Hypnose au bloc opératoire : comment ça marche?

Dr Marc Galy

Auteurs et déclarations

22 mars 2018

Le Dr Marc Galy explique comment les outils hypnotiques peuvent être utilisés lors d’une chirurgie avec incision ou d’une exploration médicale.

TRANSCRIPTION

Je suis le Dr Marc Galy, je travaille dans le groupe hospitalier Paris Saint-Joseph, à Paris, et je vais vous parler de l’utilisation de l’hypnose dans la chirurgie [et les explorations]. J’ai commencé cette expérience il y a plus de 10 ans, en particulier dans la chirurgie carotidienne.

L’hypnose dans la chirurgie avec incision

La chirurgie carotidienne se passe sous locorégionale, c’est-à-dire que le malade ne dort pas complètement — on lui fait simplement une anesthésie locale parce qu’on atteint l’artère carotide placée dans le cou. Néanmoins, d’emblée je vais vous expliquer qu’il n’y a pas de chirurgie sans anesthésie locale ou locorégionale. Il n’y a pas de chirurgie sans anesthésie d’une partie du corps plus ou moins importante — cela peut être le bas par un type de péridurale, ou simplement un bras ou le cou dans cette chirurgie carotidienne, ou dans certaines interventions de la thyroïde qui ont été réalisées sous locale avec l’aide des outils hypnotiques.

Les outils hypnotiques au bloc opératoire sont simplement là pour couper, pour accompagner le patient tout le long de son acte opératoire et pour limiter l’emploi des médicaments adjuvants, afin qu’il puisse avoir une récupération plus rapide et éventuellement qu’il participe d’une façon plus ou moins active à son geste opératoire. C’est un premier point. L’autre point est que le patient se sent accompagné de façon plus humaine par un praticien ou par une infirmière spécialisée dans les blocs opératoires qui permet d’accompagner tout le geste technique.

En résumé :

  • Qu’est-ce que le premier temps de l’hypnose? C’est celui qui est probablement le plus utilisé en anesthésie : couper les perceptions ordinaires du patient pendant le geste.

  • Que sont les perceptions ordinaires? Ce sont la peur, la douleur, le stress.

  • Comment fait-on? L’hypnose est un jeu de suggestion, c’est-à-dire qu’on va suggérer au patient non pas d’être dans un bloc opératoire, mais de percevoir éventuellement d’autres choses ou d’autres éléments que lui-même va chercher avec ses ressources.

Exemple : un malade arrive au bloc opératoire, il est accueilli de façon la plus humaine possible pour son intervention. Disons qu’il va avoir une chirurgie de la thyroïde, qui est une chirurgie très classique qu’on fait sous locale avec l’aide de l’hypnose. On va l’accueillir et on va lui suggérer − après l’accueil classique et que tout le personnel se soit présenté afin qu’il se sente accueilli dans ce lieu et non pas qu’il soit là comme un numéro − de penser ou de ressentir quelque chose d’agréable. Vous savez que dans les blocs opératoires il fait froid et on réchauffe le malade, donc on va éventuellement lui dire « sentez la couverture chauffante. » À ce moment-là, il se focalise sur cette couverture et il réduit d’emblée les perceptions ordinaires du bloc opératoire : le scialytique, les bruits. Le premier temps, c’est la focalisation — cela peut être la couverture chauffante. Moi je m’amuse quelquefois à le focaliser en lui disant « fermez les yeux et simplement écoutez le bruit et le silence. » À partir du moment où le malade est focalisé par des mécanismes de pensée et de suggestion, cette couverture chauffante ou ce bruit ou le silence qui alterne va lui faire penser à autre chose. Par exemple, la couverture chauffante peut lui faire penser, si on l’aide un peu avec des suggestions, à un endroit agréable, à un feu, à un repas entre amis… toute suggestion est bonne — une plage, un voyage... Et à partir d’un seul mot, d’une seule phrase ou d’une simple perception, l’esprit ou les pensées du malade vont s’évader. Nous allons entretenir par un dialogue — qu’on appelle le dialogue hypnotique ou l’hypnose conversationnelle ou la conversation hypnotique — avec ce patient dans l’espace qu’il aura lui-même choisi — on ne lui a rien imposé. C’est lui qui va chercher ses ressources et c’est ce dialogue qui s’installe avec ses pensées, son imaginaire, qui a été induit par des suggestions, qui va le couper des perceptions ordinaires du bloc opératoire.

C’est un acte hypnotique dans lequel il est présent mais en même temps absent du bloc opératoire – il n’est vraiment pas absent parce qu’il est dans « un autre monde », un monde qu’il aura choisi, qui peut être une plage, un repas entre amis, un feu de bois chez sa grand-mère ou je-ne-sais-quoi. Les malades vont chercher des choses quelquefois tout à fait étonnantes et même des choses qu’on n’a pas suggérées. C’est simplement le jeu de la pensée, le jeu des images, le jeu des souvenirs, enfin tout vient se réunir dans ce moment-là. Cette période va conduire à ce qu’on appelle la transe hypnotique, qui est en fait cet état dans lequel on ne sait pas très bien si le malade est là ou s’il n’est pas là. Mais nous, au bloc opératoire, on ne va pas utiliser cet espace hypnotique comme traitement, comme certains le font au moment des addictions ou des phobies. Nous allons rester à cette frontière — le malade est en transe, mais on n’utilise pas cette transe pour changer d’autres perceptions qui pourraient être des addictions ou des phobies. On va simplement entretenir cette espèce d’absence du bloc opératoire, cette espèce de voyage que le malade est en train d’effectuer. Et sur le plan de la douleur, la chirurgie — je le répète parce que c’est une confusion énorme — ne peut pas se faire s’il n’y a pas une anesthésie locale ou locorégionale d’une partie du corps.

