Syndrome de l’intestin irritable: la majorité des patients ont des troubles sexuels

Vincent Richeux

2 avril 2018

Paris, France   Parmi les patients souffrant d’un syndrome de l’intestin irritable (SII), deux femmes sur trois et un homme sur deux ont une sexualité altérée, selon une enquête menée en France. Les résultats ont été présentés lors des Journées Francophones d'Hépato-gastroentérologie et d'Oncologie Digestive (JFHOD 2018) [1].

Considéré comme une maladie bénigne, le syndrome de l’intestin irritable (SII) peut toutefois avoir des répercussions importantes sur la qualité de vie des personnes atteintes. Cette colopathie fonctionnelle se manifeste, de manière chronique ou par poussées, par des douleurs abdominales et des troubles du transit plus ou moins incommodants.

Questionnaires en ligne

De précédents travaux ont montré que la maladie peut notamment avoir un impact non négligeable sur la sexualité, au point d’altérer la vie de couple. C’est ce qu’ont voulu vérifier le Pr Jean-Marc Sabaté (Hôpital Avicenne, Bobigny, AP-HP) et ses collègues en interrogeant des personnes atteintes de ce syndrome pour tenter également de caractériser le lien avec d’éventuels troubles sexuels.

Pour cela, ils sont entrés en contact avec les adhérents de l’Association des patients souffrant du SII (APSSII) pour les inviter à participer à un questionnaire en ligne. Pour chacun des participants, des données de santé supplémentaires ont été récoltées pour en savoir plus sur la maladie (durée d’évolution, sous-type, répercussions psychologiques…).

Pour les femmes, le questionnaire visant à rechercher une dysfonction sexuelle s’appuie sur 19 questions portant sur le désir, l’excitation, la lubrification, l’orgasme, la satisfaction et la douleur. Il permet d’établir un score FSFI (Female Sexual Fonction Index), qui défini une fonction sexuelle altérée pour un score FSFI<26,5.

Chez l’homme, le questionnaire permet de calculer un score IIEF (International Index of Erectile Function). Il se compose de 15 questions sur l’érection, l’orgasme, le désir, la satisfaction liée au rapport sexuel et la satisfaction globale, auxquelles s’ajoutent 6 autres questions pour évaluer précisément la fonction érectile. Un score IIEF<42,9 révèle une dysfonction sexuelle.

Quelle charge pour les conjoints?

Les conjoints ayant accepté de participer ont également été interrogé avec un « questionnaire d’évaluation du fardeau ». On leur a demandé notamment s’ils ont des craintes concernant l’avenir de leur partenaire, s’il ont l’impression que leur vie sociale s’est altérée à cause de la maladie ou encore s’il ressentent parfois que les soins qu’ils apportent sont une charge.

L’enquête a été réalisée auprès de 257 participants souffrant d’un SII, soit près de la moitié des adhérents de l’association. L’âge moyen est de 46 ans et les trois-quarts d’entre eux sont des femmes. Ils ont déclaré être atteints de colopathie depuis 7,5 ans en moyenne et la grande majorité (87%) avaient déjà eu un examen par coloscopie.

La moitié des participants souffrait d’une forme sévère de la maladie (Score IBS>300). Le syndrome se caractérisait, dans 42% des cas, par une forme mixte alternant diarrhée et constipation, tandis que les formes avec diarrhée seule ou constipation seule représentaient respectivement 24% et 33% des cas.

Pas de lien avec la sévérité de la maladie

Concernant la situation familiale, 66% étaient mariés ou en couple, avec une durée médiane de la relation de 13 ans. Près de la moitié des participants avaient déjà vécu une séparation et dans 10% des cas, celle-ci était, selon eux, liée à des problèmes de sexualité induits par la maladie.

 

Les résultats de l’étude révèlent une dysfonction sexuelle chez deux-tiers des femmes (67%). Chez les hommes, plus de la moitié (53%) ont présenté un score faisant état de troubles sexuels. La dysfonction érectile était moyennement sévère, voire sévère pour respectivement 38% et 20% d’entre eux.

Autant chez les hommes que chez les femmes, la présence de troubles sexuels n’est pas corrélée à l’âge, à la sévérité de la maladie ou à plusieurs caractéristiques du syndrome (douleurs abdominales, durée d’évolution…). Parmi ces caractéristiques, seule la présence de ballonnements chez la femme a pu être associée à une sexualité altérée.

Pour les conjoints, le score de fardeau moyen atteint 24 (sur une échelle de 0 à 88), ce qui correspond à une charge légère. Pour la moitié des conjoints, la charge est nulle (score<20). « Cette étude confirme aussi que dans un cas sur deux le syndrome de l’intestin irritable peut impacter le conjoint », a souligné le Pr Sabaté.

Des conjoints compréhensifs

Toutefois, « il est intéressant de constater qu’il n’existe pas de corrélation entre la charge ressentie par le conjoint et la sévérité de la maladie ». En interrogeant le conjoint sur sa relation amoureuse, l’équipe conclut que cette absence de corrélation serait liée à l’état de la relation amoureuse. « Plus la relation est bonne, moins il y a d’impact sur le conjoint ».

Par ailleurs, quasiment tous les conjoints interrogés (92%) considèrent le syndrome comme une vraie maladie. Et, ils sont tout aussi nombreux à estimer que leur partenaire ne prend pas le prétexte de la maladie uniquement pour éviter les relations sexuelles.

Dans le cadre de la prise en charge du syndrome de l’intestin irritable, « il faut interroger les patients sur ces problèmes de sexualité. Il semble aussi nécessaire d’intégrer les conjoints pour les sensibiliser » au risque de troubles sexuels, a conclu le Pr Sabaté.

Selon lui, d’autres recherches devront être menées pour identifier les mécanismes en jeu afin de pouvoir mettre en place une prise en charge plus ciblée.

 

 

 

 

 

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