Infections urinaires de la femme : comment éviter les récidives ?

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

27 mars 2018

Dans cet article

Dr Isabelle Tostivint

Paris, France – Les infections urinaires sont la plupart du temps banales, bien que non dénuées de risque de complications, notamment rénales sur certains terrains propices. « Selon le rapport Rein, 4,3% des femmes (176) sont entrées en dialyse en 2017 suite à une pyélonéphrite » a indiqué le Dr Isabelle Tostivint (service de néphrologie, hôpital Pitié-Salpêtrière) et membre de la Fondation du Rein lors d’une présentation sur le sujet [1].

Fréquentes, douloureuses, touchant la femme à tous les âges, les cystites sont une spécialité féminine, un « privilège » dont les femmes se passeraient bien. En dépit de leur fréquence (voir encadré chiffres) et de leurs conséquences sur la qualité de vie (voire sur la santé), « les infections urinaires souffrent d’une représentation symbolique pauvre et ne passionnent pas les foules » a regretté la néphrologue. « Pourtant, elles masquent une situation bien plus complexe qu’on ne le croit, et l’approche pluridisciplinaire est probablement très intéressante pour plus d’efficacité ».

 
Les infections urinaires souffrent d’une représentation symbolique pauvre et ne passionnent pas les foules Dr Isabelle Tostivint
 

L’infection urinaire en chiffres :

2 à 5 millions/an de femmes sont concernées (selon les études)

1 femme 2 fera une au cours de sa vie

1er motif de prescription d’antibiotiques en ville chez la femme jeune

27 à 44% de rechutes dans les 6 mois (5 à 20% en font plus de 3/an)

1ère cause de bactériémie

1ère cause d’infections nosocomiales

1 à 2% complications graves

1. Qu’appelle-t-on infection urinaire ?

Les infections urinaires sont dues à des bactéries présentes dans le côlon (Escherichia coli dans 50 à 90% des cas) qui migrent dans les voies urinaires via l’urètre. Pour des raisons anatomiques – le conduit urétral est plus proche de l’anus et l’urètre est plus court chez les femmes– les infections urinaires sont plus fréquentes chez celles-ci que chez leurs homologues masculins. Quand les bactéries remontent jusqu’à la vessie où elles colonisent cet organe, on parle de cystite (sans fièvre). Cette pathologie est sans complication quand elle est prise à temps mais peut conduire à une pyélonéphrite (infection du rein bien plus grave avec fièvre et bactériémie) si elle est négligée.

  • Bas appareil urinaire : cystite aiguë simple de la femme adulte

En l’absence de signe systémique (pas de fièvre, ni douleur lombaire, ni altération de l’état), des symptômes de type brûlures mictionnelles, pollakiurie, dysurie, pesanteur pelvienne et modification des urines signent une cystite, laquelle est confirmée par une bandelette urinaire positive. Dans le cas de la cystite aiguë simple de la femme adulte, l’ECBU n’est pas recommandé (sauf terrain particulier) et le traitement par antibiothérapie très codifié par les différentes sociétés savantes (SPILF, AFU, …) même s’il a évolué ces dernières années pour donner le moins d’antibiotiques possible afin de garder une écologie microbienne respectable.

Comment interpréter la bandelette urinaire ?
  • Lecture à température ambiante (après 1 ou 2 minutes selon les indications de chaque fabricant)

  • Positivité : valeur d’orientation, ne permet pas d’affirmer une infection urinaire et devra être suivi d’un ECBU (sauf cystite)

  • Négativité : diagnostic d’infection urinaire exclu. Quelques cas de faux-négatifs : présence de germes ne produisant pas de nitrates, alimentation pauvre en nitrates, prise de diurétiques… -> en cas de BU négative malgré une forte suspicion d’infection urinaire, un ECBU devra être prescrit.

  • Haut appareil urinaire : pyélonéphrite aiguë

La pyélonéphrite se caractérise par la présence de douleurs lombaires/fièvre et/ou frisson/nausées/vomissements, en plus d’une modification de l’urine, et constitue une urgence diagnostique et thérapeutique qui demande un examen cytobactériologique et radiologique pour éliminer un obstacle. Le risque de complications est réel sous la forme d’abcès rénal lorsque la prise en charge est tardive, voire même de destruction du rein en cas de pyélonéphrites chroniques. Là encore, le traitement est très codifié et repose sur une antibiothérapie, en restant prudent avec la nitrofurantoïne (Furadantine®), un antibactérien de la famille des nitrofuranes, dont l’usage n’est pas sans risque.

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