Les surdoués sont-ils plus à risque de troubles psychiques ?

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

14 février 2018

Dans cet article

2. Les enfants surdoués sont plus à risque

« C'est le nombre d’enfants adressés aux centres médico-psychologiques pour des problèmes scolaires (voire échec scolaire) et des troubles psycho-affectifs (de type anxiété, dépression, troubles du comportement à type d’hyperactivité) et chez lesquels on découvrait au cours du bilan qu’ils étaient à haut potentiel intellectuel (HPI), qui m'a sensibilisé à la question des enfants à haut potentiel (EHP) en difficulté, a expliqué le Pr Sylvie Tordjman, pédopsychiatre (Rennes) en préambule de sa présentation [1]. Ce « paradoxe » entre le HPI et les difficultés scolaires nous a conduit à créer, en 2005, le Centre National d'Aide aux enfants & adolescents à Haut Potentiel (CNAHP) ». Ce centre a depuis rencontré plus de 1000 de ces enfants, issus de toute la France. « D’emblée, il importe de préciser que tous les EHP ne sont pas en difficulté, et inversement, tous les enfants en difficulté ne sont pas à haut potentiel. On estime aujourd’hui qu’1/3 serait en difficulté, sous réserve d’études démographiques plus formelles ».

Les difficultés scolaires : premier motif de consultation

Pas question pour le Pr Sylvie Tordjman de minimiser cette problématique, en prétendant que les enfants intelligents peuvent s’en sortir tout seuls – certains sont totalement déscolarisés –, ou en considérant que c’est vraiment très rare. Selon la définition psychométrique de l’OMS (QI>130), la précocité concerne 2,3% des enfants de 6 à 16 ans en France, soit 200 000 enfants, c’est-à-dire 1 enfant sur 40, quasiment 1 par classe.

Dans une étude du CNAHP portant sur la plus grande cohorte d’EHPI en termes de recherche (N= 611), les difficultés scolaires constituent le premier motif de consultation (76,6%). Un paradoxe qui s’explique d’une part, par l’ennui en classe, la sous-stimulation et la démotivation, et d’autre part, par les troubles de l’apprentissage (type « dys », difficulté à développer un effort). Une autre étude du CNAHP sur 338 EHP retrouve aussi des troubles cliniques (CIM-10) à type de troubles anxieux (40,5%), troubles dépressifs (8%) et TDAH (3,5) [2].

 
La précocité concerne 2,3% des enfants de 6 à 16 ans en France.
 

Résultats contradictoires mais hétérogénéité méthodologique 

Mais ces troubles anxiodépressifs sont-ils plus fréquents chez les enfants HPI par rapport aux autres ? Pour le savoir, la pédopsychiatre et son équipe ont réalisé une revue de la littérature. Après analyse de 16 études portant sur les troubles anxieux et de 7 études sur la dépression, les résultats sont très contradictoires puisque certaines études montrent une vulnérabilité aux troubles anxiodépressifs chez les EHP, alors que d’autres trouvent que le HPI serait, au contraire, un facteur protecteur de ces troubles et qu’un troisième groupe d’études est en faveur d’une égalité de ces troubles dans les 2 populations. Pour expliquer ces contradictions, les chercheurs mettent en avant l’hétérogénéité méthodologique des études : cohortes de faible taille, définitions du HPI non homogènes, utilisation d’échelles de mesure de l’anxiété et de la dépression non validées, une source unique d’observation [3].

Tenir compte des différentes dimensions de fonctionnement cognitif

En tenant compte de ces limites, le Pr Tordjman et son équipe viennent de réaliser avec le CNAHP une étude sur 608 EHPI, à paraitre cette année dans Neuropsychiatry, qui met en évidence une augmentation des difficultés (difficultés scolaires et troubles psychiatriques en particulier de régulation des émotions) chez les enfants HPI par rapport aux non HPI, en rapport avec leur haut potentiel. Démontrer une telle corrélation suppose toutefois « de ne pas raisonner uniquement sur un score composite de QI total mais de tenir compte des différentes dimensions de fonctionnement cognitif et d’avoir des sources d’information différentes (parents, enfants, pédopsychiatres) » précise le Pr Sylvie Tordjman.

En conclusion, la spécialiste insiste sur l’importance « d’une prise en charge thérapeutique adaptée de ces enfants quand ils sont en difficulté, nécessitant l’articulation entre les différents partenaires ».

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