POINT DE VUE

Sevrage tabagique et troubles du comportement alimentaire : quel rôle pour l’hypnose ?

Dr Jean-Marc Benhaiem

Auteurs et déclarations

18 mars 2018

L’hypnose peut être utilisée pour traiter les addictions telles que le tabagisme ou l’hyperphagie. Explications du Dr Benhaiem.

TRANSCRIPTION

Jean-Marc Benhaiem — Bonjour, je suis Jean-Marc Benhaiem, médecin généraliste, et quand j’ai découvert l’hypnose il y a 35 ans, j’ai tout de suite ressenti que cela ajoutait une possibilité thérapeutique, en particulier une modification de perception. C’est dans les addictions que j’ai commencé à utiliser l’hypnose et plus précisément sur le sevrage tabagique.

Le sevrage tabagique

Il me semblait que pour qu’une personne puisse se détacher du tabac, du rituel, d’une certaine croyance, il fallait passer par un procédé qui serait l’imagination… quelque chose qui ne soit pas de la volonté mais « comment je modifie la sensation que j’ai, la croyance que j’ai. » Par exemple, la personne va dire « le tabac, c’est mon apaisement, c’est mon remède pour le stress, c’est mon ami… et évidemment, si je perçois les choses ainsi, cela va être difficile de me détacher. » Il fallait à la fois que la personne elle-même commence à modifier pour pouvoir consulter, c’est-à-dire qu’à l’inverse elle va dire « oui, enfin, ce n’est peut-être pas mon ami, cela ne résout pas les problèmes, pour faire une pause, peut-être je pourrais faire autrement… » et l’hypnothérapeute va confirmer et par exemple si la personne dit « quand même, c’est un plaisir et puis cela m’aide à vivre, » le soignant va dire « peut-être que cela aide plutôt à mourir, non ? » C’est-à-dire, il va à la fois troubler et déplacer l’attention… comme si on gâchait justement le plaisir que la personne avait, mais cela commence déjà chez elle, c’est pour ça qu’elle a pu venir.

Les études cliniques nous donnent aussi confiance. Il y a une étude américaine dans un hôpital de Chicago par Faysal Hasan, qui a trouvé qu’il y avait 50 % de patients à six mois qui, après l’hypnose, gardaient toujours le sevrage, c’est-à-dire gardaient la bonne distance avec le tabac alors qu’il n’avait que 18-19 % avec le timbre. Nous, c’est ce qu’on avait aussi dans nos expériences personnelles cliniques, mais c’est toujours bien d’avoir une étude bien menée. Ce qui est intéressant, c’est que l’hypnose n’est pas une méthode de plus pour arrêter de fumer, par exemple, pour une addiction. En fait, c’est le chemin approprié pour que quelqu’un qui est obsédé par un rituel se « désobsède ». Qu’on appelle ça hypnose ou autrement, cela nous est complètement égal. La personne perd son espèce d’emprise qu’il y avait sur elle — elle était, donc presque dans un mode passionnel en disant « c’est à moi, c’est ma peau, c’est mon passe-temps, c’est mon remède pour le stress… » et cette confusion, finalement, commence à tomber. Et c’est là que l’hypnothérapeute intervient en disant « Oui. Vous étiez, effectivement, dans une confusion, dans un trouble de la perception, vous étiez dans une distance qu’il y avait par rapport à vous-même et le chemin pour guérir serait, par exemple, de retrouver votre corps, de retrouver la blessure, de retrouver le désagrément, c’est-à-dire de retrouver la réalité. » Cela veut dire que les humains que nous sommes ont la possibilité de quitter la réalité en la transformant, en disant « Non. Pas du tout. Ça m’aide à vivre » alors que c’est l’inverse, en disant « c’est mon ami » alors que non, ce n’est pas un ami, en disant que c’est un remède alors que cela rajoute des problèmes. On peut tout à fait inverser les choses — c’est triste, mais cela fait partie de nos possibilités. Heureusement, on peut aussi remettre dans l’axe et la personne peut sortir de cette emprise qui est considérable, puisque pendant des années elle s’est intéressée à une plante mortelle. Pendant des années, elle a focalisé sur une plante malveillante — c’est dire à quel point nous sommes très influençables. Souvent on nous demande : « mais est-ce que je suis influençable avec l’hypnose, est-ce que vraiment l’hypnose peut être une bonne stratégie, une bonne technique, une bonne façon pour moi, pour guérir ? » En fait oui, nous sommes très influençables, avec des degrés différents. Il y a des personnes — à peu près 15 % — qu’on dit très suggestibles, chez qui nous allons pouvoir faire des suggestions directes, parce que tout ce qu’on leur propose, cela leur convient — mais toujours dans un contexte de soins. Il y a des personnes qui sont moyennement suggestibles — c’est le groupe le plus important, de l’ordre de 70 % environ. Et puis, il y a des personnes qu’on dit peu suggestibles — de nouveau 15 %. Comme elles sont peu suggestibles, c’est-à-dire qu’elles se méfient un peu de la stratégie : « qu’est-ce qu’il va dire, qu’est-ce qu’il va faire, est-ce que ça va me convenir ? » Alors cette fois-ci les suggestions directes ne conviennent pas : il faut utiliser des suggestions indirectes où la personne, qui est toujours très influençable puisqu’elle fume depuis 20 ans sans se rendre compte de la souffrance, de l’empoisonnement, donc on peut tout à fait lui embrouiller la tête, d’ailleurs l’industrie fait ça très bien, mais il faut quand même utiliser des stratégies indirectes qui vont permettre à la personne d’accepter les propositions d’une manière où elle va pouvoir se les approprier.

