Télémédecine : peut-elle améliorer l’état de santé des prisonniers ? 

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

16 février 2018

Paris, France -- « Comme les personnes âgées, les détenus ont un accès limité aux soins du fait de leurs rares possibilités de déplacements. Cette population apparaît donc – tout comme les résidents en EHPAD – une cible privilégiée du développement de la télémédecine. Et ce d’autant plus que l’on dispose d’un indicateur fiable des économies de santé réalisées par l’analyse du nombre d’extraction de détenus », explique à Medscape édition française, Pierre Le Guellec, correspondant Télémédecine et Milieu carcéral pour l’Association Agir pour la Télémédecine, lequel présentait une communication sur les développements possibles de cette application à l’occasion du Congrès Européen de la Société Française de Télémédecine de décembre 2017. 

Extractions pour consultations ou hospitalisations

En juin 2017, 69 502 personnes étaient détenues sur le territoire français. Leur prise en charge médicale est organisée par les Unités de Soins en Milieu Pénitencier (USMP). En cas de nécessité de consultation ou d’hospitalisation, une extraction médicale est réalisée soit vers l’hôpital de rattachement (pour les urgences, les consultations spécialisées et les hospitalisations de moins de 48 h),  soit vers des unités hospitalières inter-régionales ou aménagées pour séjours prolongés (de plus de 48 h).

Les extractions médicales sont réalisées à la demande des médecins des USMP et elles entrainent la mise en place d’une escorte dont la composition est standardisée en fonction du niveau de dangerosité du patient.

En 2013 – dernières données disponibles – 51 410 extractions ont été demandées et 77 % environ réalisées. Le taux d’annulation est important en raison, d’une part, de la difficulté à obtenir les moyens sécuritaires et, d’autre part, d’indisponibilités de prisonniers qui sont toujours informés au dernier moment de la date et de l’heure pour éviter les tentatives d’évasion.

Améliorer la santé globale des détenus

Les besoins de santé des détenus sont particulièrement importants du fait de la prévalence de pathologies psychiatriques (55 % de la population carcérale), dermatologiques (60 %) ou addictives (80 %). C’est pour cette raison que dès 2011, les bases de la mise en place d’un plan santé détenus en lien avec le plan de santé régional de télémédecine ont été posées. Des protocoles d’accord ont été signés entre établissements pénitentiaires et établissements de santé avec la mise en place de Comité de coordination sous l’égide de l’Agence régionale de Santé (ARS).

Pour Pierre Le Guellec, « l’un des objectifs affichés de la télémédecine en prison est d’améliorer l’efficience des extractions médicales et, de ce fait, de réduire leur coût (en moyenne de 500 à 700 euros). A titre d’exemple, la réalisation de 9 consultations d’anesthésie préopératoires chaque année permet d’amortir sur 3 ans un dispositif vendu 18 000 euros TTC. La réalisation de 100 téléconsultations par an avec un taux d’extraction consécutif de 20 % permet une économie de 70 000 euros ».

La télémédecine peut aussi permettre d’améliorer globalement la prise en charge des détenus en facilitant les contacts avec des spécialistes tout en respectant la dignité humaine et le secret médical.

 
L’un des objectifs affichés de la télémédecine en prison est d’améliorer l’efficience des extractions médicales et, de ce fait, de réduire leur coût Pierre Le Guellec
 

Des freins au développement de la télémédecine

L’étude menée par Pierre Le Guellec auprès des 17 des 187 établissements pénitentiaires français – représentant 11% de la population carcérale –  montre que la téléconsultation et la télé expertise s’installent dans le paysage médical des prisons. La téléconsultation est utilisée en dermatologie et pour les consultations de pré-anesthésie, alors que les télé-expertises sont plus fréquentes en pneumologie, imagerie, ophtalmologie et orthopédie.

« La Justice figure comme le parent pauvre de l’Etat et la télémédecine appliquée dans le domaine carcéral ne fait pas exception alors que l’état de santé des détenus est bien plus détérioré que celui de la population générale et l’aide vis-à-vis de cette population devrait être un axe encore plus fort de santé publique. Qui plus est, les importantes économies que la télémédecine permettrait de dégager devraient conduire à l’amélioration des conditions de détention des prisonniers. Mais des freins persistent : le risque de deshumanisation perçu ou avéré, de diminution des effectifs médicaux, la nécessité d’une organisation spécifique pouvant paraître contraignante, le nécessaire développement d’un réseau informatique performant et rapide… », conclut Pierre Le Guellec et pourtant la visioconférence est déjà développée entre les détenus et leurs juges pour limiter les extractions judiciaires.

 
Les importantes économies que la télémédecine permettrait de dégager devraient conduire à l’amélioration des conditions de détention des prisonniers.
 

 

 

 

 

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