Tumeur prostatique en échappement: survie sans métastases triplée avec les anti-androgènes

Dr Isabelle Catala, avec Nick Mulcahy

Auteurs et déclarations

13 février 2018

San Francisco, Etats-Unis --- Les inhibiteurs des récepteurs aux androgènes pourraient enfin permettre de proposer une prise en charge active chez les patients traités de façon radicale (chirurgie ou radiothérapie) pour un cancer de la prostate mais qui présentent un échappement biologique (doublement du PSA en moins de 10 mois) en dépit d’une castration chimique, selon le résultats de deux études – PROSPER et SPARTAN – qui ont été présentées à l’occasion du congrès Genitourinary Cancers Symposium (GUSC) 2018.

Actuellement, aucun traitement n’a fait la preuve de son efficacité dans cette indication (risque de métastases à distance, de décès ou survie sans progression). Pourtant, rien qu’aux Etats-Unis, un tel diagnostic est posé chez 100 000 hommes chaque année.

Anti-androgènes par voie orale

Les études PROSPER et SPARTAN ont évalué l’intérêt de deux molécules de la famille des inhibiteurs de la voie de signalisation aux androgènes utilisables par voie orale.

La première, PROSPER, était fondée sur l’utilisation de l’enzalutamide (Xtandi®) molécule qui a déjà obtenu l’AMM en France en 2015 dans une indication précise : les cancers métastatiques de la prostate résistant à la castration chez des patients asymptomatiques ou peu symptomatiques après échec d’un traitement par la suppression androgénique et pour lesquels la chimiothérapie n’est pas encore clairement indiquée.

La seconde évaluait l’intérêt d’un nouveau venu dans cette classe thérapeutique, l’apalutamide (Janssen Biotech).

Utilisés plus tôt

Les résultats des deux essais sont concordants : les anti-androgènes peuvent être utilisés bien plus tôt dans le cours de la maladie que ce qui était recommandé jusqu’à présent.

En effet, ils permettent une réduction du risque relatif de développement de métastases à distance ou de décès de plus de 70 %, et améliorent la survie sans métastases d’au moins 20 mois, en comparaison du placebo. Les deux essais ont été suspendus prématurément après l’analyse des résultats préliminaires en raison du bénéfice spectaculaire obtenu dans les bras traitement actif.

 
Les anti-androgènes peuvent être utilisés bien plus tôt dans le cours de la maladie que ce qui était recommandé jusqu’à présent.
 

Des résultats similaires et très positifs

L’étude PROSPER a inclus 1 401 patients qui ont reçu soit de l’enzalutamide soit du placebo en plus de leur castration chimique. L’anti-androgène a permis de faire baisser le critère principal (apparition de métastases à distance ou survenue d’un décès) de 71 % et d’augmenter la survie sans métastases de 21,9 mois (36,6 contre 14,7).

L’essai SPARTAN pour sa part a été mené sur 1 207 hommes traités, en plus de la castration chimique, par apalutamide (240 mg). L’impact sur le critère principal de l’anti-androgène a été estimé à 72 % et la survie sans métastases s’est établie à 40,5 mois, contre 16,2 avec le placebo.

Une bonne tolérance pour les deux traitements

Globalement, les deux traitements ont été bien tolérés puisque 10 % des patients ont présenté des effets indésirables motivant une suspension thérapeutique dans les deux bras anti-androgènes contre 6 à 8 % lorsque le placebo était utilisé.

A la question : lequel de ces traitements faut-il désormais privilégier ? Le Dr Alexander Kitikov, l’un des investigateurs de l’étude SPARTAN interrogé par nos confrères de Medscape Medical News précise, « seule une comparaison en face à face permettre de préciser si l’un des deux traitements est plus efficace que l’autre ». Il est possible que certains médecins préfèrent l’enzalutamide qu’ils utilisent déjà.

Quid de l’impact des progrès de l’imagerie ?

La vraie question tient à la définition de la population cible. En effet, avec les progrès de l’imagerie, il semble que l’on détecte de plus en plus tôt la présence de métastases chez les patients en échappement biologique (doublement du PSA). Le nombre de patients éligibles aux anti-androgènes qui présentent une discordance radio-biologique devraient sensiblement diminuer au cours des prochaines années.

 

 

 

 

 

 

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