Donc, dans le sevrage tabagique, c’est assez simple : la personne retrouve son corps, elle retrouve les brûlures, l’empoisonnement, elle retrouve un réflexe, elle retrouve l’allergie — puisque tout est déjà là — et, une fois qu’elle a retrouvé cette façon-là, en particulier son corps, alors il se crée une espèce d’incompatibilité qu’elle va souvent pouvoir garder toute sa vie.

Les troubles du comportement alimentaire

Dans les troubles du comportement alimentaire — il y a plusieurs troubles bien sûr où l’hypnose peut intervenir — le plus souvent, le trouble est une hyperphagie. La personne se remplit de produits gras, sucrés, alcoolisées, pareillement en espérant que cela va la détendre, la calmer, que cela va être agréable, que le plaisir qu’on en ressent va pouvoir calmer le stress, l’inquiétude, la fatigue. C’est de nouveau un malentendu et de nouveau l’industrie favorise puisqu’elle se cherche des clients. L’hypnose serait donc le moyen qui est à notre disposition pour retrouver un chemin qui serait le nôtre, pas le chemin de l’industrie ou le chemin de la famille ou le chemin de je ne sais qui. C’est le chemin du corps. Beaucoup d’exercices sont centrés sur : « pouvez-vous retrouver votre corps ? » Et c’est un corps empoisonné. « Pouvez-vous retrouver la graisse, la perception de la graisse ? Pouvez-vous retrouver une fatigue, une douleur, des genoux qui portent la charge, un essoufflement ? Pouvez-vous retrouver quelque chose qui va vous guider ? » Donc, on ne cherche pas à mettre des suggestions bizarres, comme on le voit au music-hall, non. Nous, on veut la réalité. La personne retrouve un corps blessé. Et blessé par quoi ? Par des produits qui ne sont pas des aliments, des produits gras, sucrés, fabriqués, synthétisés, purifiés. Notre travail est que la personne puisse se détacher et trouver cela tranquille, bien sûr que ce ne soit pas une privation, et qu’elle puisse s’attacher — souvent c’est le cas — à des fruits, à des légumes, à marcher, courir, nager… On fait en sorte qu’elle revienne dans un mode actif où elle a son mot à dire, où elle peut se défendre face à des propositions de produits qui ne sont pas adaptés au corps humain et le corps humain cherche à les rejeter. Donc, le chemin que va utiliser le patient va être son chemin pour retrouver une meilleure santé. L’objectif, comme vous l’avez compris, n’est pas de manipuler quelqu’un — ce serait tout à fait bizarre. Qui manipule ? Ce sont l’industrie et parfois les habitudes culturelles. L’objectif est que la personne puisse entrer en relation avec son corps et puisse dire « non » d’elle-même à des produits qui ne sont pas compatibles avec l’organisme. Comment on sait qu’ils ne sont pas compatibles avec l’organisme ? Parce qu’on les met sous la peau et cela devient de la graisse. Donc l’objectif n’est pas de forcer quelqu’un à quelque chose, non. C’est qu’il ressente, dès qu’il va voir par exemple un aliment gras ou sucré, tout de suite que c’est comme un morceau de graisse parce que c’est ce qu’il va devenir dans son corps. À l’inverse, dès que la personne va voir un fruit — qu’elle aime bien, bien sûr — elle va le voir tout de suite comme un morceau de vie. C’est-à-dire que c’est ça qui nous maintient en vie, qui nous apporte de la vie : les vitamines, les sels minéraux… Donc c’est le clivage, c’est maintenant de nouveau le chemin du patient qui va faire le tri – on ne cherche pas la perfection, évidemment — entre ce qui n’est pas un aliment et ce qui est un aliment.

