POINT DE VUE

Automesure de la PA: quelles sont les conditions d’efficacité ?

Dr Boris Hansel

Auteurs et déclarations

23 mars 2018

Le blog du Dr Boris Hansel - Diabétologue et nutritionniste

TRANSCRIPTION

Aujourd’hui, je vais vous parler de l’autosurveillance de la pression artérielle. Demander aux patients de s’autosurveiller, est-ce efficace ? Je pose la question chez les patients diabétiques qui, par ailleurs, s’autosurveillent souvent pour la glycémie, mais également de façon plus générale pour la population des patients qui ont simplement une hypertension artérielle. La littérature scientifique a été relativement riche ces dernières années sur cette question et on peut dire que les réponses commencent vraiment à s’éclaircir.

Donnons un message clair : l’automesure tensionnelle, comme l’autosurveillance glycémique, ne sert à rien quand il n’en découle pas une attitude claire, soit d’autoadaptation du traitement pour laquelle le patient a été éduqué, soit une adaptation automatique par un soignant qui consulte les données d’automesure. Maintenant, quand il y a automesure associée à une intervention thérapeutique, est-ce efficace ?

Avant d’évoquer une étude récente qui est parue dans le Lancet en février 2018, je voudrais revenir sur une autre publication, qui pour moi est une étude de référence dans le diabète. C’est l’étude Telescot[1] parue en 2016 dans la revue PLOS Medicine, qui avait testé l’autosurveillance conjointe de la glycémie, de la pression artérielle et du poids chez des patients diabétiques traités sans traitement par insuline. Alors il faut faire attention : dans cette étude, les résultats d’automesure étaient systématiquement transmis à des professionnels de santé par l’intermédiaire d’un site Web sécurisé. Ces résultats étaient examinés avec, en retour, des adaptations thérapeutiques quand c’était nécessaire, que ce soit pour la glycémie ou la pression artérielle. Donc il faut bien dire qu’il s’agit d’une autosurveillance associée à un télésuivi ou encore appelé « télémonitoring » par des soignants. Les résultats montraient qu’à neuf mois on a une amélioration significative de l’hémoglobine glyquée et également une amélioration significative de la pression artérielle. Ces améliorations étaient de même ampleur que celles qu’on obtient avec certains médicaments antidiabétiques et antihypertenseurs.

Maintenant, que peut-on dire de l’étude (TASMINH4) [2] qui vient de paraître dans Lancet ? Globalement elle confirme l’intérêt de l’autosurveillance tensionnelle, cette fois dans une population de patients hypertendus qui sont non contrôlés, mais qui ne sont pas spécialement diabétiques, puisque moins de 10 % des patients présentaient un diabète. Pour être plus précis, dans cette étude il y avait trois groupes :

  1. avec suivi tensionnel uniquement lors des consultations médicales (c.-à-d. le groupe témoin sans automesure tensionnelle) ;

  2. avec une automesure tensionnelle simple (c.-à-d. sans télémonitoring) ;

  3. avec automesure et envoi des résultats par SMS.

Ce qui peut perturber, au premier abord, c’est que dans cette étude on a l’impression que le télémonitoring (donc avec envoi des données par SMS par les patients) semble ne rien apporter par rapport à une autosurveillance simple. Je voudrais attirer votre attention sur le fait que quand on regarde la méthodologie de plus près, les patients qui sont dans le groupe sans télémonitoring devaient toutefois envoyer leurs mesures par courrier dans une enveloppe préaffranchie. Alors on n’a pas les données concernant l’adhésion des patients — est-ce qu’ils ont vraiment renvoyé leurs données et est-ce que ces données ont été étudiées par les soignants qui les recevaient ? J’espère qu’elles seront publiées, mais on peut imaginer que dans un essai clinique où tant les soignants que les patients sont inclus sur la base d’un suivi de leur tension artérielle, ils ont joué le jeu et envoyé leurs données et, pour moi, il s’agit également ici d’un télémonitoring, même si ce n’est pas avec des techniques « modernes ».

Donc si on résume l’ensemble de ces données, je pense qu’on peut dire que tout va dans le même sens : l’autosurveillance, quand elle est associée à un télésuivi, est efficace pour améliorer aussi bien les chiffres de pression artérielle que les chiffres de glycémie. En pratique que faut-il faire ? Trois choses à mon sens :

  • d’abord faire attention à ce qu’il y ait des outils de télétransmission simples pour le patient. Cela pouvait être [autrefois] l’envoi par courrier postal, mais aujourd’hui on ne peut pas imaginer qu’on demande à des patients d’envoyer leurs données autrement que par les techniques [modernes], par le téléphone ou par le Web ;

  • pour que cela fonctionne, il faut que les outils de télésurveillance soient simples pour le médecin et le soignant en général — on sait bien que si ce n’est pas le cas, ce ne sera pas utilisé pour cause de perte de temps ;

  • et évidemment, mais il faut toujours le rappeler, il faut trouver le modèle économique qui permettra au soignant de télésurveiller son patient sans avoir l’impression de perdre du temps, parce que même s’il sait qu’il va faire du bien à son patient, s’il y a perte de temps, il ne le fait pas.

Je vous remercie de votre attention et je vous dis à très bientôt sur Medscape.

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