Un nouveau test de dépistage du cancer du côlon à l’étude

Adélaïde Robert, avec Roxanne Nelson

Auteurs et déclarations

5 février 2018

San Francisco, Etats-Unis -- Un nouveau test de dépistage des cellules tumorales circulantes (CTC) détecterait le cancer du côlon à un stade précoce, voire même des lésions pré-cancéreuses, selon une étude présentée au GICS (Gastrointestinal Cancers Symposium) 2018 [1,2].

Ce test sanguin, développé par CellMaxLife et breveté aux États-Unis, exploite une plateforme microfluidique propriétaire sur puce (CellMax, CMx), des anticorps et un logiciel d’imagerie.

Wen-Sy Tsai, du Linkou Chang Gung Memorial Hospital de Taipei (Taïwan), et ses collègues, ont évalué le test CMx sur 620 participants. Parmi eux, 327 étaient atteints d’un cancer du côlon (56 de stade I, 84 de stade II, 118 de stade III, 43 de stade IV et 26 de stade indéterminé), 111 patients présentaient des lésions pré-cancéreuses et 182 personnes constituaient le groupe contrôle.

Les résultats indiquent des performances prometteuses (cf. tableau 1). La spécificité est importante (>97%) et la sensibilité est forte non seulement pour les cancers (87%) mais aussi pour les lésions pré-cancéreuses (77%). Il s’agit même de « la première étude montrant une sensibilité aussi élevée pour le dépistage des lésions colorectales pré-cancéreuses », insistent les auteurs dans la conclusion de leur poster (cf. tableau 2).

Cette technologie pourrait potentiellement être utilisée pour le dépistage d’autres tumeurs solides, y compris les cancers du sein, du poumon et de la prostate, estime le Dr Tsai.

Tableau 1 – Performance du test CMx

Population (taille)

Sensibilité (IC 95%)

Spécificité (IC 95%)

Aire sous la courbe

Cohorte entière (620)

84,0% (80,3-87,2)

97,3% (93,7-98,8)

0,87

Patients avec lésions pré-cancéreuses (111)

76,6% (67,9-83,5)

97,3% (93,7-98,8)

0,84

Patients avec cancer colorectal (327)

86,9% (82,8-90,1)

97,3% (93,7 – 98,8)

0,88

Tableau 2 - Comparaison avec les autres tests de dépistage validés

Tests de dépistage

Sensibilité pour les cancers colorectaux

Sensibilité pour les lésions pré-cancéreuses

Test CMx

87%

77%

Test au gaïac

62-79%

2-10%

Test immunologique

73-88%

24%

Test d’ADN + test immunologique

92%

42%

Coloscopie

75-93%

76-94%

 

Coloscopie : test invasif, considéré comme test diagnostique plus que de dépistage. Réaliser une coloscopie rend inéligible un patient à une campagne de dépistage en France.

Test immunologique : test recommandé actuellement pour le dépistage en France

Une piste convaincante pour les cancers invasifs

Aujourd’hui en France, le test de dépistage recommandé pour des personnes sans antécédent ni symptôme est le test immunologique. Il est plus simple que le test au gaïac (notamment parce qu’il ne nécessite qu’une seule selle et non trois), plus performant mais raterait encore des tumeurs ou des polypes dégénérés chez une personne dépistée sur quatre.

Le test CMx, lui, paraît avoir une sensibilité équivalente pour les cancers colorectaux, une meilleure sensibilité pour les stades précoces, ainsi qu’une meilleure « tolérabilité » (car sanguin et non fécal) que le test immunologique, avec un coût acceptable (environ 100 dollars).

Il ne permettra pas pour autant de s’affranchir de la coloscopie qui restera nécessaire pour confirmer le diagnostic et, le cas échéant, retirer les polypes.

Pr Pascal Hammel

« Ce test suit une piste très séduisante pour les cancers, y compris de stade précoce I/II », juge le Pr Pascal Hammel, gastro-entérologue, spécialisé en cancérologie digestive à l'hôpital Beaujon (Clichy).

« Avec la recherche de sang occulte dans les selles, il est possible de passer à côté d’un cancer parce que les tumeurs ne saignent pas toujours ou le font de manière discontinue. Mais on peut imaginer que les tumeurs libèrent les cellules tumorales circulantes de manière plus continue », explique-t-il.

 
Ce test suit une piste très séduisante pour les cancers, y compris de stade précoce I/II  Pr Pascal Hammel
 

Mais à confirmer pour les lésions pré-cancéreuses

Cette étude est donc « sérieuse et prometteuse », mais, s’agissant de l’évaluation d’un test de dépistage, elle « mérite d’être confirmée à beaucoup plus grande échelle », estime le Pr Hammel, « avec une comparaison en face-à-face avec les tests classiques ».

A noter que la population étudiée était peut-être plus jeune (critère d’inclusion : > 20 ans) que celle habituellement visée par les campagnes de dépistage (> 50 ans). Des études en population générale à Taïwan ainsi qu’aux Etats-Unis sont programmées, précise un communiqué de presse de l’ASCO [3]

Concernant le dépistage des lésions pré-cancéreuses, le Pr Hammel reste plus dubitatif. « Pour dépister des tumeurs ayant un certain degré d’invasion, rechercher des cellules circulantes paraît faisable et justifié. Pour dépister des polypes dégénérés, il faut que suffisamment de cellules soient secrétées dans le sang... Avant de juger, je préfère attendre d’avoir l’ensemble des éléments de l’étude [seuls le poster et l’abstract ont été diffusés, ndlr]», avance le Pr Hammel, prudent.

 
Cette étude mérite d’être confirmée à beaucoup plus grande échelle Pr Hammel
 

S’approcher du zéro décès par cancer colorectal

Si l’inconfort des tests actuel (coloscopie invasive, tests sur selles) est présenté comme un obstacle important au dépistage, d’autres freins existent, qui ne seront pas levés par l’arrivée d’un test sanguin. En France, le coût n’en est pas un : le test et son analyse sont pris en charge à 100% tous les 2 ans pour les personnes de 50 à 74 ans. En revanche, la visibilité des campagnes de dépistage reste un facteur bloquant.

« Lors d’une campagne de dépistage, 1/3 de la population visée va participer quand il faudrait atteindre les 2/3. Dans les régions (Calvados, Côte d’Or) où des campagnes actives sont menées depuis les années 90, ce taux est atteint. Mais dans d’autres, comme les Hauts-de-Seine, on en est loin. Et il n’est pas évident que la nature du test proposé soit en cause », déplore le Pr Hammel.

Un frein d’autant plus regrettable que, comme le rappellent les auteurs de l’étude, « le cancer du côlon est parmi les cancers que l’on peut le mieux prévenir lorsque les lésions précancéreuses sont dépistées à un stade précoce ». Améliorer le dépistage permettrait donc de s’approcher du zéro décès par cancer du côlon.

 

L’étude a été financée par le ministère de la santé de Taïwan et par le Chang Gang Memorial Hospital.

Plusieurs auteurs ont déclaré des liens d’intérêt avec CellMaxLife.

 

 

 

 

 

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