Conclusion

En pratique, le patient arrive, on écoute puisque le chemin qu’on va utiliser est le chemin du patient. Il va nous dire « voilà, le tabac, j’en ai marre » par exemple. On écoute sa plainte et on va proposer des exercices qui ont rapport à ce qu’il vient de dire — « J’aime bien ma liberté, je n’aime pas dépendre » — et on a, nous, des exercices qui vont s’adapter à ce qu’il vient de dire.

Pour le sevrage tabagique, on peut faire une seule séance et voir ce qui se passe. C’est bien de faire un suivi. Toutes les études cliniques montrent que les résultats sont meilleurs si on fait un suivi, c’est-à-dire qu’on reste à disposition du patient pour qu’il puisse consulter vite, en urgence, s’il sent qu’il est en difficulté. Mais très souvent, une seule séance suffit. Pour le comportement alimentaire, une séance peut aider, mais souvent c’est bien de l’accompagner, de faire deux, trois séances jusqu’à ce que la personne s’installe bien dans ce détachement. Alors, elle s’installe aussi dans le fauteuil, on lui parle, on lui propose un exercice : « voulez-vous ressentir votre corps ? Oui. Et la personne doucement se met à fermer les yeux. Est-ce que vous êtes là, vous ressentez bien vos bras ? Oui. Et la graisse ? Oui. Et la souffrance ? Oui. Et d’où vient cette souffrance ? Ah, eh bien, oui, j’ai mangé hier plein de gâteaux. Pouvez-vous ressentir leur présence ? » On entre dans la réalité. On ne fuit pas le problème. Jusqu’à ce que la personne développe soit une indifférence envers des produits gras, sucrés, toxiques, soit simplement une méfiance. Alors qu’avant elle avait des impulsions d’attirance — « c’est ça qui va me détendre » — elle modifie sa posture pendant la séance elle dit « oui, en fait, je le regarde et je les trouve moins excitants. Effectivement, je vais commencer à m’en méfier. » Et c’est comme ça qu’elle va pouvoir perdre du poids par exemple, et dire « ça y est, je n’ai plus l’emprise, je me sens tout à fait tranquille, libre. » Vous voyez, l’hypnose c’est toujours pour enlever une emprise, une emprise d’une douleur, d’une addiction, d’une substance, d’une plainte, d’un souvenir, d’un traumatisme. La personne redevient libre.

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