Hypersensibilité électromagnétique : reconnue pour la première fois par l'Anses

Marine Cygler

Auteurs et déclarations

5 avril 2018

Maisons-Alfort, France – L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) vient de rendre son rapport d'expertise [1], très attendu dans le contexte actuel de controverse à la fois scientifique et sociétale, sur l'hypersensibilité électromagnétique (EHS). Pour la première fois, elle reconnaît l'existence de souffrance et donc plaide en faveur d'une prise en charge des personnes se déclarant EHS.

Dans ses rapports de 2013 (voir Ondes électromagnétiques et santé : un rapport timoré de l'Anses) et de 2016 relatifs aux risques potentiels pour la santé de l’exposition aux radiofréquences, l'Anses avait laissé de côté la question de l’électrosensibilité,  jugeant qu'une expertise spécifique était nécessaire, du fait de la grande complexité du sujet. C'est aujourd'hui chose faite avec cette expertise l'Anses. Réalisée entre 2014 et 2017 par un groupe de travail dédié de 40 experts, celle-ci est fondée sur l'analyse de la littérature disponible, d'une vingtaine d'auditions et d'une consultation publique qui a permis de recueillir 500 commentaires complémentaires.

L'EHS, appelée également « intolérance environnementale idiopathique aux champs électromagnétiques » (IEI-CEM), est décrite dans les publications scientifiques depuis une vingtaine d'années : sont détaillés des cas de personnes souffrant de troubles divers attribués à des expositions aux champs émis par les appareils électroménagers, les installations électriques ou encore les objets de communication. Avec la multiplication des sources de radiofréquence (Bluetooth, Wi-Fi, Wimax, téléphonie mobile...), les impacts sanitaires des ondes sont devenus un sujet majeur pour l'Anses, qui a voulu aussi mieux comprendre les cas d'EHS.

L'EHS, c'est quoi ?

Selon la définition de l'OMS, trois critères caractérisent l'EHS :

1. La perception par les sujets de symptômes fonctionnels divers non spécifiques (troubles du sommeil, maux de tête, symptômes cutanés, …) ;

2. L'absence de cause clinique et biologique permettant d'expliquer ces symptômes ;

3. L'attribution, par les sujets eux-mêmes, de ces symptômes à une exposition à des champs électromagnétiques, eux-mêmes diversifiés.

L'Anses n'a pas mis en évidence de « critères de diagnostic de l’EHS validés ». Ainsi «la seule possibilité pour définir l’EHS repose sur l’auto-déclaration des personnes. »

Toujours pas de relation causale

Selon l'Anses « les douleurs et la souffrance (maux de tête, troubles du sommeil, de l’attention et de la mémoire, isolement social, etc.) exprimées par les personnes se déclarant EHS correspondent à une réalité vécue, les conduisant à adapter leur quotidien pour y faire face ». Pour autant, alors que le groupe d'experts a exploré un grand nombre d’hypothèses pour comprendre ces symptômes (dysfonctionnement du système nerveux autonome, rôle du système nerveux central, terrain migraineux, dysrégulation du cycle veille-sommeil, ...), aucun lien de cause n'a été mis en évidence entre les symptômes dont souffrent les personnes se déclarant EHS et leur exposition aux ondes électromagnétiques.

 
Les douleurs et la souffrance exprimées par les personnes se déclarant EHS correspondent à une réalité vécue.
 

Quelle prise en charge par le système de soins ?

Les experts de l'Anses préconisent une prise en charge des personnes se déclarant EHS. Pour que la prise en charge soit la meilleure possible, ils soulignent l'importance que s'établisse un climat de confiance entre les personnes se déclarant EHS et les professionnels de santé. Ceux-ci se doivent d'être particulièrement attentifs à l'état de souffrance (physique et/ou psychique) qui « nécessite et justifie une prise en charge adaptée par le système de soins ». Comment les professionnels de santé peuvent-ils prendre en charge l'EHS ? C'est là que le bât blesse. Les experts ne peuvent pas à ce jour répondre à la question.

Ceci dit, le rapport recommande de solliciter la Haute autorité de santé afin d’examiner la pertinence de formuler des recommandations destinées aux professionnels de santé. Il souligne le développement nécessaire de la formation des professionnels de santé sur les effets des radiofréquences sur la santé. Il recommande enfin à l'autorité sanitaire de « demander à la Société française de médecine du travail d'étudier la faisabilité d'un guide de bonnes pratiques de prise en charge des personnes se déclarant EHS en milieu professionnel ».

 
Les experts de l'Anses soulignent l'importance que s'établisse un climat de confiance entre les personnes se déclarant EHS et les professionnels de santé.
 

En conclusion, l'Anses souligne la nécessité de poursuivre les travaux de recherche sur l'EHS en s'appuyant sur trois recommandations :

1- renforcer les interactions entre scientifiques et associations de personnes se déclarant EHS ;

2- soutenir la mise en place d'infrastructures de recherche adaptées à l'EHS, pour réaliser notamment des études de suivi à long terme, et en veillant à ce que les conditions expérimentales soient contrôlées et prennent en compte les conditions de vie des personnes se déclarant EHS ;

3- pérenniser le financement de l'effort de recherche, notamment fondamentale, sur les effets des radiofréquences. 

 

 

 

 

 

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