L'enfant surdoué, précoce, à haut potentiel : quelles caractéristiques ?

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

9 février 2018

Paris, France – Au-delà des mythes et des idées reçues sur les enfants surdoués, type « petit génie », « 1er de la classe », « science infuse » qui génèrent incompréhension, agressivité et rejet, quelles sont donc les caractéristiques de la précocité intellectuelle ? Comment reconnaitre cette organisation particulière de la personnalité, où les facteurs émotionnels sont souvent au premier plan ? Comment faire en sorte de ne pas confondre les caractéristiques des enfants dits « surdoués » ou « à haut potentiel intellectuel » avec des troubles psychiques – pour lesquels ces enfants seraient, selon certains, plus à risque (Les surdoués sont-ils plus à risque de troubles psychiques ?) ?

Jeanne Siaud-Facchin

Pour mieux appréhender la précocité, Jeanne Siaud-Facchin, psychologue clinicienne, a détaillé dans une session de l’Encéphale 2018, les spécificités du mode de pensée de ces enfants qui ne sont « pas seulement plus intelligents que les autres mais ont une façon de penser et de fonctionner différente avec une intelligence qualitativement très singulière ».

Un score de QI en soi n’est pas un diagnostic

Evaluer une personne supposément surdouée nécessite une démarche clinique globale qui ne peut pas se limiter à la réalisation d’un test évaluant le quotient intellectuel (QI). « Faire un bilan, ce n’est pas faire un test de QI (quotient intellectuel), car on ne peut pas comprendre une personne en l’amputant d’une part d’elle-même, affirme Jeanne Siaud-Facchin. Comprendre ces enfants, c’est d’abord bien intégrer deux axes intriqués, indissociables : celui de leur fonctionnement intellectuel spécifique, singulier, de leur organisation cognitive différente et celui de l’organisation de la personnalité. L’un ne va pas sans l’autre. L’un ne s’éclaire qu’à la lumière de l’autre. Un diagnostic n’est pas un chiffre, et encore moins celui du QI » insiste l’oratrice pour qui « l’intelligence, c’est entrevoir et démultiplier le champ des possibles ».

A quoi correspond le QI standard ?

Le QI correspond au rang auquel se situe une personne relativement à une population représentée par une loi normale (Courbe de Gauss). Les tests (comme celui de Wechsler) fixent la moyenne à 100. L'écart-type est le plus souvent fixé à 15 (il s'agit alors de QI standard). Sont considérés comme surdoués les individus se situant à plus de 2 écart-types, soit un QI >130 (voir figure). « Ce pourcentage est de 2,27% de la population » précise la psychologue.

Distribution de QI normalisé avec une moyenne de 100 et un écart type de 15. Source Wikipédia.

Une pensée riche, intense, fulgurante qui peut se perdre dans ses propres méandres 

« Ce que l’on voit chez les enfants surdoués, c’est la puissance de la pensée, une pensée riche, intense, fulgurante, qui se saisit des moindres détails, fonctionne sur un mode arborescent (plutôt que séquentiel) mais qui peut se perdre dans ses propres méandres ». Et la psychologue de citer l’exemple de cette jeune fille très surdouée de 14 ans à qui l’on demande pourquoi le fer rouille et qui répond d’abord qu’elle ne sait pas. En lui demandant ce qu’elle ne sait pas, l’adolescente finit par dire qu’elle a fait cette réponse car elle ne connait pas les réactions chimiques qui conduisent à l’oxydation du fer. « Elle avait donc inhibé la réponse basique, qui, pour elle, n’était pas une option de pensée » décrypte Jeanne Siaud-Facchin.

Une façon d’être au monde, une coloration singulière

Parmi les caractéristiques de ces enfants, on retrouve :

  • Une curiosité très présente, « avec des enfants qui, dès tout petits, yeux grands écarquillés, ont besoin de comprendre, de savoir, d’interroger le monde avec des questionnements incessants sur le sens des choses » ;

  • Une hypersensibilité (à ne pas confondre avec la sensiblerie), qui permet « d’être branché en permanence aux stimulis de l’environnement à l’aide des 5 sens, et à y réagir à des seuils beaucoup plus bas ». Chez certains, cela s’accompagne d’une grande réactivité ou sensibilité émotionnelle ;