L’hypnose lors des explorations

L’autre élément dans une ambiance chirurgicale, ce sont les explorations, c’est-à-dire les gestes de type coloscopie où on va regarder s’il n’y a pas une tumeur du côlon, un polype, ou un geste dans le domaine gynécologique ou urinaire, mais dans lequel il n’y aura pas d’utilisation de l’incision cutanée par le chirurgien. Dans ce cadre, éventuellement après des explications un peu plus approfondies, on peut utiliser cette exploration seulement avec l’aide des outils hypnotiques et de l’hypnose parce qu’il n’y aura pas cette sensation douloureuse extrêmement sensible du geste opératoire. Il faut savoir qu’il faut une préparation un peu plus importante du patient dans ce domaine, et aussi comme en chirurgie, on peut toujours convertir en anesthésie générale, et le malade en est tout à fait prévenu. Dans le cas de la chirurgie, cette conversion est quand même assez faible parce qu’on a une vraie anesthésie locorégionale faite par des anesthésistes. Dans le cadre des explorations, quelquefois les outils hypnotiques / l’hypnose ne suffisent pas et on est parfois obligé de convertir quand ces examens sont un peu difficiles, quand le coloscope est un peu difficile à monter ou qu’il y a des adhérences ou des douleurs abdominales.

Conclusion

Il faut bien voir ces deux choses : l’outil, l’hypnose au bloc opératoire, est un élément d’accompagnement. Quand il y a de la chirurgie, il y a toujours de l’anesthésie locale ou locorégionale. Quand ce sont des explorations sans incision, on peut utiliser des outils hypnotiques. Les outils hypnotiques sont des éléments d’accompagnement qui peuvent, dans certains cas, être associés à un tout petit peu d’antalgiques, mais à très faible dose, pour potentialiser. Voilà en gros les deux cadres. L’intérêt, c’est la relation avec le patient, moins d’utilisation de médicaments sédatifs et probablement un retour à domicile dans de meilleures conditions.

La dernière chose que je voudrais souligner est qu’il faut bien comprendre que quand on est dans un bloc opératoire, l’enjeu du patient n’est pas centré sur l’utilisation de l’hypnose. L’enjeu du patient est dans l’acte chirurgical ou dans l’acte d’exploration. L’hypnose faite par les anesthésistes n’est là que pour accompagner le patient dans les meilleures conditions de cet acte. Le patient n’est pas venu au bloc opératoire pour avoir l’hypnose, mais bien pour qu’on l’opère…

Enregistré le 18 janvier 2018, à Paris

 

De la présence

Etre là, présent…ça veut dire quoi exactement ? Parle-t-on du corps ou de l’esprit ? De par sa pratique de l’hypnose et de la méditation, deux expériences qui ont à voir avec la présence et l’absence, soit par dissociation, soit en faisant prendre conscience de l’incessant balancement entre l’un et l’autre, Marc Galy était sans doute “prédisposé” à s’interroger sur ces “états”. Pour multiplier les points de vue, il a invité une douzaine d’auteurs d’univers très différents, médical, philosophique et artistique, à partager avec lui (et donc avec nous) leur vision de la présence, une notion moins évidente qu’elle n'en a l’air…et pourtant, primordiale. En médecine, par exemple. C’est en tout cas l’avis de Julie Cosserat, l’un des quatre médecins qui s’est prêtée à l’exercice. Cette interniste expose en quelques pages, et avec une grande humanité, en quoi, dans sa spécialité, face à des tableaux cliniques complexes, “la présence au patient” est indispensable lors de la consultation. “Faire preuve de présence thérapeutique, écrit-elle, c’est vivre ce premier partage avec autant d’attention et d’intensité du premier au dernier consultant de la journée, quelle que soit la fatigue ou l’accumulation de sollicitations”.  Lors du précieux examen clinique, cela passe par l’écoute “tendre l’oreille” et par le geste “poser la main”. La présence, c’est aussi, selon elle, le choix méticuleux du langage, sans lequel le pouvoir thérapeutique de la parole peut rapidement se transformer en maltraitance médicale, surtout à deux moments-clé : l’annonce du diagnostic et la fin de vie.

Dans ce singulier petit livre, aux bords arrondis pour plus de douceur, on retrouve aussi, aux côté de Marc Galy, la présence des Drs Marielle David et Jean-Marc Benhaiem, de Philippe Delerm, Fabrice Midal, et d’autres encore. SL

“Etre là”, sorti le 21 février 2018 aux Editions Flammarion et Versilio, 182 p, 12 €.

 

 

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