique que la voie sous-cutanée, avec en perspective, une meilleure précision et réactivité dans la délivrance de l’insuline.

Enfin, d’autre travaux cherchent à rendre les capteurs de glucose en continu plus performants.

Outre les challenges techniques, je suis consciente que le prix du dispositif est un frein à la diffusion du dispositif aux Etats-Unis.

 

Le Pr Hanaire a participé à des boards d’experts pour Medtronic.

 

 

 

 

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