Cancer colorectal : la distribution des kits de dépistage va être élargie

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

26 mars 2018

Paris, France Le Journal officiel du 22 mars 2018 a publié un arrêté modifiant le cahier des charges relatif au dépistage organisé du cancer colorectal[1]. Il présente un élargissement de la liste des professionnels de santé habilités à remettre le kit de dépistage et permet l’envoi du test directement par courrier, à partir de la deuxième relance. La publication de ce nouveau cahier des charges a été annoncée au cours d’une conférence de presse lors des Journées Francophones d'Hépato-gastroentérologie et d'Oncologie Digestive (JFHOD 2018).

Le dépistage organisé du cancer colorectal est proposé, tous les deux ans, aux hommes et aux femmes âgées de 50 à 74 ans. Depuis 2015, il s’appuie sur la recherche de sang dans les selles par un test immunologique (OC-Sensor®) réalisé à partir d’un prélèvement unique, qui a remplacé le test au gaïac (Hemoccult II®). 

Gynécologues et hépato-gastroentérologues impliqués

Les personnes ciblées sont personnellement invitées par courrier à retirer le kit de dépistage chez leur médecin traitant lors d’une consultation. L’arrêté précise que le kit peut aussi être remis par un gynécologue, un hépato-gastroentérologue et par « un médecin d’un centre d’examen de santé du régime général de l’assurance maladie ». Dans ce dernier cas, le kit est remis en priorité aux personnes éligibles n’ayant pas déclaré de médecin traitant.

« Au maximum cinq mois après la première invitation et en l’absence de refus documenté ou d’information sur l’inéligibilité de la personne dépistée, un premier courrier de relance est adressé aux personnes qui n’ont pas encore réalisé l’examen de dépistage », précise le nouveau cahier des charges.

Un second courrier de relance est envoyé « neuf à dix mois après la première invitation (sans dépasser un délai de 12 mois) ». Un kit de dépistage est joint à ce second courrier « lorsque la personne a participé au moins à l’une des trois précédentes campagnes de dépistage organisé du cancer colorectal ».

« On se battait depuis des mois pour faire évoluer les modalités de ce dépistage, qui ne marche pas très bien et qui déçoit », a commenté le Dr Frank Zerbib (CHU de Bordeaux). « Il faudra encore probablement se battre pour élargir davantage la distribution des kits ».

 
Il faudra encore probablement se battre pour élargir davantage la distribution des kits Dr Frank Zerbib
 

Un taux de participation à 33%

La possibilité d’impliquer les pharmaciens dans cette distribution a été suggérée aux pouvoirs publics, a indiqué le gastro-entérologue. Malgré les résultats positifs obtenus lors des expérimentations, la proposition n’a pas été retenue. « Il faudra attendre d’autres données. Les pharmaciens sont très favorables, même sans honoraires. C’est une piste qu’il faut encourager ».

Avec ces nouvelles modalités, « l’objectif est d’atteindre un taux de participation au dépistage organisé de 40 à 45% », a ajouté le Dr Zerbib. Un objectif déjà affiché lors de l’arrivée du test immunologique, avec une hausse prévue de 10 à 15% pour espérer à arriver en quelques années au seuil des 50%. « On a pu dépasser les 30% de participation avec le test immunologique, mais les résultats restent décevants ».

On a pu dépasser les 30% de participation avec le test immunologique, mais les résultats restent décevants  Dr Zerbib
 

Selon les dernières données de Santé publique France, 5,6 millions de personnes ont réalisé un test immunologique de dépistage du cancer colorectal entre 2016 et 2017, soit un taux de participation de 33,5%, en légère hausse par rapport à la période 2015-2016, qui a enregistré un taux de 28,6%.

On observe toujours une forte disparité géographique, avec des taux de participation <25% pour les départements de la Corse, de l’Ardèche ou de Paris. Les taux les plus élevés sont retrouvés en Saône-et-Loire (47,3 %) et en Ille-et-Vilaine (50,6 %), où l’envoi du test immunologique lors de la deuxième relance est expérimenté expliquant ces bons résultats (voir ci-dessous).

Résultats positifs de l’envoi du test à domicile

Les résultats de l’essai expérimental mené en Ille-et-Vilaine ont d’ailleurs fait l’objet d’une présentation aux JFHOD [2]. L’étude montre que l’envoi postal du test a permis une hausse de 15% de la participation au dépistage. Sans l’envoi du kit, le taux de participation n’aurait été que de 36,6%.

Cette modalité a également permis une augmentation de la participation des hommes. « Après l’envoi postal des tests, l’écart des taux de réponse entre les hommes et les femmes tend à se réduire. Les hommes semblent sensibles à l’idée de ne pas avoir à se déplacer chez leur médecin », a commenté le Dr Christine Piette (ADECI 35, Rennes), qui a coordonné l’étude.

Au final, les tests réalisés après l’envoi représentent 29% de l’ensemble des tests effectués. Au cours de la phase d’essai qui s’est déroulé de 2015 à 2017, « un tiers des cancers ont été dépistés grâce à cet envoi postal », a précisé le Dr Piette. « Le taux de détection des cancers s’est avéré plus important chez les personnes qui ont répondu après l’envoi ».

 
L’envoi postal du test a permis une hausse de 15% de la participation au dépistage
 

Toutefois, le taux de réponse des personnes qui n’ont jamais participé au dépistage était de 12% après l’envoi du kit, contre 66% chez celles qui ont déjà effectué au moins un test de dépistage. « La faible réponse chez les personnes réfractaires doit inciter à mieux sélectionner les personnes devant bénéficier de l’envoi postal ».

 
Un tiers des cancers ont été dépistés grâce à cet envoi postal  Dr Christine Piette
 

Des freins multiples

L’envoi du test de dépistage aux non-répondants après une première invitation à consulter son médecin était déjà appliqué pour le test Hemoccult. La modalité a été supprimée avec l’intégration du test immunologique, sans doute par excès de confiance vis-à-vis d’un test qui devait être mieux accepté, compte tenu notamment de sa facilité d’utilisation, a rappelé le Dr Zerbib.

Plusieurs freins pourraient expliquer la faible participation à ce dépistage généralisé. « Les gens ne se sentent pas concernés », avance le gastro-entréologue, qui évoque également des réticences vis-à-vis d’un test pouvant amener à des examens plus poussés touchant une zone anatomique, source de tabous.

La culture méditerranéenne est souvent citée pour justifier les réticences à se faire dépister. « C’est faux », affirme le Dr Zerbib. « En Italie, les taux de participation sont de 60 à 70% ». Des résultats qui seraient liés à une organisation du dépistage « qui ne s’appuie pas uniquement sur les médecins ».

 

 

 

 

 

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