  • Une hypermaturité et une hyperautonomie qui, très tôt, les distinguent souvent déjà de leurs pairs ;

  • Une mémoire très importante à court et à long terme ;

  • Une empathie exacerbée : l’enfant surdoué ressent avec une très grande finesse l’état émotionnel de son entourage. Par exemple, quand ces enfants vivent dans une famille dysfonctionnelle, ils vont faire en sorte de protéger leurs parents ou de dévier les conflits ;

  • La créativité est, elle aussi, présente et on ne parle pas ici de peinture sur soie ou de macramé, précise avec humour la psychologue clinicienne, mais de la capacité à produire des idées nouvelles ;

  • S’y ajoute également beaucoup d’originalité ;

  • Une lucidité aiguë sur le monde ;

  • Une énergie – voire une urgence – d’accomplir ;

  • Ainsi qu’un humour aiguisé et précoce.

« Etre surdoué, c’est une façon d’être au monde, avec le corps, avec le cœur et avec le cerveau », résume très joliment Jeanne Siaud-Facchin.

Ce que valident les neurosciences

Les recherches en neurosciences menées sur cette population tendent à démontrer des particularités neurobiologiques, et viennent en appui des observations des thérapeutes sur la singularité de cette pensée.

  • La connectivité entre les deux hémisphères cérébraux (Orzheckhovskaia 1996, Jin 2006, Geake 2007, Sappey-Marinier 2016) ;

  • La vitesse de traitement des informations (Eysenk 1982; Planche 2008) ;

  • La densité (en particulier entre le lobe préfrontal et les lobes pariétaux, Jung&Haier 2007).

 
Etre surdoué, c’est une façon d’être au monde, avec le corps, avec le cœur et avec le cerveau  Jeanne Siaud-Facchin
 

Ecole, lieu de tous les possibles

Si l’intelligence est une richesse, le sentiment de décalage peut entrainer une souffrance. « Et c’est souvent avec l’école que vont arriver les premières difficultés – quand difficultés il y a, indique la psychologue. L’école, c’est le lieu de tous les possibles : on peut y réussir mais aussi y échouer. Pourquoi ? Car ces enfants ont beaucoup d’attente et sont souvent déçus. D’une part, du fait de leur compréhension rapide, ces enfants ont des chances de s’ennuyer très rapidement. Et l’ennui ne doit pas être pris à la légère, cela peut conduire à de vraies difficultés allant jusqu’à la phobie scolaire. D’une part, leurs questionnements, leur besoin de complexité vont parfois être vécus par les enseignants comme de l’impertinence ou de l’insolence et conduire les enfants à adopter deux types de comportement : l’inhibition, plus typiques des filles, ou une plus grande agitation, que l’on observe plutôt chez les garçons ».

L’intelligence peut masquer les difficultés

Chaque parcours est différent, c’est pourquoi il faut être très vigilant. « Mettre un enfant surdoué dans une école « normale » va lui demander de grandes facultés d’adaptation, certains s’y plient, d’autres pas, c’est pour cela que la clinique est importante, de même que réaliser des bilans complets pour pouvoir aider, conseiller ou orienter un enfant ou un adolescent en difficulté. Et ce d’autant que l’intelligence peut masquer les difficultés d’apprentissage liées aux « dys » (dyspraxie, dyslexie, dysorthographie, dyscalculie…) en les compensant ». Attention aussi aux méprises diagnostiques. « Une rapidité de la pensée ne doit pas être confondue avec une certaine labilité qui peut appartenir aux troubles bipolaires. Une grande sensibilité n’est pas non plus une pathologie. Le questionnement incessant sur le monde n’est pas synonyme de trouble anxieux généralisé, la culpabilité n’est pas forcément de la dépression… »

« Il ne faut pas pathologiser ce qui n’est pas à pathologiser et à l’inverse, ne pas passer à côté de la présence effective d’une pathologie qui pourrait être masquée par l’intelligence, ajoute Jeanne Siaud-Facchin. D’autant que lorsque l’on est surdoué, même une pathologie classique prend une forme particulière, une coloration particulière ».

 

Jeanne Siaud-Facchin est l’auteur de nombreux ouvrages dont « L’enfant surdoué » et « Trop intelligent pour être heureux », parus aux Editions Odile Jacob.

 

 

 

 

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